Q comme… Quatre vingt dix

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Il suffit de regarder une énième émission à la con ayant pour thème les années 90 pour s’apercevoir que le phénomène AB reste incontournable. Hélène Rollès, Sébastien Roch, Christophe Rippert, Bernard Minet, Gérard Vivès, Giant Coocoo, Mallaury Nataf, voilà une liste de noms qui parle à toute personne ayant vécu ou s’intéressant de près ou de loin aux nineties. Pourtant, il y a un paradoxe étrange quand on se penche de plus près sur l’univers AB. S’il est indéniablement inscrit dans le contexte des années 90, il est aussi caractérisé par son intemporalité.

L’univers AB est en effet une sorte de bulle indifférente au monde qui l’entoure. Car il est d’abord l’invention d’un homme, Jean-Luc Azoulay, un brillant auteur Pied-Noir qui a toute sa vie baigné dans son propre monde. Celui d’un passé à jamais révolu, dans une époque où il a tout vu, tout connu : Mai 68, les folles tournées avec Sylvie Vartan, la folie des années Yé-yé… C’est un aspect de l’œuvre qui a toujours été incompris par la majorité des critiques. Car la volonté du producteur-scénariste n’a jamais été de dépeindre un univers réaliste, de raconter la « vraie » vie de la jeunesse française des années 90, de ses souffrances et de ses espoirs, de la drogue ou du racisme.

L’univers imaginé par Azoulay, c’est au contraire le reflet d’une personnalité, celle d’un homme qui n’a jamais voulu ni réellement grandir, ni affronter son époque et ses vicissitudes. Une sitcom concurrente comme Seconde B est à ce titre beaucoup plus représentative de la noirceur des années 90, une décennie où l’on débattait avec passion (déjà) de la crise, du chômage, des banlieues, du sida… Néanmoins, et c’est là toute la puissance d’attraction d’AB, le concept a été de mettre tous les problèmes de société entre parenthèses. L’idée était alors que les gens oublient les soucis du quotidien, de « vendre du rêve » en quelque sorte.

Tout un « système » a alors été mis en place, dans une sorte de « totalitarisme » télévisuel inédit jusque-là. AB avait bien compris avant tout le monde que les délirants dessins animés japonais seraient la clé de succès auprès de la nouvelle génération. De même, les producteurs ont beaucoup pensé, analysé et décortiqué les mécanismes du succès à la télévision. L’importance de l’interactivité (le minitel préfigurant l’internet), le sentiment d’appartenance à une communauté (le « Club Dorothée » et sa fameuse carte de membre) ou encore l’impression donnée aux jeunes que les « stars AB » peuvent être accessibles, qu’eux-mêmes pourraient devenir à leur tout les prochaines stars (voir à cet égard la figure d’Anthony Dupray, présenté à ses débuts comme un « fan lambda » d’Hélène, ayant été découvert par AB grâce à une K7 envoyé par ses soins, alors qu’il a été en réalité pistonné par Ariane et Rémy des Musclés).

L'autre pompe à fric du système AB : le minitel et ses "hits" bidons.
L’autre pompe à fric du système AB : le minitel et ses « hits » bidons.

Toute la décennie 90 a ainsi été frappé du sceau AB par la quantité « industrielle » d’émissions et de sitcoms diffusées sur la Première chaîne. Être consensuel, familial, ne pas choquer, parler d’amour et d’eau fraîche. Voilà ce qui marchait au début des années 90. L’époque a bien changé depuis. Au tournant du siècle, le virage « trash » de la real-tv a finalement fait des « années sitcoms » une curiosité du passé.

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