Mallaury Nataf – Les Filles c’est très compliqué

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Les filles, on est plus intellectuelles, au sens figuré. Chez nous, il y a une réflexion. Avant de coucher avec quelqu’un, on a d’abord une maturation de l’histoire, vous, vous pouvez mettre un oreiller, c’est pareil….
Mallaury Nataf chez Ardisson.

Mallaury Nataf se lance comme toutes les « stars AB » dans une carrière parallèle de chanteuse. Dans son autobiographie, elle tente de justifier ce choix : « Quand j’étais petite, je ne chantais jamais, ni sous la douche, ni dans ma chambre et encore moins en public. Pourtant, cela m’attirait, peut-être encore plus que le cinéma. Au bout de trois mois à AB, Jean-Luc m’a proposé de chanter. Évidemment, cela m’a fait bondir, car cet univers m’était complètement étranger. Mais j’ai préféré me laisser un an pour apprendre (…) Au bout d’une année, j’étais un peu plus sûre de moi et j’ai parlé avec Jean-Luc de ce qui allait devenir mon premier mini-CD : « Les Filles, c’est très compliqué » (écrit par Pierre Grillet) pour la face A et « Fleur sauvage » pour la face B (que j’ai écrit en collaboration avec un ami, Frédéric de Foucault.) » [1]

Mallaury chez Ardisson, à la belle époque.
Mallaury chez Ardisson, à la belle époque.

Assez fière d’elle, Nataf souhaite se démarquer de la concurrence : « AB m’a proposé de mettre en application la recette qui fonctionnait déjà avec Hélène, Rippert, Manuela Lopez. Mais je n’ai pas voulu, j’avais compris que la chanson ce n’était pas simplement dire un texte comme ça, composé d’une façon extrêmement simple pour plaire à un certain public. »

Les Filles c’est très compliqué

Il est comme souvent difficile de suivre Mallaury. Car en effet, ses deux titres sont aussi mauvais que ceux de ses congénères. Le single au titre d’une portée intellectuelle inouïe, « Les Filles c’est très compliqué », ressemble vaguement au déjà mythique « Bar de Jess » de Sébastien Roch. La chanson se veut sensuelle, voire légèrement subversive, de part un beat tout droit sorti des années 80. Mais les paroles ridiculisent l’entreprise :

Les filles c’est très compliqué
C’est pas parce qu’elles s’amusent qu’elles sont forcément gaies
C’est pas parce qu’elles t’ignorent qu’elles ne t’ont pas remarqué

Difficile d'intellectualiser les paroles de sa chanson.
Difficile d’intellectualiser les paroles de sa chanson.

Mallaury enfonce le clou dans le second couplet :

C’est pas parce qu’elles sont libres qu’elles veulent pas se marier
Je sais, faut pas non plus tout généraliser mais… même quand elles sont simples
Les filles c’est très compliqué

Ce texte, dont Mallaury semble si fière, est franchement d’une platitude abyssale. Elle tente très sérieusement chez Thierry Ardisson, dans une interview aujourd’hui culte [2], d’expliquer la véritable portée des paroles. Avec bien évidemment son humour si particulier : « Les garçons n’ont pas la même façon d’envisager le couple. Les filles, on est plus intellectuelles, au sens figuré. Chez nous, il y a une réflexion. Avant de coucher avec quelqu’un, on a d’abord une maturation (sic) de l’histoire, vous, vous pouvez mettre un oreiller, c’est pareil. Cette chanson s’adresse plus ou moins aux garçons, pour qu’ils sachent qu’il faut leur pardonner de ne pas raisonner comme eux. Ce n’est pas une limitation, il faut les comprendre et digérer pour pouvoir mieux comprendre les filles. »

Culotte ou pas culotte ?
Culotte ou pas culotte ?

Quant à la voix de Mallaury, elle a certes un léger potentiel sexy, mais reste fondamentalement trop stéréotypée. Résultat, l’EP de Mallaury est un échec artistique et un bide commercial.

Fleur Sauvage

Toutefois, ce n’est pas cette chanson qui restera gravée dans les mémoires mais bien celle de la face B du single : « Fleur Sauvage ». Une modeste ballade pop-rock, sucrée et faussement niaise. Elle colle surtout parfaitement à l’image de son personnage de sitcom, représentation de la fausse innocence féminine. Elle est d’ailleurs utilisée pour le générique de fin du Miel et les Abeilles, preuve que JLA croyait en la nouvelle Lolita des années 90. Chantée (en play-back, qu’on se rassure) au Club Dorothée, la « Fleur Sauvage » de Mallaury va rester dans les « annales » de la télévision, mais pour une toute autre raison que pour ses simples qualités musicales…

La « fleur sauvage » fait en effet sensation lors d’un banal Jacky Show. C’est la fameuse « affaire de la culotte », ou plutôt de l’absence de port de sous-vêtements de la part de Mallaury. Un scandale qui ne ferait l’objet d’une poignée de tweets aujourd’hui, mais qui est considéré à juste titre comme un événement culte de la décennie 90.

Ah non c'est sur, pas sage comme une image la fleur sauvage !
Ah non c’est sur, pas sage comme une image la fleur sauvage !

Quand musicalement on ne vaut pas un sous, il faut faire parler de soi dans un autre domaine. Mallaury, qui possède une intelligence à ne pas sous-estimer, a parfaitement compris cette nécessité de créer un « buzz » autour de soi. Passé inaperçu lors du show, l’affaire se répand dans la presse, en grande partie par la faute du Zapping de Canal. La France découvre alors la nouvelle « sans-culotte » d’AB. Le début d’une nouvelle célébrité pour Mallaury, mais aussi la fin de son aventure dans le Miel, et donc de sa très courte carrière musicale sous l’égide de JLA.

Fabien Remblier a bien résumé l’état de panique que Mallaury Nataf a semé chez AB : « Nataf, qui avait enregistré un titre d’une banalité affligeante fit, bien malgré elle, parler d’elle partout. Lors de son passage au « Jacky Show », vêtue d’une mini-mini jupe, la France entière découvrit sa pilosité intime, surprise par une caméra en contre plongée… Image quasi subliminale que quelques passionnés décortiquèrent, télécommande à la main (on ne sait pas à quoi était occupée la seconde)… et s’empressèrent de diffuser en presse. Vent de panique chez AB, fou rire de Mallaury pour qui les demandes d’interviews se multiplièrent. » [3]

Il faudra attendre l’année 2000 pour que Mallaury revienne à la musique, avec un album de Noël passé totalement inaperçu.

  • Chant : 3/5

    Un chant tiède et vénéneux, qui colle bien à la double personnalité de Mallaury, à la fois érotique et virginale.

    Musique : 2/5

    Un titre ringard, sonnant grossièrement comme dans les eighties, et une guimauve pop-rock en guise de face B. Pas de quoi s’enflammer.

    Paroles : 2/5

    Des lyrics pathétiques. Un beau foutage de gueule. C’est trop mauvais pour les analyser sérieusement. Mais le parallèle entre la « fleur sauvage » et l’affaire du pubis de Mallaury est très drôle a posteriori.

    Prestation & Esprit AB : 5/5

    Quand on chante les fesses à l’air au Club Dorothée, on a forcément la meilleure note possible. Natouf a bien mérité son surnom.

    Total : 12/20

    Mallaury version chanteuse a été comme un petit bonbon, acidulée, avec un arrière-goût de cyprine. Si sa courte carrière restera à jamais culte, c’est avant tout pour une histoire de culotte. Mallaury n’aura pas fait dans la dentelle niveau son. Dommage car la réalisation d’un album aurait pu valoir le coup.



1- NATAF Mallaury, A la vie, à l’amour, autobiographie, éd. Manitoba, 1995.
2- Mallaury chez Ardisson, 21 Mai 1994.
3- REMBLIER Fabien, Les Années sitcom, Mediacom, 2006.

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