Sébastien Roch – Puce de luxe

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Difficile à le vivre de ne plus être une star. Quoiqu'il dise.
Sébastien aura beau chanter le contraire, difficile de ne plus d’être un has been.

L’année 2007 marque l’incroyable retour de Sébastien dans les médias, avec la sortie d’un nouvel l’album « Puce de Luxe ». Soit pas moins de 15 années d’attente depuis l’inoubliable « Silences ». On redécouvre Sébastien Roch dans disque axé « nouvelle chanson française », phénomène musical alors en plein essor. On peut alors constater, dès la première écoute, que la production est d’un tout autre niveau que le précédent opus. De même, la tonalité de l’album n’a plus rien à voir avec l’état d’esprit du jeune chanteur des années 90. Fini l’adolescent à la tête d’ange rebelle, place au chanteur à texte. Paré de sa guitare, de sa relative bonne humeur et de quelques sonorités électros, Sébastien Roch cherche quelque part à nous offrir le fameux « album de la maturité ».

Le single à caractère ouvertement autobiographique qui lance l’album, Mes Sandales, a toutefois pour thème les années de succès du chanteur. Comme pour mieux faire le deuil du personnage qui lui colle à la peau depuis tant d’années, le Cri-cri d’amour ressasse ses années de gloire. Après avoir vu les foules l’acclamer, Sébastien se retrouve seul avec ses sandales et sa guitare et chante : « On me courrait après… après ce que je représentais. On me posait des tas de questions. Aux mariages, autant d’invitations. Mais le temps, le vent tourne, la page du journal, la photo ne vaut plus que dalle. Les collègues, les vrais, s’en foutent pas mal. Sans blague, je suis redevenu un mec normal ! Qu’on m’embête, qu’on me jette, qu’on s’en régale, mais je garde les mêmes sandales. » Chanson très entraînante, gaie et sincère, c’est la vraie grande réussite de l’album. Un vrai tube en puissance. Sébastien est décidément un type surprenant.

« Le producteur aurait été Universal, je vous jure que toutes les portes m’auraient été grandes ouvertes »

Toujours un train de retard sur Obispo pour Sébastien. Les sosis, c'était déjà fini en 2007/
Toujours un train de retard sur Obispo pour Sébastien. Les sosies, c’était déjà fini en 2007/

Mais les choses se gâtent néanmoins avec la sortie du deuxième single Léon. Ici, pas question d’histoire à la Jean Réno. Roch joue à Bénabar et ça ne lui réussit pas (ça ne réussit à personne). Le format est très court (moins de deux minutes) et les paroles comiques ont du mal à nous faire sortir ne serait-ce qu’un simple sourire (« quéquette dans le citron »). Le sentiment de malaise se confirme dans le clip, qui nous dévoile le fameux look de Roch. Censé faire le « buzz », Sébastien apparaît surtout comme une pâle copie de Johnny Depp version Charlie et la Chocolaterie. Déjà dans les années 90, Sébastien avait admis son admiration et sa ressemblance supposée avec la star américaine : « Oui j’admire beaucoup cet acteur. Pour moi, c’est une bête… je l’ai découvert avec Edward aux Mains d’argents. Je savais qu’il avait tourné dans 21 Jump Street, j’avais du voir un ou deux épisodes. Mais là, j’ai craqué. Allez oui, il doit y avoir un petit lien de ressemblance… dans les cheveux, mais aucun mimétisme ! » On le comprend, s’identifier à une star hollywoodienne, passée d’un premier rôle dans série pour adolescents à acteur fétiche de Tim Burton, ça a de quoi faire rêver n’importe quelle ancienne star AB…

La suite de l’album se révèle inégale. Les amants tourmentés , est par exemple un autre titre sans grand relief. Il était une fois est un titre électro-rock qui réveille l’auditeur. Roch nous fait rire cette fois avec son texte d’une naïveté confondante : « On a pas tous la chance de certains ; le bonheur est subjectif ; la richesse en soi ne dépend pas des moyens ». Du Zaz avant l’heure. Ou quand Sébastien tente de draguer les bobos.

L’ex chanteur torturé enfonce le clou dans la mièvrerie avec un autre single, Présidio. Alors qu’au même moment les Wampas nous font rire par leur hymne punk « Chirac en prison », Sébastien Roch nous offre une sorte d’hommage indirect à un Chirac en fin de carrière présidentielle. Mais où donc est passé le rebelle à la mèche saillante ? Car à part citer le mot « cul » dix fois dans ce supposé single, la chanson « engagée » politiquement de Sébastien a surtout une vieille odeur de naphtaline et de complaisance malsaine ; « à la tienne président ». Difficile en effet de voter UMP et de jouer les rebelles.

Le petit gros semble être une autre chanson autobiographique. Sébastien conseille à un petit gros de se (re)prendre en main, de gagner du fric à 20 ans et d’acheter toutes les garces qui ne l’ont jamais invité au cinéma. Dans la presse, Sébastien confirme qu’il y a du vécu derrière ce texte de légèrement pathétique : « Adolescent, j’étais un peu empâté, j’en ai beaucoup souffert. C’est un hommage à cette période ».

Si JLA tient tant à mettre le Cri-cri avec des jeunes filles, c'est qu'il doit y avoir forcément une raison...
Si JLA tient tant à mettre le Cri-cri avec des jeunes filles dans sa série, c’est qu’il doit y avoir forcément une raison…

Adolescentes, est la chanson qui traite d’un sujet que le père Roch connaît (très) bien. La phrase « adolescentes, ados indécentes » y est susurrée avec une voix perverse : « Ces filles deviendraient femmes, bienvenues mesdames ». A l’écoute de ce titre, comment ne pas penser d’abord aux adolescentes hystériques qui se jetaient sur le torse de notre rock star au Mégastore ? Combien d’entre elles ont perdu leur virginité en ces belles années de gloire ? On aimerait bien savoir. Mais, a posteriori, on peut écouter cette chanson avec l’évolution du personnage de Christian dans les Mystères de l’Amour. En effet, celui-ci n’entretient de relations sentimentales qu’avec de jeunes et jolies filles : Angèle, Fanny ou encore Chloé, la petite sœur d’Hélène (!) En outre, dans la « vraie » vie, Sébastien a pour petite amie une femme bien moins âgée que lui, dont il semble très amoureux, et qui est la mère de son enfant. Sébastien, le FILF.

Les demoiselles du bon dieu et Angélique racontent des histoires de filles aux jolis culs et à l’amour hésitant. Avec Arrête de fuir, Roch retrouve ses inspirations gainsbouriennes, et il faut reconnaître que c’est assez bon. Enfin On vit seul termine l’album sur une note assez triste. Roch « bouffe ses ongles », fume « clopes, sur clopes » et s’avoue assez seul.

Quand est-il de la réception de cet album ? Les divers médias parlent peu de l’album, ou alors pour se moquer du Cri-cri d’amour. Aucun article ne peut en effet évoquer le retour de Sébastien Roch sans mentionner ses années AB. Ce n’est plus une étiquette, mais une marque au fer rouge qu’il a collée sur le front, comme il l’affirme dans un docu sur le clip de « Léon », ou encore dans une interview au magazine Ici Paris : « J’ai l’impression que la presse me boude. A cause de mon passé. Un passé pas si criminel que cela ! (…) On m’a reproché d’avoir fait du commercial. Et on me l’a fait payer très cher : j’ai été jugé, évincé, classé et grillé. J’en ai souffert car la plupart des producteurs de fiction ne voulaient pas entendre parler de moi. J’ai été carrément interdit de casting ! D’ailleurs à l’époque, Michel Denisot m’avait demandé, alors que j’avais 20 ans, si j’allais refaire de la télé un jour. Et je m’entends encore lui répondre : pas avant 2006. On m’a mis des bâtons dans les roues et mon parcours est devenu chaotique. Et c’est pour cette raison que, finalement, je me sens proche des minorités. Effectivement je peux dire que j’ai vécu et que je vis encore une certaine forme de discrimination dans mon métier » .

Depuis l'échec de l'album, Sébastien est devenu le roi de la nuit électro parisienne.
Depuis l’échec de l’album, Sébastien est devenu le roi de la nuit électro parisienne.

Malgré une promo dynamique et une série de concerts, les ventes ne décollent pas et certains titres électro-rock ne trouvent pas leur public. Pourtant l’album mérite qu’on s’y attarde. Terminé le lover de « Silences » et ses chansons d’amour basiques. Dans « Puce de luxe », Roch nous parle des femmes, de leur sexualité, et surtout de sa propre femme qui lui suce… son fric. Musicalement, la production n’a plus rien à voir avec ses précédents travaux. La voix de Roch a mûrie. Fini le chant fragile et maniéré, le chant est désormais plus rauque. Merci les clopes et le whisky. Roch veut désormais vivre « d’amour et de fraîche ». Ce qui n’est pas forcément très crédible. Mais l’artiste a de l’humour et de la ressource.

  • Chant : 3/5

    Le chant de Sébastien Roch se veut un mixe entre Bénabar et Serge Gainsbourg. Autant dire que ce grand écart est difficile à tenir le temps d’un album. On noter les immenses progrès du chanteur depuis son premier opus des 90’s, il n’y a plus de fausses notes. Surtout, Sébastien a enfin une voix grave. C’était une bonne idée de muer.

    Paroles : 3/5

    Sans doute un des points faibles de l’album. Certes, Sébastien a toujours ses envolées poétiques, toujours remplies de sous-entendus érotiques. Mais les rimes restent assez pauvres et quelques chansons sont ridicules (« Présidio »…).

    Musique : 4/5

    On peut le dire sans souci, Puce de luxe est un album très bien produit. Musicalement plutôt varié, entre pop, chanson française-à-la-con et électro-rock. Un disque dans l’air du temps. Un peu trop, finalement.

    Esprit AB & prestation : 2/5

    La seule référence à AB, très amusante, et dans le single phare « Mes sandales ». Sébastien revient avec brio et honnêteté sur son « pétage de plomb » des années AB. Pour le reste, Sébastien n’a plus rien à voir avec Cricri et ne chante plus ses trips de fausses stars, ce qui est une bonne chose. Malheureusement, les clips ne sont vraiment pas à la hauteur des espérances, malgré une grosse implication sur le titre Léon.

    Total : 12/20

    2007. Il aura fallu entendre 2007 pour écouter enfin une nouvelle galette de Monsieur Sébastien Roch. L’ex Cri-cri d’amour pensait alors pouvoir réaliser l’impossible : un come-back dans la chanson, en faisant définitivement oublier son « étiquette AB ». Malheureusement, si son album est loin d’être ridicule, son échec commercial est dramatique. Sébastien aura beau chouiner dans les médias sur un éventuel boycott contre sa personne, la France n’était peut-être pas prête psychologiquement à faire le deuil du Cri-cri d’amour. Résultat, quelques années plus tard, Sébastien réintègre le casting de la suite d’Hélène et les Garçons et abandonne la chanson française pour des concours électros.

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