Thomas Fava le méchant producteur

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Le traitement du personnage de Thomas Fava est très caricatural, assez proche en réalité de celui des méchants dans les soap operas. A ses yeux, son allure, on ne peut pas s’y tromper : c’est bien un méchant. Dominique Pasquier, la Culture des sentiments.

Dans toute bonne série, il faut un méchant. Hélène ne fait pas exception à la règle. Deux personnages font figure d’épouvantails face à la bande de gentils bisounours de la bande à Hélène : Nathalie et un certain Thomas Fava.

« A la fois séducteur, manipulateur, sado-masochiste, autoritaire, pervers, Thomas Fava incarne tous les vices possibles et imaginables que l’on peut attendre de la part d’un méchant d’une sitcom AB »

Nathalie est la peste de service, l’anti-Hélène, usant de sa langue de vipère, donnant de son corps, de sa sexualité agressive et débridée pour assouvir ses pulsions lubriques. Quant à celui qui nous intéresse plus particulièrement ici, Thomas Fava représente la quintessence du mal dans le soap opera Hélène et les Garçons.

Figurant dans pas moins de 38 épisodes, avec comme particularité d’être présent sur un temps long (entre l’épisode n°30 et le n°232, ce qui est remarquable pour un « second couteau »), le charismatique comédien David Brécourt incarne avec talent incontestable un producteur prêt à tout pour arriver à ses fins. A la fois séducteur, manipulateur, sado-masochiste, autoritaire, pervers, Thomas Fava incarne tous les vices possibles et imaginables que l’on peut attendre de la part d’un méchant.

Thomas Fava, le méchant gominé au costard impeccable d'Hélène et les Garçons.
Thomas Fava, le méchant gominé au costard impeccable d’Hélène et les Garçons.

On peut alors dégager trois cycles, trois phases, dans l’action néfaste de Thomas Fava au sein d’Hélène et les Garçons. Dans un premier temps, il fait figure de héros, débarquant comme le producteur qui pourra enfin donner leur chance au groupe des garçons. Mais en réalité, il est celui qui le premier, « vole » Hélène à Nicolas. C’est le Thomas Fava briseur du couple phare, ce qui déclenchera une tempête de protestation au sein du jeune public de téléspectatrices de l’époque.

Ensuite, Thomas Fava fait un come-back inattendu. Cette fois, il n’incarne plus la figure de séducteur à qui personne ne résiste, mais celle d’un pur manipulateur. Son objectif est de « voler l’âme » des héros d’Hélène, en s’attaquant à leur substantifique moelle, c’est-à-dire leur musique. Dans ce schéma scénaristique classique du producteur véreux (qui existe aussi dans la sage Premiers Baisers), Thomas Fava tire son épingle du jeu en montrant une nouvelle facette de son personnage, celle d’un pervers narcissique à tendance sado-masochiste.

Fava a fait autant de mal à Hélène qu'à son public...
Fava a fait autant de mal à Hélène qu’à son public…

Enfin, Thomas Fava revient pour un dernier baroud d’honneur. Certainement l’apogée de ce rôle qui prend une nouvelle dimension avec l’introduction dans une sitcom AB (enfin) de la maladie phare des 90’s : le sida. Faisant éclater définitivement l’innocence et la mièvrerie du soap, le personnage de Thomas permet aux scénaristes de faire basculer Hélène et les Garçons dans une ambiance glauque et malsaine, jusqu’au climax du show, la fameuse prise à son insu de drogues hallucinogènes par Hélène !

Traiter du cas Thomas Fava, c’est pour reprendre les mots de la sociologue et analyste d’Hélène et les Garçons Dominique Pasquier, aborder des « intrigues non routinières », celles qui « échappent aux conventions narratives attendues par les jeunes téléspectatrices. » [1] En d’autres termes, avec le personnage du méchant producteur, la sitcom dévie de ce pour quoi elle a été conçue : de simples histoires marivaudages post-adolescentes dans lesquelles règnent un couple supposé infaillible, l’emblématique binôme que forment Hélène et Nicolas.

L’incompréhension a été à cet égard totale avec le public, comme l’a bien expliqué la sociologue grâce à une étude complète du courrier envoyé à AB Productions : « [Il y a eu] une avalanche de lettres indignées qui sont arrivées chez le producteur après un épisode dans lequel Hélène trompait Nicolas pour la première fois. » L’analyste a alors pu en déduire que « la conformité d’un personnage à sa définition dans la structure narrative apparaît être un élément fondamental de la relation du fan au programme. Les producteurs l’ont d’ailleurs bien compris comme cela, et n’ont plus jamais ensuite cherché à renouveler l’expérience. »

Le "vrai" Fava. L'humour made in AB n'a décidément pas de limite.
Le « vrai » Fava. L’humour made in AB n’a décidément pas de limite.

Thomas Fava apparaît ainsi comme un personnage clé de l’univers des sitcoms, une des grandes réussites scénaristiques de l’univers AB. [2] Bien aidé par la justesse et le charisme de son brillant interprète, le personnage participe en outre à la mise en abyme habituelle pratiquée chez AB. En effet, Fava, c’est tout simplement le patronyme du producteur de la filiale d’AB Disques, ce qui ne manque pas de piquant quand on voit comment Thomas Fava traite Hélène et ses artistes de manière générale ! Réalité ou fiction, avec les sitcoms AB la frontière demeure toujours floue.

Thomas Fava, le briseur du couple phare

« Aujourd’hui on l’appelle l’empereur du new-rock »

Thomas Fava, le Malcolm McLaren d'AB à la rencontre de ses futures stars.
Thomas Fava, le Malcolm McLaren d’AB à la rencontre de ses futures stars.

Quand Thomas Fava fait sa première apparition dans l’épisode n°30 sobrement intitulé « Thomas », c’est l’effervescence qui règne au sein de la bande d’Hélène. Pour la première fois, un professionnel s’intéresse au groupe de rock fondé par Nicolas. Le lead guitar en est tout émoustillé, et prévient ses collègues : « C’est un sérieux le type qui vient nous écouter aujourd’hui. C’est lui qui a découvert tous les groupes à la mode. Aujourd’hui on l’appelle l’empereur du new-rock (sic). »

Comme toujours, ce sont les filles qui permettent aux garçons d’obtenir une sorte d’audition. Ayant pris les commandes des opérations, Johanna a dans un premier temps enregistré en cachette directement au garage la musique des garçons, puis a envoyé le bootleg à des maisons de disques. Après cette brillante prise d’initiative, les filles décident de relooker les garçons afin de leur donner une image de vraies « rock stars ». L’effet est raté mais Thomas semble bien décidé à leur prêter oreille : « Je croyais être débordé, mais vos copines ont réussi à me trouver du temps libre. Alors, vous faites de la musique ? »

Cathy a beau prévenir son amie, Hélène se laisse envoûter par le riche producteur self-made man.
Cathy a beau prévenir son amie, Hélène se laisse envoûter par le riche producteur self-made man.

Mais très vite, on comprend que le producteur n’a pas simplement envie d’écouter le garage rock de ces quatre tocards, qui devraient plutôt réviser leurs partiels de lettres modernes au lieu de répéter ad nauseam les mêmes morceaux digne des échantillons standards de synthé Casio. Car si Thomas Fava a bien accepté la proposition des filles, c’est pour mieux les draguer. C’est Cathy qui la première se rend compte de la supercherie : « Dans la voiture quand il nous a raccompagné, il a essayé deux fois de poser la main sur mon genoux (…) Ça m’a l’air d’être un joli coco celui-là. » » Même Hélène comprend le petit manège du producteur gominé au costard XXL impeccable : « Moi aussi quand on est allés boire un pot après l’audition, il a pas arrêté de me faire du pied. »

Seule Johanna feint de ne pas comprendre et préfère relativiser en prenant appui sur sa grande connaissance des mâles : « Non mais c’est un homme comme tous les hommes. Quand il voit des créatures de rêve comme nous, il tente sa chance, c’est normal. C’est à nous de lui faire comprendre qu’il en a aucune. » L’épisode suivant, « Double jeu », ne laisse pas de doute du fait de son titre sur les intentions de Thomas Fava. S’il n’est pas présent physiquement à l’écran, le nom du producteur demeure dans toutes les conversations. Cathy préfère mettre les choses au point en expliquant à ses deux amies qu’elle a son Étienne et qu’elle n’est pas du tout intéressée par ce type : « Quand on a son copain, on ne s’y intéresse plus, on a plus envie de ressembler à des bons steaks bien saignants qu’il regarde comme s’il n’avait pas mangé depuis une semaine. »

Fava voudrait faire des Garçons on groupe de funk qui swingue. Pas de doute, c'est un producteur de génie.
Fava voudrait faire des Garçons un groupe de funk qui swingue. Pas de doute, c’est un producteur de génie.

De leur côté, les apprentis rockeurs stressent après avoir reçu les conseils de Fava, qui leur a fait gentiment comprendre qu’ils étaient – à juste titre – plutôt ringards. Pourtant si en effet le hard rock n’est plus vraiment hype en 1992, Thomas Fava ne semble pas avoir senti la vague grunge venir et préfère miser sur d’autres sonorités, plus groovy. Étienne se montre en accord sur ce point : « On a répété Behind the shadow en plus funk et moins rock. Je crois que c’est pas mal. » De même, Nicolas se soumet à cette nouvelle tendance : « Thomas pense que c’est mieux, à cause de la mode. » Pire, le guitariste s’avère fasciné par l’aura du producteur : « En plus humainement il est super. On discute avec lui. Il se met à notre niveau, il nous rassure. Non il est vraiment très bien. »

Seule Hélène se montre déjà circonspecte à l’idée de voir les garçons sacrifier le son roots qui les caractérise. Selon la petite amie de Nicolas, Thomas Fava a beau être un grand producteur reconnu, son avis sur leur musique doit être nuancé. Elle récite ainsi la doxa d’AB Productions de l’époque : « Tu crois vraiment qu’il y a des spécialistes dans ce métier ? C’est le public qui décide c’est tout. »

« Je déteste les playboys branchés, je le sens pas du tout ce type »

Thomas ne serait pas contre un petit foursome...
Thomas ne serait pas contre un petit foursome…

A la fin de l’épisode on apprend que Fava a invité les filles à dîner, mais sans les garçons, soi-disant pour mieux connaître le groupe qu’il souhaite produire. En revenant dans leur chambre universitaire, le trio féminin fait le bilan de la soirée. Pour Cathy, son avis est définitif : « Je déteste les playboys branchés (…) Je le sens pas du tout ce type. » Johanna acquiesce mais à la surprise générale, Hélène dévoile de drôles de sentiments vis-à-vis de ce garçon de dix ans son aîné tout droit sorti d’une chanson de Thomas Dutronc : « Avec un garçon de ce genre là faut s’attendre à ça. Les filles doivent tomber comme des mouches (…) Mais c’est juste un garçon qui sait ce qu’il veut. »

Pire, on découvre que Hélène a accepté de boire en solo un verre avec Thomas. Devant le regard suspicieux de ses copines, Hélène se défend d’un laconique : « Disons que j’ai envie de vivre dangereusement. » La suite va le prouver. L’épisode n°32 « La craquerie » porte bien son nom : Hélène craque désormais sans aucune retenue pour Thomas Fava. On découvre avec stupéfaction que la blonde a accepté de faire les boutiques avec le producteur, là où, se vante Hélène, « Madonna vient faire ses courses quand elle est à Paris. » A ce moment, celle qui est officiellement la petite amie de Nicolas n’assume pas encore cette improbable relation, déclarant face à Johanna et Cathy : « Thomas est un copain, c’est tout. »

Tandis que Nico croit encore que Thomas fera de lui une star, Hélène passe ses nuits avec le producteur et rentre à l'aube !
Tandis que Nico croit encore que Thomas fera de lui une star, Hélène passe sa nuit avec le producteur et rentre discrètement à l’aube !

Quant à Fava, il refroidit très rapidement les ardeurs du groupe : « Bon faut surtout pas croire que j’aime pas ce que vous faites. Non non au contraire je trouve ça super. C’est jeune, sympa, rentre-dedans. Mais bon c’est pas tout à fait ça encore (…) Je vous le dis franchement, j’adore le rock, je trouve ça super. Mais bon c’est un peu… dépassé. Bien sur j’exagère, mais c’est pour vous faire comprendre. On va essayer de trouver un nouveau son quoi. Un new-beat. » Les beat, ça parle bien évidemment aux garçons, notamment à Nico, qui reste néanmoins sur ses gardes : « Bien sur. Si tu nous guides, on le trouvera. Mais on va pas faire de la soupe comme tous les groupes à la mode quand même ? »

Fava rassure alors Nico et ses petits camarades, non sans hypocrisie : « Mais oui Nicolas, c’est comme ça qu’il faut prendre les choses. Il faut pas se buter sur ses goûts. Il faut évoluer (…) Vous inquiétez pas… Je saurais vous faire garder votre personnalité, on va simplement essayer d’ajouter un peu de swing (sic) quoi, un peu de feeling. » Tandis que Nico est manifestement convaincu par le discours de Fava (« il faut faire confiance à Thomas » explique-t-il aux membres du groupe), Cathy persiste et signe. Ce type est pour elle tout simplement un sombre connard : « Ce genre de garçons qui savent tout sur tout, qui sont sûr d’eux mais qui au fond ne pas capables du moindre sentiment. »

« Schéma classique. On fait croire à une fille qu’elle va enregistrer une chanson. Ça marche à tous les coups. Moi j’ai fait ça à ma petite voisine quand j’avais huit ans. Ouais elle m’a cru, elle m’a donné toutes ses billes »

Mais Hélène est définitivement envoûté par ce self-made man à qui tout réussit. Après une soirée passée à ses côtés, elle rentre au petit matin. Soupçonnée par ses amies d’avoir fait une partouze (!) (car oui selon Cathy, « on m’avait dit que ça se faisait souvent dans le show-business »), elle tient à les rassurer : elle est juste tombée amoureuse de Fava ! L’annonce fait figure d’une véritable une bombe. Et comme toujours au sein de la bande, l’information tourne vite. Christian annonce à Étienne qu’Hélène est amoureuse de Fava, et donc n’aime plus Nicolas. Dans la foulée, Hélène quitte Nicolas. C’est le choc et la consternation.

Hélène a beau pleurer sur son sort, elle a bel et bien trompé son Nicolas !
Hélène a beau pleurer sur son sort, elle a bel et bien trompé son Nicolas !

Certes, le couple déjà mythique d’Hélène et Nicolas ne sortait ensemble que depuis une petite trentaine d’épisodes. Mais pour le public, c’est l’effroi. Comment est-il possible que la belle Hélène puisse quitter son petit ami chevelu pour un type froid et cynique comme Thomas Fava ? C’est d’autant plus vrai que seule Hélène ne semble pas comprendre le petit jeu auquel Thomas joue : on le voit à longueur de temps charmer Cathy et Johanna (répétant sans cesse que « les amies d’Hélène ne me dérangent jamais, surtout quand elles sont aussi jolies que vous »), tandis qu’il se montre d’une condescendance absolue envers son rival Nico : « C’est un gamin tu sais, à son âge ça lui passera vite de ne plus être avec toi. »

En outre, Thomas Fava en tant que producteur cache de moins en moins ses véritables desseins : il est davantage intéressé à l’idée d’enregistrer une chanson à Hélène plutôt qu’au groupe de Nicolas. Celle-ci ne semble pas prendre au sérieux l’offre de son nouveau boyfriend  quand il lui propose de faire des essais dans un studio : « Il paraît que j’ai une jolie voix et que je chante juste. Mais on a fait ça pour rigoler. »

Toutefois, Fava continue de faire miroiter aux garçons la production d’un disque : « Quand je vois les progrès que vous avez fait, je vous jure, c’est très bien. » Encore bien naïfs à cette époque, les apprentis musiciens croient dur comme fer que la porte du succès va s’ouvrir pour eux, notamment le Cri-cri d’amour qui rêve d’une vie de sexe, drogue et rock’n’roll :

Cricri : – « Ça y est, on prend l’autoroute de la gloire.
Thomas Fava : – Non disons que vous prenez la bretelle d’accès.
José : – Gare aux excès de vitesse, il y a des radars (rires). »

Hélène qui quitte Nicolas pour ce "vieux" producteur gominé. Le choc et l'effroi pour des millions de fans.
Hélène qui quitte Nicolas pour ce « vieux » producteur gominé. Le choc et l’effroi pour des millions de fans.

Mais le « cas Hélène » divise la bande. Nico, qui a pour l’instant visiblement bien encaissé la rupture, a choisi de poursuivre la collaboration avec le producteur avec le producteur qui lui a piqué sa copine. De même, il voit d’un bon œil que son ex petite amie chante pour Fava : « J’ai entendu une bande enregistrée par Hélène. C’est pas mal du tout. C’est une idée de Thomas, il lui a fait faire une maquette. »

Seul le Cri-cri d’amour semble avoir compris ce qu’il se passe réellement, et n’hésite pas à dire ce qu’il pense : « Schéma classique. On fait croire à une fille qu’elle va enregistrer une chanson. Ça marche à tous les coups. Moi j’ai fait ça à ma petite voisine quand j’avais huit ans. Ouais elle m’a cru, elle m’a donné toutes ses billes. »

« Thierry est chômeur. Et Thomas Fava est l’un des garçons qui réussi le mieux de sa génération. Ça fait quand même une sacrée différence »

Hélène ne prend plus la peine de se cacher. De toute façon, Nico a décidé de rien montrer de ses sentiments.
Hélène ne prend plus la peine de se cacher. De toute façon, Nico a décidé de rien montrer de ses sentiments.

Avec l’épisode n°34 « Une nouvelle vie », un basculement s’opère. Pour la première fois, Hélène ne se montre pas sous son meilleur jour. D’abord, elle fait souffrir ce brave Nicolas. Étienne le reconnaît : « Il va bien en apparence. Le soir quand on rentre, on peut pas dire que ce soit une folle gaîté. » Pour le toujours très machiste Christian, c’est de toute façon la faute de son meilleur ami, car il a été trop gentil avec sa copine. Il était selon ses dires « à ses pieds. »

Ensuite, Hélène dévoile un aspect de sa personnalité que personne n’aurait pu soupçonner jusqu’ici : elle préfère les winners aux losers. Sommée une nouvelle fois de justifier sa relation avec Fava auprès des filles, elle met en avant la réussite professionnelle de son amoureux et prend le contre-exemple de Thierry, l’ex de Cathy : « Thierry est chômeur. Et Thomas est l’un des garçons qui réussi le mieux de sa génération. Ça fait quand même une sacrée différence. »

Pour arranger les choses, Hélène accepte enfin de passer une soirée avec toute la bande. Mais Nico ne le supporte pas et préfère décliner l’invitation. Au dîner, la tension monte et finit par exploser à la gueule d’Hélène :

Hélène : – « J’ai pas du tout envie de devenir chanteuse moi. Vous me voyez en train de jeter ma petite culotte au public déchaîné ?
Cricri : – Ouais ça ne te dérangerais pas, tu n’es pas à ça près. Je trouve dégoûtant ce que tu as fait à Nicolas. T’as gâché sa vie, c’est tout. Pendant qu’on est là nous à faire semblant de s’amuser, lui il est seul dans sa chambre à pleurer. J’espère que t’es contente. Cette histoire me dégoûte, je peux plus te regarder en face Hélène. »

Pour cette séparation, la bande a clairement choisi son camp : celui de Nico. Hélène s'en prend plein la poire.
Pour cette séparation, la bande a clairement choisi son camp : celui de Nico. Hélène s’en prend plein la poire.

Mine déconfite, regard baissé. Touchée en plein cœur, Hélène ne peut rien dire face à la violence des propos de Christian, odieux, mais qui résument ce que tout le monde pense. Dans l’épisode suivant, le n°35 « Démasqué », Hélène cherche alors à revaloriser son image en offrant des cadeaux à ses copines.

Dans un premier temps, les filles ne veulent pas les accepter puisqu’ils ont été achetés par Thomas. Mais elle finissent par les prendre. Tout semble alors aller pour le mieux puisque Cathy décide d’y mettre du sien : « Bon, on l’accepte ton Thomas si tu l’aimes. » A la cafète, Thomas sort alors le grand jeu devant les filles : « Bon on se fait un petit tennis et puis je vous invite à dîner. Aujourd’hui j’ai envie d’avoir à ma table les trois plus jolies filles de Paris. »

Néanmoins très vite, Fava montre qu'il est surtout intéressé par Cathy. Il aimerait ainsi la faire "chanter"...
Néanmoins très vite, Fava montre qu’il est surtout intéressé par Cathy. Il aimerait ainsi la faire « chanter »…

Après ce dîner, recommence la suspicion autour de Thomas. Cathy est de nouveau la première à sonner l’alarme : « A un moment il m’a fait du pied. » Elle revient alors sur sa parole envers Hélène : « Je n’arrive pas à avoir confiance en ce garçon. Je ne sais pas pourquoi, mais y a quelque chose qui me dérange. » Si Johanna tente de justifier le comportent du producteur par l’humour (« oh il drague tout le monde (…) Il a peut-être des grandes jambes »), Cathy a la confirmation de ses soupçons quand elle apprend de la bouche même de Thomas qu’il souhaite lui proposer de chanter à son tour : « Dis moi Cathy, t’as jamais eu envie de chanter ? Tu sais que tu as un physique de vedette. Les jolies filles c’est fait pour ça, pour faire rêver. »

Considérant la réputation sulfureuse de Thomas, Cathy refuse et flippe pour son amie Hélène : « Monsieur Thomas Fava, le fiancée de NOTRE amie Hélène qui m’invite ce soir au studio pour m’écouter chanter… » Mais elle décide finalement d’accepter afin de voir jusqu’où Thomas peut aller. Le rapport qu’elle donne à Johanna est édifiant : « Ce type-là est encore pire que ce que je croyais. Il m’a dit que j’étais belle et il a essayé de m’embrasser. »

« Tu vois ici t’es comme dans une tribu indienne. Si tu touches l’un de nos frères ou l’une de nos sœurs, c’est comme si tu nous touchais NOUS »

A sa grande surprise, Cathy découvre qu’Hélène est au courant de la proposition de Thomas Fava à son égard. Elle est même choquée de voir que son amie n’est en rien jalouse. Car en effet, si Thomas a bien expliqué à Hélène qu’il avait proposé à Cathy de chanter, il n’a rien dit de sa volonté de l’embrasser ! Furieuses, les filles décident de comploter. Elles prennent un « cheval de Troie » pour coincer le producteur cochon. Ce sera cette brave Nathalie, toute heureuse de jouer à nouveau les fouteuses de merde et de péter le couple d’Hélène. Les filles expliquent à Nathalie leur « Opération éjection » (c’est le titre de l’épisode) : « Tu plais à Thomas Fava. Ce qui serait bien c’est que tu débarrasses Hélène de lui. Parce que c’est un salopard. Hélène mérite mieux que ça. »

Comme toujours, Nathalie est très utile quand on a besoin d'une fille pour péter un couple qui dérange.
Comme toujours, Nathalie est très utile quand on a besoin d’une fille pour péter un couple qui dérange.

L’épisode n°37 « Aveux difficiles » sonne comme le glas de la première époque Thomas Fava. Alors que Nathalie a réussi son coup avec le producteur en le séduisant dès leur premier rendez-vous, ce dernier n’a pas tenu sa promesse auprès des amies d’Hélène : il n’a pas avoué la tromperie. Comme Johanna ne trouve pas de solution pour faire parler Fava, les garçons prennent virilement les commandes des opérations. C’est le très nerveux Cri-cri d’amour qui sonne la charge : « On va aller casser la gueule à Thomas Fava, je crois que ça nous soulagera. »

Il faut vraiment pas déconner avec les amis d'Hélène. Fava en fait les frais, et ce sera pas la dernière fois...
Il faut vraiment pas déconner avec les amis d’Hélène. Surtout pas avec son Nicolas. Fava en fait les frais, et ce sera pas la dernière fois…

Un jingle plus tard, les garçons reviennent au garage avec leur « butin » : un Thomas Fava balancé au sol, molesté et menacé avec une batte de base-ball. Le producteur, dans un trois contre un largement à son désavantage, est pour la première fois pris de panique : « Je vous préviens je porte plainte hein, si vous me touchez vous finirez en prison. » Mais le Cri-cri n’en a strictement rien à foutre de ce type de menaces : « Tu vois ici t’es comme dans une tribu indienne. Si tu touches l’un de nos frères ou l’une de nos sœurs, c’est comme si tu nous touchais NOUS. »

Fava ne se débine pas et tente un dernier coup de poker : « Si vous me laissez partir, je fais de vous des vedettes, d’accord ? On enregistre l’album la semaine prochaine, dans le meilleur studio, ok ? J’mets toute la promo de la boute sur vous. Ok, on fait comme ça, vous me laissez partir ? On fait comme ça Nicolas, j’vous signe un papier tout de suite ? »

Cette fois, la manipulation de Fava ne marche plus. Les garçons ont enfin compris que le producteur se moque d’eux depuis le début. Cri-cri est alors à un coup de batte de lui exploser la gueule : « C’EST ENCORE PLUS TENTANT D’EXPLOSER LA TÊTE A CETTE ORDURE ! »

Même ce gland d’Étienne gagne un sursaut de virilité dans l'histoire en menaçant à son tour Fava avec une batte.
Même ce gland d’Étienne gagne un sursaut de virilité dans l’histoire en menaçant à son tour Fava avec une batte.

Nicolas, grand seigneur, préfère calmer les ardeurs de son ami et jouer la carte du mépris affiché : « Ça vaut pas la peine de se salir les mains. » Il sort ainsi grand gagnant de l’histoire puisque dans la foulée, il retrouve « son » Hélène, qui tombe immédiatement dans ses bras comme s’il ne s’était rien passé. Hélène, comme à son habitude, fait du Hélène pour conclure sur le cas de Thomas Fava : « Il faisait pitié, il était lamentable. »

En pas moins de sept épisodes, Hélène et Nicolas ont connu leur première grande crise conjugale. Les fans ont été affolés et ont immédiatement crié au scandale. La sociologue Dominique Pasquier a su bien rendre compte des répercussions qu’ont eu ces épisodes auprès du public de la sitcom : « L’infidélité très exceptionnelle d’Hélène a suscité une émotion considérable. Dans les jours qui suivirent la diffusion de l’épisode en question, le standard d’AB Productions fut pris d’assaut par des fans affolés devant l’énormité de la situation. Des milliers de lettres – ainsi que des fax, et des messages sur Minitel – furent adressées à Nicolas (pour lui suggérer des moyens de reconquérir Hélène) et à Hélène (pour s’offusquer de sa trahison). »

« On s’est aperçu qu’il ne fallait pas toucher au couple Nicolas et Hélène. On peut faire tout ce qu’on veut avec les autres, mais ces deux-là sont intouchables »

S’ils avaient eu internet, les fans de l’époque auraient sans doute créé des pages facebook ou un hashtag pour dénoncer ce qu’ils ont alors considéré comme une trahison des scénaristes. Pour la sociologue, c’est un cas d’école de la relation que peuvent entretenir des jeunes téléspectateurs vis-à-vis d’un tel programme : « D’un seul coup, la tromperie n’était plus un code narratif, elle jetait une ombre sur la personne d’Hélène et brisait la vie de Nicolas. N’étant pas prévisible elle échappait aux modes habituels de relation au programme. Les fans avaient reçu un message inconnu, indécodable, une sorte de message « hors série » qui demandait à ce titre une autre forme d’intervention. Les producteurs et scénaristes confient avoir été les premiers étonnés de l’ampleur et de la nature de cette réaction. Ils en furent même inquiets : une simple idée, destinée à casser la routine, risquait de rompre le lien entre Hélène et ses fans et en ont pris acte. »

Pour la plupart des jeunes téléspectatrices de la sitcom, Hélène a fait du mal à Nicolas et c'est vraiment pas gentil de sa part.
Pour la plupart des jeunes téléspectatrices de la sitcom, Hélène a fait du mal à Nicolas et c’est vraiment pas gentil de sa part.

Ainsi, Jean-Luc Azoulay et ses sbires ont su tirer les leçons d’une telle aventure comme ils ont pu le confier à la sociologue : « On s’est aperçu qu’il ne fallait pas toucher au couple Nicolas et Hélène. On peut faire tout ce qu’on veut avec les autres, mais ces deux-là sont intouchables. » Néanmoins, si par la suit, Hélène ne trompera plus jamais Nicolas dans la sitcom (seul un certain Jacques provoquera quelques troubles, sans gravité, et Nicolas aura une aventure sexuelle avec Nathalie, sans conséquence car « c’est un garçon »), le personnage de Thomas Fava reviendra pour notre plus grand plaisir.

« Quand Thomas s’est intéressé à moi je me suis sentie flattée, flattée qu’un garçon comme lui s’intéresse à moi, m’invite à déjeuner, m’accompagne en voiture pour faire des courses »

En attendant, l’épisode « La vie reprend » fournit quelques explications d’Hélène sur son histoire d’amour avec le producteur, probablement pour rassurer un public encore en colère. Dans le lit douillet de sa chambre universitaire, elle revient sur son comportement devant ses copines et esquisse un début de mea culpa : « Comment j’ai pu croire que je n’aimais plus Nicolas. Je m’en suis aperçue quand je l’ai embrassé. Je n’ai jamais cessé de l’aimer. Même quand j’étais avec Thomas. Je crois que j’ai jamais aimé Thomas. Je me suis laissée éblouir, comme un papillon par une lumière trop forte. Il était tellement sûr de lui et tellement brillant, tellement auréolé de succès, pff, et moi j’étais tellement naïve. Je me suis jetée moi-même dans la gueule du loup. Quand Thomas s’est intéressé à moi je me suis sentie flattée, flattée qu’un garçon comme lui s’intéresse à moi, m’invite à déjeuner, m’accompagne en voiture pour faire des courses (…) C’était le grand Thomas Fava, qui abandonnait son bureau, ses secrétaires, ses vedettes, pour venir avec moi. Mais même dans ces moments-là j’ai pas arrêté de penser à Nicolas. Vous voyez, s’il s’était mis à pleurer, s’il avait craqué, s’il m’avait insulté, je me serais aperçue avant qu’il m’aimait toujours. Mais il était tellement solide, il donnait tellement l’impression de dominer tout ça que je me suis dit qu’après tout ça n’avait pas d’importance pour lui, qu’il ne tenait pas à moi et je me jetais de plus en plus dans les bras de Thomas. J’ai agi comme une petite fille pas très intelligente. »

Hélène doit alors procéder à un mea culpa (tout en montrant ses jolis petons).
Hélène doit alors procéder à un mea culpa (tout en montrant ses jolis petons).

Dans cet interminable monologue à peine crédible, Hélène en profite pour sauvegarder son image de pureté, et ainsi rassurer autant que possible les fans. Non, elle n’a pas vraiment trompé Nicolas, n’ayant pas couché avec le producteur : «  Je n’ai jamais fait l’amour avec Thomas. Rassurez-vous je ne suis pas une sainte (sic). S’il me l’avait demandé, j’aurais dit oui. Mais il l’a jamais fait. Vous savez Thomas c’est quelqu’un de bizarre, tout ce qui comptait pour lui c’était l’apparence, du moment qu’il pouvait me présenter à ses copains, me montrer dans les endroits à la mode, ça lui suffisait. Au début il m’a embrassé une ou deux fois et puis après quand on se voyait c’était juste une petite bise du bout des lèvres. J’en ai même fait des complexes. »

Ouf, l’honneur est sauf. Finalement, tout ça pour ça. Mais au moins, les apparences sont sauvées, et le public peut continuer à suivre les aventures de « sainte Hélène », tout en acceptant par ailleurs que les autres membres de la bande se trompent allègrement entre eux.

Thomas Fava, le retour

« Je suis venu un peu par masochisme. Pour me fustiger. Pour me montrer ce que j’avais raté, je voulais simplement assister à la naissance d’une star »

Il ne faut pas attendre longtemps pour réentendre le nom de Fava dans les discussions des protagonistes de la sitcom. En effet, dès l’épisode n°50 « La chanson », Nicolas revient de son service militaire où il explique comment il a réussi à ne pas couper ses cheveux. C’est grâce à l’intervention d’un général, un certain Antoine Fava qui n’est autre que l’oncle de Thomas. En outre, la thématique de la musique revient en force puisque Nico a composé un nouveau morceau durant son exil, qu’il s’empresse évidemment de (nous) jouer. La « magie » opère directement et la sitco-chanteuse Hélène Rollès peut enfin chanter pour la première fois son grand tube à l’écran : « Pour l’amour d’un garçon ». Thomas Fava ne pouvait passer à côté d’un tel tube en puissance.

Le retour de Thomas Fava, qui a une "proposition" qu'Hélène ne peut pas refuser : devenir une star de la chanson...
Le retour de Thomas Fava, qui a une « proposition » qu’Hélène ne peut pas refuser : devenir une star de la chanson…

Il faut toutefois patienter jusqu’à l’épisode n°52 « Un ingénieur en or massif » pour revoir enfin Thomas Fava en personne. Il rencontre « par hasard » Hélène à la cafète. Il se met alors en tête de faire la paix avec Hélène, qui comme toujours n’en veut jamais à personne. Elle le remercie même pour les cheveux de Nico. Thomas se montre principalement intéressé par l’enregistrement de la chanson d’Hélène avec un certain John Wanders, qui est un de ses collaborateurs.

... mais la "vraie" Hélène Rollès a foncé dans les bras de son producteur Azoulay, la Hélène de la sitcom préfère chantonner son "tube" dans son garage avec ses potes. Comment dire...
… mais la « vraie » Hélène Rollès a foncé dans les bras de son producteur Azoulay, la Hélène de la sitcom préfère chantonner son « tube » dans son garage avec ses potes. Comment dire…

L’épisode n°53 « La séance du siècle » qui suit est certainement ce qui s’est fait de mieux en terme d’auto-promotion des produits AB ! A pas moins de trois reprises, on peut écouter le tube d’Hélène, sorti au même moment dans tous les bons (et moins bons) disquaires de France ! La propagande pour Hélène Rollès se poursuit encore dans l’épisode suivant.

Thomas Fava assiste à l’éclosion d’une étoile de la chanson, dont il se revendique être à juste titre le premier fan. Il explique alors à son collègue John Wanders qu’il est présent uniquement pour admirer son ancienne muse : « Tu vois John cette petite, j’ai toujours su qu’elle avait du talent. C’est moi qui lui ai fait faire sa première maquette. Là aujourd’hui je suis venu un peu par masochisme. Pour me fustiger. Pour me montrer ce que j’avais raté (…) Je voulais simplement assister à la naissance d’une star. Je peux vous le dire maintenant, c’est réussi. »

Dans Hélène, on aime bien (faire) écouter les chansons d'Hélène.
Dans Hélène, on aime bien (faire) écouter les chansons d’Hélène.
Et souvent, ça fait pleurer du Hélène Rollès en boucle.
Et souvent, ça fait pleurer du Hélène Rollès en boucle.
Et pleurer sur du Hélène Rollès en groupe, c'est une belle forme de thérapie collective.
Et pleurer sur du Hélène Rollès en groupe, c’est une belle forme de thérapie collective.

Pour le moment, Thomas Fava dit vrai. Face au refus catégorique d’Hélène de vouloir être une star de la chanson, le producteur abandonne l’idée de la produire et disparaît sans insister. Le scénario et les propos tenus par Hélène dans la sitcom ne peuvent que faire sourire puisqu’au même moment Hélène Rollès est devenue une superstar de la chanson, enchaînant tubes et concerts devant des milliers de fans. Quant à Thomas Fava, il va falloir compter une soixantaine d’épisodes pour enfin le retrouver. De retour pour une quinzaine d’épisodes, le producteur va faire connaître à la bande d’Hélène ses pires heures depuis le début de la sitcom.

En tout cas tout le monde croit en Hélène: son Nicolas, Fava et John Wanders, l'ingé son à la casquette ridicule.
En tout cas tout le monde croit en Hélène: son Nicolas, Fava et John Wanders, l’ingé son à la casquette ridicule.

Tout commence pourtant dans un élan de créativité incroyable. Christian a écrit un poème, qu’il s’empresse de montrer à Nico. Il souhaite en effet que son ami guitariste compose une musique afin que Hélène puisse chanter son texte. Le poème de Christian est en réalité destiné à Johanna, qu’il aime toujours depuis son départ survenu quelques épisodes auparavant « Une fois de trop ». Le trio accouche d’un titre inoubliable, un des grands hits de la carrière d’Hélène Rollès : « Peut-être qu’en septembre ».

Cri-cri montre son poème à Nicolas... ce n'est rien d'autre que l'éternel tube "Peut-être qu'en septembre".
Cri-cri montre son poème à Nicolas… ce n’est rien d’autre que l’éternel tube « Peut-être qu’en septembre ».

Nicolas et Hélène partent alors voir leur ami John Wanders dans son studio d’enregistrement. Le résultat est à la hauteur des attentes : l’ingé son est persuadé qu’on tient là une « chanson magique », de quoi lancer la carrière d’Hélène : « Je pense qu’on n’a pas le droit de laisser passer un tube pareil. » Il prend alors l’initiative d’en parler à Thomas Fava, jamais bien loin de la bande puisqu’il fréquente discrètement de très près Nathalie. Toujours aussi convaincu par le talent de son ancienne protégée, le producteur considère qu’il est de son devoir de produire Hélène : « Croyez-en mon expérience, il faut absolument sortir ce titre. »

« Bah on gâche peut-être tout, mais on garde notre âme, et c’est ce qu’il y a de plus important »

Thomas Fava n'arrive pas à convaincre Hélène, Nico et John Wanders de bosser avec lui.
Thomas Fava n’arrive pas à convaincre Hélène, Nico et John Wanders de bosser avec lui.

Mais pour Hélène et Nicolas, pas question de produire quoi que ce soit. D’abord, la chanson ne leur appartient pas comme le rappelle la jeune chanteuse : « C’est pas un titre, c’est une chanson. Et puis elle appartient à Christian. » Fava a une néanmoins une conception radicalement différente de celle des deux utopistes qu’il en a face de lui : « Ouais mais c’est Nicolas qui a composé la musique et c’est toi qui chante Hélène. On va cartonner avec ça. »

Nico et Hélène sont de vrais amoureux de la musique. Ce ne sont pas des vendus eux ! Comment ça personne n'y croit ?
Nico et Hélène sont de vrais amoureux de la musique. Ce ne sont pas des vendus eux ! Comment ça personne n’y croit ?

Comme le ridicule ne tue pas, et encore moins dans une sitcom AB, le dialogue avec Nathalie (devenue porte-parole des intérêts de Fava) qui s’en suit nous montre que le couple phare de la sitcom a une haute idée de ce que doit être l’art et la musique. Eux ne sont pas là pour faire du fric, car ils sont purs et conchient ouvertement le business. Des putains de hippies communistes, voilà ce que sont en réalité Hélène et Nicolas :

Nico : – « Mais on en a rien à faire de cartonner nous. On s’en moque de gagner de l’argent.
Hélène : – Cette chanson elle est à nous. Vous pouvez pas comprendre ce qu’elle représente, on a pas envie de la partager avec d’autres.
Nathalie : – Depuis le temps que vous répétez dans ce garage sinistre, et que vous rêvez que des foules en délire vous applaudissent. Au moment où vous allez toucher le but, vous gâchez tout.
Hélène : – Bah on gâche peut-être tout, mais on garde notre âme (sic), et c’est ce qu’il y a de plus important. »

Toujours open pour foutre la merde, Nathalie complote avec Fava pour convaincre par n'importe quel moyen les amis d'Hélène.
John Wanders sous la double pression de Nathalie et Thomas pour trahir le choix d’Hélène et Nico.

Thomas Fava est consterné, et on le comprend. Toutefois, le producteur a décidé cette fois de ne pas lâcher le morceau. L’occasion est trop belle de se faire un paquet de pognon. Son idée est de manipuler John Wanders, qui lui a au contraire accepté le refus poli mais ferme de Nicolas et Hélène. Il tente d’abord de convaincre le technicien : « Je les connais bien, j’ai failli être leur producteur. Ce sont des gamins. Cette chanson c’est un tube, j’en suis persuadé. »

Il lui demande dans la foulée de lui faire une copie de « Peut-être qu’en Septembre », lui rappelant qu’il serait « ridicule de ne pas sortir cette chanson. » John refuse catégoriquement, malgré l’avertissement du nouveau bras droit de Thomas, la machiavélique Nathalie : « Pense à ta notoriété : un ingénieur du son qui fait un tube… et dis moi, les Anglais et les Américains, ils t’appellent plus très souvent pour tes séances ? John, tu serais en baisse par hasard ? » Face à l’obstination de John qui maintient qu’il faut respecter la volonté d’Hélène et ses amis, Thomas Fava prend l’initiative de voler la fameuse « bande master » de la chanson. Quand John s’en aperçoit, c’est la stupeur. Nicolas se rend compte que Thomas est prêt à tout cette fois pour arriver à ses fins. Pire, Nathalie les nargue et affirme que ce sera elle qui chantera le fameux tube !

Encore une fois, les garçons utilisent la manière forte pour régler leur différent avec Fava. Il faut reconnaître que la méthode est efficace.
Encore une fois, les garçons utilisent la manière forte pour régler leur différent avec Fava. Il faut reconnaître que la méthode est efficace.

C’en est trop pour le groupe qui doit vite réagir. Le groupe décide de prendre les choses en main, quitte à utiliser la manière forte. Le schéma se répète. Ils attrapent Thomas Fava, le ramène de force au garage et le menace avec des battes de base-ball. Sous la pression d’un Cri-cri d’amour déchaîné, Fava doit se rendre et promettre qu’il rendra la bande.

« Je suis devenu le producteur number one en France pendant que tous mes petits copains terminaient leurs études d’avocat et en ce moment ils crèvent de faim, eux »

Néanmoins, dès l’épisode suivant « Le cheval de Troie », Fava applique une nouvelle stratégie : diviser pour mieux régner. Il prend à part Christian, car il sait très bien que ce dernier a des rêves assumés de gloire (devenir une rock star est son leitmotiv depuis le début de la série). « Il faut que je parle Christian. Tu es le seul qui pourra comprendre ce que je vais te dire. T’es encore jeune, mais dans la vie il faut savoir saisir sa chance », explique alors le producteur au batteur du groupe. Méfiant, Christian accepte tout de même d’écouter le venin du producteur, qui se lance dans un grand monologue :

Le vaniteux Cri-cri d'amour est le maillon faible de la bande. Et ça, Thomas l'a parfaitement compris.
Le vaniteux Cri-cri d’amour est le maillon faible de la bande. Et ça, Thomas l’a parfaitement compris.

« Avant de devenir producteur, je faisais des études de droit. Et puis un jour j’ai une copine qui m’a amené dans une boite de nuit et puis j’ai découvert un groupe génial. Un peu dans le style de ce que vous faites d’ailleurs. Dès que j’ai vu ce groupe, j’ai tout de suite pensé qu’il y avait quelque chose à faire. Je savais pas trop comment m’y prendre, alors je me suis renseigné, j’ai tapé du fric à mes parents, et puis finalement j’ai financé leur première maquette en studio. On a vendu 150 000 disques du premier album. Grâce à ça je suis devenu le producteur number one en France pendant que tous mes petits copains terminaient leurs études d’avocat et en ce moment ils crèvent de faim, eux. Moi je pense que toi, Nicolas et Hélène vous êtes un peu comme une nouvelle chance qui se représente, vous pouvez pas passer à côté d’un tube comme ça. Regarde les gens qui galèrent autour de toi, qu’ont pas de boulots, qu’ont du mal à terminer leur fin de mois. Tu crois que c’est avec ton petit diplôme de chais-pas-quoi que tu vas réussir dans la vie ? Tu sais combien il y a de diplômés au chômage ? Moi je pense que vous avez du talent tous les trois et Hélène surtout. Elle a tout pour réussir cette fille. Elle est faite pour ça. Tu connais une fille qui n’a pas envie de réussir toi ? Avec cette chanson vous faites du gâchis. Tu vois vous m’avez tapé dessus, vous m’avez menacé, et je suis encore là pour vous le répéter. Je suis sincère là Christian, je te promets, je suis sincère. »

« Tu vois je t’avais dit qu’il finirait par craquer. Ce genre de mec ça ne résiste ni au fric ni à la gloire »

Sur le coup, Christian refuse poliment la proposition de Fava, même si les mots du producteur semblent l’avoir profondément touché. Il faut attendre l’épisode d’après, « Le doute », pour que les choses se décantent. En effet, Nicolas avoue qu’il a des problèmes d’argent. Une histoire de famille, puisque sont frère a des dettes et risque la prison. Obligé d’abandonner ses études pour trouver un travail, Hélène le suit dans sa démarche et plaque tout à son tour. Christian en bon pote décide alors d’accepter le deal avec Fava : pour la modique somme de 100 000F cash et donnée en avance, le batteur vend les droits de son texte à Fava, signant en quelque sorte son âme au diable. Ce dernier peut alors exulter et afficher tout son mépris et son dédain pour ce type de gamin : « Tu vois John je t’avais dit qu’il finirait par craquer. Ce genre de mec ça ne résiste ni au fric ni à la gloire. » Christian peut ainsi apporter le fameux chèque à son ami Nicolas, qui abandonne vite son job de nuit dans un restaurant. Il faut maintenant enregistrer ce fameux tube pour le compte de Fava !

Pour aider son ami Nicolas empêtré dans des problèmes d'argent, Cri-cri accepte de signer un pacte avec le diable.
Pour aider son ami Nicolas empêtré dans des problèmes d’argent, Cri-cri accepte de signer un pacte avec le diable.
Nico accepte le fameux chèque offert par Christian. Le prix à payer pour continuer à jouer de la musique au lieu de réviser ses cours.
Nico accepte le fameux chèque offert par Christian. Le prix à payer pour continuer à jouer de la musique au lieu de réviser ses cours.
Historique, la poignée de main entre Nico et Fava pour le début d'une grande collaboration... artistique.
Historique, la poignée de main entre Nico et Fava pour le début d’une grande collaboration… artistique.
Avec le contrat signé, Thomas Fava est enfin devenu le boss du game. Des têtes vont tomber désormais.
Avec le contrat signé, Thomas Fava est enfin devenu le boss du game. Des têtes vont tomber désormais.

Bizarrement, Christian s’avère ravi de voir le tube d’Hélène produit par Thomas Fava : « On va devenir des rock stars. La meilleure chose que j’ai faite dans ma vie c’est d’avoir signé ce contrat avec Fava. Lui c’est le meilleur producteur du monde (…) Il a changé vous allez voir. » Hélène comme toujours reste méfiante : « Pour dire la vérité, je suis pas très rassurée. » Le producteur annonce la couleur. Désormais, plus question de rigoler, les choses sérieuses commencent : « J’ai confiance en vous et le top c’est que mon PDG de ma maison de disques a adoré votre chanson. »

« Attends, c’est une chanson, pas un produit ? Et nous on est pas encore des paquets de lessive ?! »

Mais très vite, un climat de défiance s’installe. Thomas Fava se montre désagréable et cynique. Il juge avec beaucoup de sévérité la première production du titre, qu’il ne juge pas à la hauteur : « Attendez, on est des professionnels, pas des amateurs. Ce que vous avez fait la dernière c’est un peu comme une bonne maquette quoi. Moi ce que j’en dis c’est pour votre bien. Il faut que le produit soit parfait avant qu’il ne sorte sur le marche d’accord ? » Nicolas tique immédiatement sur le vocabulaire employé : « Attends, c’est une chanson, pas un produit ? Et nous on est pas encore des paquets de lessive ?! »

Appliquant la célèbre devise du "diviser mon mieux régner", Fava dégage toute la petite bande du studio.
Appliquant la célèbre devise du « diviser pour mieux régner », Fava dégage toute la petite bande du studio.

La première séance d’enregistrement qui suit ce premier accro confirme le hiatus entre les deux conceptions de la musique énoncées dans la sitcom : celle de Fava, qui fait primer le business et l’efficacité de la froideur d’un studio d’enregistrement ultra moderne. L’autre, celle de Nicolas, qui met en avant la sincérité de sa démarche artistique et l’amour des vrais instruments.

En outre, la bande arrive en retard dès le premier jour, ce qui a le don d’agacer le producteur. Il annonce alors à John, présent au studio, la vision de son métier de producteur : « J’aimerais qu’ils arrivent à l’heure. Tu sais ce que c’est les artistes, si tu les dresses pas dès le départ ils font n’importe quoi après. » Quand Hélène et ses amis finissent enfin par arriver, Fava calme rapidement tout ce beau petit monde : « Les séances d’enregistrement, c’est pas une surprise party, on est d’accord ? Les gens qui viennent ici c’est pour travailler. Les touristes ça met une mauvaise ambiance, ça casse la concentration. Et Sébastien qu’est-ce qu’il fait là ? Moi j’ai signé avec Nicolas, Christian et Hélène, pas avec un groupe. »

Fava se retrouve alors seul avec le fameux trio d’artistes en devenir. La tension monte d’un cran quant à la direction artistique que souhaite donner le producteur à la chanson :

Thomas Fava : – « Je trouve la chanson complètement géniale mais pour l’enregistrement je crois qu’on peut mieux faire. Écoute Hélène c’est vrai t’es très mignonne, t’as une voix adorable, t’as beaucoup de talent, mais je crois qu’au niveau de la production d’une chanson je m’y connais un peu mieux que toi. Ce que je reproche, c’est évident. C’est mou quoi, ça manque de… de beat quoi.
Nicolas : – On sait très bien ce que c’est le beat mais on voit pas pourquoi cette chanson aurait besoin d’un beat différent ?
John : – Je trouve la version de Nicolas très bien. Je vois pas pourquoi on devrait la changer.
TF : – Écoute John, t’es ingénieur du son, donc tu planches sur tes boutons et tu nous fiches la paix. J’ai booké un pro pour travailler avec moi. Étienne Déodat, un arrangeur. Vous le connaissez au moins ?
Christian : – Ah ouais il a eu une victoire de la musique.
TF : – Oui et pas seulement il a eu aussi des articles dans les journaux spécialisés.
Nicolas : – Tu plaisantes il est nul ce type, il a aucun sentiment.
TF : – Il est peut-être nul mais au moins il est à la mode. Faites moi confiance, je crois que je m’y connais en musique. »

Très vite, on constate une absence de totale de synergies entre le producteur et ses artistes.
Très vite, on constate une absence de totale de synergies entre le producteur, l’ingé son et les « artistes ».

L’épisode s’achève sur cette discussion plus tendue que jamais. L’épisode qui suit, « Le gâchis », enfonce le clou. La rupture entre les deux clans, le producteur d’un côté et les artistes de l’autre, est définitivement consommée. John tente tant bien que mal de convaincre Fava de laisser une chance à ces jeunes d’exprimer leur art. Mais, rien n’y fait. « Je trouve ça vraiment nul ce que tu as fait », finit par lâcher l’ingé son, qui en prend alors pour son grade : « Bon alors déjà tu ne me parles pas sur ce ton-là. Tu fais ton boulot hein. Tu appuies sur tes boutons et tu t’occupes de tes VU-mètre. Je te paye pour ça on est d’accord ? »

La rupture est ainsi de même actée entre les deux collaborateurs. « Pauvre type » souffle John, tandis que le producteur met les points sur les « i » dans son style inégalable : « Fais attention John, parce que si je décide d’aller travailler ailleurs, tu seras obligé de le fermer ton petit studio minable. Je suis ton principal client, ne l’oublie pas. » John est ainsi sommé de fermer sa grande gueule d’américain, ce qu’il fait : « Ouais, c’est vrai. Mais je trouve ça dégueulasse ce que tu as fait. Je me tais, tu as raison, je fais mon métier. »

« Ça y est alors lui il commence à nous faire du Zola… tu vas quand même commencer à protéger cette idiote d’Hélène ? »

Quand reviennent Nico, Hélène et Christian au studio, un nouveau débat s’ouvre : celui de la question des instruments. Cri-cri se présente en effet avec sa batterie, ce qui a le don de faire rire Fava : « Batterie, mais pourquoi faire ? Haha non, mais alors vraiment vous me faites trop rire. Ah non mais vous retardez de combien d’année là ? Non mais enfin une batterie, non mais Christian tu te vois en train de taper avec tes baguettes sur ta petite caisse ? Si quelqu’un rentre dans le studio il va vraiment trouver ça ridicule. Bon je t’explique maintenant la batterie ça se fait sur séquenceur, avec des sons samplés, sur Phil Collins ou sur un batteur géant. C’est fini le temps des tam-tam. Le seul moyen de jouer en place, c’est la boite à rythme, ok ? »

Le Cri-cri est humilié par Fava quand il amène sa batterie au studio. Le fou, il pensait vraiment jouer de son instru primitif alors que Fava est le roi de Pro-tools ?
Le Cri-cri est humilié par Fava quand il amène sa batterie au studio. Le fou, il pensait vraiment jouer de son instru primitif alors que Fava est le roi de Pro-tools ?

La désillusion est totale pour Nico, qui commence enfin à comprendre qu’ils se sont fait rouler une fois de plus dans la farine. Car Fava a sa petite théorie sur le fameux débat entre musiciens ou machines : « Regarde toutes ces petites machines, tu vois ça parle pas, ça rouspète pas, et c’est dix mille fois mieux qu’un musicien. Au moins ça fait exactement ce qu’on lui demande de faire. » Allant toujours plus loin dans le cynisme, Fava précise à ses jeunes collaborateurs qu’il n’y aura pas non plus de concerts prévus pour les garçons : « Vous vous irez uniquement aux télés quoi, en décor. »

En faisant écouter le remix « dance music » de « Peut-être qu’en septembre » qu’il a concocté, le producteur a définitivement rompu toute possibilité d’entente avec Nicolas :

Thomas Fava : – « Alors qu’est-ce que vous en pensez, c’est génial non ?
Nicolas : – Oui. C’était notre chanson.
TF : – Non mais Nicolas vous avez rien compris, c’est votre chanson remise au goût du jour.
Hélène : – C’est complètement nul !
TF : – Non mais Hélène pourquoi tu me dis ça, en plus t’y connais rien t’es une fille alors bon.
Cri-cri : – Ouais c’est pas mal, c’est dance. Peut-être qu’en boite ça peut marcher.
TF : – Mais oui ! On va se faire plein de pognon là-dessus !
Hélène : – Tu as trahi notre confiance, et tu as détruit notre chanson.
TF : – Oh mais ma pauvre biche, faut sortir un peu le dimanche. C’est pas tout rose la vie hein. Tu préférerais peut-être être caissière dans un supermarché ? Dis leur Christian que c’est la chance de leur vie !
Cri-cri : – La chance de ma vie elle est là, c’est c’est eux la chance de ma vie c’est mes meilleurs amis d’accord ?
TF : – Ça y est alors lui il commence à nous faire du Zola (sic) … tu vas quand même pas commencer à protéger cette idiote ?!
Nicolas : – Attends attends, tu peux répéter ce que tu viens de dire là ?
TF : – Nicolas tu vas pas recommencer hein, ça va.
Nicolas : – Qui c’est ce pauvre type-là, en plus ta musique elle vaut pas un CLOU ! »

Hélène ne vit manifestement pas très bien sa célébrité naissante.
Hélène ne vit manifestement pas très bien sa célébrité naissante.

Ce dialogue hautement musclé est à deux doigts de s’achever en nouvelle baston générale quand Thomas Fava sonne l’alerte. Ayant eu visiblement ras-le-bol de se faire tabasser par Nico et sa bande, le producteur a eu ainsi la brillante idée de se payer deux gardes du corps, deux molosses, dont l’un des deux est pour l’anecdote incarné par un certain Gérard Vivès.

Cette fois, Thomas Fava prend l’avantage. Comme il est dès lors impossible de lui casser la gueule, Nico et sa bande ne savent plus quoi faire pour contrer le diabolique producteur. Ecoeuré par le show-biz, Nicolas affirme ne plus jamais vouloir avoir affaire à ce type de personne. John a beau essayé de pondérer (« ce milieu n’est pas comme on dit, ce Thomas Fava est quand même une exception »), le guitariste est définitivement en froid avec le système.

« Je vous donne mes conditions : vous avez signé un contrat, et Hélène doit chanter la chanson. Sinon, j’envoie Christian en taule »

Mais un coup de théâtre se dessine au garage dans le bien nommé épisode n°126 « Pris au piège ». Nathalie, qui est désormais en désaccord avec la méthode et le style Fava, débarque soudainement au garage, les habits en lambeaux. Partie de son propre chef rencontrer Fava pour le convaincre de laisser ses nouveaux amis tranquilles, elle s’est fait tabasser par les gardes du corps de Fava. Ce dernier débarque à son tour, suscitant la réprobation générale du groupe, José en tête : « Je vois que tu as bien évolué Thomas. C’est bien, c’est bien. Tu fais dans la délicatesse maintenant. J’ai toujours cru que tu étais un abruti mais alors là c’est confirmé ! »

Fava a désormais deux gorilles histoire de ne plus se faire casser la gueule. Bien vu.
Fava a désormais deux gorilles histoire de ne plus se faire casser la gueule. Bien vu.

Mais Fava n’en a strictement rien à faire des commentaires de ceux qu’ils considèrent comme des « minables ». Il est venu pour donner ses nouvelles directives. Dorénavant, c’est lui le maître du jeu : Thomas : – « Bon, passons aux choses sérieuses. Je vous donne mes conditions : vous avez signé un contrat, et Hélène doit chanter la chanson. Sinon, j’envoie Christian en taule. Christian : – Ouais ben vas-y, envoie moi en taule, j’ai pas peur. Thomas : – Ouais, mais ce serait dommage de laisser ta petite Johanna… seule et abandonnée. Ouais c’est vrai Johanna je t’ai toujours trouvé très mignonne, très excitante, aussi. »

« L’autre jour quand tu m’as craché au visage… j’ai vraiment trouvé ça… extraordinaire »

Pour mieux rendre dingue le Cri-cri, Thomas a jeté son dévolu sur Johanna.
Pour mieux rendre dingue le Cri-cri, Thomas a jeté son dévolu sur Johanna.

Car oui, entre-temps, Johanna est revenue de son court exil aux States, et a repris sa vie au côté de son Cri-cri d’amour. Pas vraiment impressionné par Fava qu’elle connaît parfaitement, elle ne se débine et pas et lui crache littéralement au visage. Étrangement, le producteur n’envoie pas cette fois ses molosses se venger de cet affront. Au contraire, il semble plutôt attiré par la rouquine américaine : « Elle a du caractère, et j’aime ça. » Cette surprenante réaction va inaugurer le début d’une relation improbable entre Johanna et Thomas Fava. Si devant ses amis, Johanna le condamne sans demie-mesure (« ce type c’est un malade, et puis maintenant c’est un gangster, vraiment les gens comme ça ils ont aucun respect pour quoique ce soit, il faut les envoyer directement en prison c’est tout« ), elle prend à la surprise générale la décision de le rencontrer personnellement. Fava découvre alors que Johanna est attirée par lui :

Thomas : – « L’autre jour quand tu m’as craché au visage… j’ai vraiment trouvé ça… extraordinaire. Tu vas trouver ça étrange, mais j’aime ce genre de rapport. Je suis sûr que tu aimes ce petit jeu-là. T’as pas envie d’un esclave, comme moi ?
Johanna : – Si, si si…
Thomas : – Aaah, en plus, vicieuse jusqu’au bout des ongles, mmm j’adore ça ! »

Jusque-là, le personnage de méchant de Fava s’était montré relativement retenu dans son attitude et sa méchanceté. Désormais, le producteur s’affiche comme un véritable pervers sado-masochiste affirmé. Hélène entre alors dans une nouvelle dimension. La sitcom devient enfin relativement sulfureuse et dirons nous, plutôt osée. Néanmoins, qu’on se rassure, Johanna n’a aucune envie de goûter aux joies de la luxure décadente de Fava. On devra se contenter d’une seule et fabuleuse scène de fétichisme des pieds entre les deux personnages.

La belle américaine a un plan, celui de draguer Fava pour le manipuler à son tour. Il faut juste être capable de subir ses désirs sexuels embarrassants.
La belle américaine a un plan, celui de draguer Fava pour le manipuler à son tour. Il faut juste être capable de subir ses désirs sexuels embarrassants.

Car l’Américaine a un plan en tête, mais préfère ne pas en parler à ses amis. Cette décision a des conséquences importantes, puisque Agnès, une amie de la bande, finit par rapporter qu’elle a surpris Johanna dans les bras de Fava. Quand Hélène apprend la terrible nouvelle, c’est le choc. Comment son amie a-t-elle pu leur faire ça ?

Johanna a beaucoup donné de sa personne, mais son plan a merveilleusement bien fonctionné !
Johanna a beaucoup donné de sa personne, mais son plan a merveilleusement bien fonctionné !

Fava de son côté vit son rêve, tout semble lui réussir. Il s’offre le luxe de revenir au garage pour donner la « convocation » à Hélène, Nicolas et au « nain » Christian comme il le surnomme. Obligés d’accepter, nos trois héros se rendent bon gré mal gré au studio, en compagnie de Johanna qui accompagne son nouveau petit ami. Le plan de cette dernière peut enfin se déclencher. Et ainsi, un coup de théâtre frappe, cette fois contre Fava. Le producteur s’aperçoit que sa nouvelle petite amie lui a piqué le fameux contrat signé par Christian. Comment cette garce a-t-elle pu trouver le contrat, comment a-t-elle pu ouvrir le coffre où il était si bien caché ?

Hélène peut brûler le fameux contrat. Christian est délivré, ce salaud Fava a perdu.
Hélène peut brûler le fameux contrat. Christian est délivré, ce salaud de Fava a perdu.

Fava ne comprend décidément plus rien à rien, aveuglé par le succès de son entreprise malfaisante et sa trop grande confiance en lui : « Non mais c’est pas vrai non mais je vais devenir complètement dingue là ! QUI T’AS DONNE CE CONTRAT ? »

Johanna peut alors enfin exulter et expliquer son stratagème, dans un français plus qu’approximatif : « Thomas Fava non mais regarde toi, comment t’as pu imaginer ne serait-ce qu’un quart de seconde que j’aie pu tomber amoureuse de toi ? Mais réfléchis c’est toi ! Ouais ! Chéri ! C’était gentil de m’avoir invité chez toi pour boire un verre hier soir. A part que je dois dire que tu as un goût vulgaire pour tes meubles. C’est encore plus gentil de m’avoir montré le contrat dans ton coffre-fort et de faire la combinaison devant moi. Alors maintenant y a plus de contrat. Y a plus d’Hélène, y a plus de groupe, y a plus de chanson. Pauvre idiot !  » Fin de la partie pour Fava qui perd lamentablement toute chance de faire chanter Hélène…

Thomas a changé, maintenant il a le sida

« Je suis séropositif, et j’en ai plus pour très longtemps. Tu vois ça peut arriver. Malheureusement, c’est à la mode en ce moment. J’ai toujours été à la mode »

La dernière série d’épisodes où apparaît Thomas Fava est sans aucun doute la plus mythique, la plus subversive, la plus malsaine. Disparu pendant plus de 70 épisodes, le producteur revient lors de l’épisode n°207 « La leçon de conduite ». Cette fois, il a vraiment « changé ». Et c’est Nathalie qui le dit, la seule à avoir gardé contact avec lui durant tout ce temps. Et l’ancienne peste l’explique à Hélène et sa bande, « il a besoin de vous voir, il a besoin de vous. » Les héros de la sitcom finissent par accepter, non sans appréhension. Fava apparaît enfin à l’écran, toujours égal à lui même, sauf que quelque chose a changé chez lui. Comme d’habitude, il commence par leur dire qu’il a « une proposition à vous faire. » Néanmoins, Fava ne se présente plus comme un winner. Au contraire, il avoue être au fond du trou professionnellement. Étant entré dans une nouvelle maison de disques, il doit trouver de nouveaux artistes, sinon, « il se fera virer. »

Troisième séquence où Thomas Fava propose à Hélène qu'elle devienne sa chanteuse. Troisième refus !
Troisième séquence où Thomas Fava propose à Hélène qu’elle devienne sa chanteuse. Troisième refus !

Un épisode plus tard, « L’acceptation », la bande doit prendre une décision. Si n’importe qui dans la même situation aurait immédiatement refusé de discuter sur une possible réhabilitation de ce producteur, Hélène et ses amis se caractérisent par leur grande bonté (ou naïveté selon le point de vue). Toutefois, même Hélène et sa légendaire capacité à pardonner, évoque ses doutes à Nathalie : « Je voudrais bien te croire, mais je me demande vraiment comment un type comme lui peut changer. »

Thomas ayant sorti l'argument massue ("j'ai le sida, aide-moi"), Hélène et Nicolas ne peuvent que accepter, sans expliquer aux autres pourquoi.
Thomas ayant sorti l’argument massue (« j’ai le sida, aide-moi »), Hélène et Nicolas ne peuvent que accepter, sans expliquer aux autres pourquoi.

Elle finit évidemment par accepter le nouveau deal dans un face-à-face tendu avec Thomas, plus humble que jamais : « C’est ma dernière chance. Ça fait six mois que je suis dans une nouvelle boite et j’ai rien trouvé. Si je trouve pas un artiste exceptionnel, je vais me retrouver au chômage. Et pour moi des artistes exceptionnels que je connaisse, y a toi et les garçons. » Mais si Hélène veut bien croire à la vérité du repentir de Fava, elle n’a pas l’intention de devenir une star de la chanson.

Au contraire, Hélène étant par définition une « fille comme les autres », son unique but dans la vie consiste à vivre sa simple aventure dans les bras de son Nicolas et de poursuivre ses études de sociologie à la prestigieuse faculté de Paris XIV. Thomas est alors forcé de sortir son ultime carte, la plus inattendue, du jamais vu dans une sitcom AB : « J’ai une nouvelle à t’apprendre. Voilà, je suis séropositif, et j’en ai plus pour très longtemps. Tu vois ça peut arriver. Malheureusement, c’est à la mode en ce moment. J’ai toujours été à la mode. Je le sais depuis un mois. Une belle saloperie ce truc-là, ça pourrit vraiment tout (…) J’ai vraiment besoin de faire ce disque. Tu comprends, j’aimerais laisser avant de partir une petite trace sur cette terre. Aidez-moi à faire quelque chose de bien pour une fois, je t’en prie. »

A l'époque, on a tous cru que Nathalie avait chopé le sida ! Mais non.
A l’époque, on a tous cru que Nathalie avait chopé le sida !

Oui, Thomas Fava a le sida. Une maladie dont tout le monde parlait dans les 90’s mais qui était jusque-là superbement ignorée dans l’univers des sitcoms AB, ce qui ne manquait pas à l’époque de susciter les critiques. La nouvelle a l’effet d’une bombe dans la vie des personnages de la sitcom. Nathalie est la principale concernée. Elle débarque en pleurs dans la chambre d’Hélène, persuadée qu’elle est à son tour contaminée. Hélène hésite, puis après une grande respiration, daigne lui faire un câlin pour la consoler. Elle lui conseille avec bienveillance de faire un test pour découvrir la vérité.

Quand tu mets pas de capotes avec ton Nicolas et que t'apprends que ce dernier a baisé avec Nathalie qui a peut-être le sida.
Quand tu mets pas de capotes avec ton Nicolas et que t’apprends que ce dernier a baisé avec Nathalie qui a peut-être le sida.

Le sida frapperait-il alors dans la sitcom ceux qui ont commis des péchés ? Plus ou moins, car il est vrai que dans l’esprit soap opera de la production, le sida semble affecter ceux ou celles qui ont eu un mauvais comportement ou une vie sexuelle déviante. De même, comme un effet papillon, c’est au tour de Nicolas de flipper pour sa vie ! Il doit en effet avouer à son Hélène qu’il a lui aussi couché avec Nathalie… et sans protection ! Horreur totale, tout le monde au final pourrait être contaminé par ce fléau, tel un châtiment venu des profondeurs du mal ! Qu’on se rassure, seul Thomas est contaminé au final. Ni Nathalie, ni Nicolas ne sont touchés par le virus. On est passé tout prêt de la catastrophe.

« Arrête Nicolas, tu sais que je suis malade. Alors si je fais tout ça, c’est parce que j’ai vraiment besoin de me soigner »

Fava n'aime pas du tout ce que produit le groupe des Garçons. Et en plus, il doit se coltiner leurs groupies.
Fava n’aime pas du tout ce que produit le groupe des Garçons. Et en plus, il doit se coltiner leurs groupies.

Après ce ouf de soulagement, le discours de Thomas Fava reprend peu à peu ses contours habituels. Il exhorte Nicolas à composer une nouvelle chanson. Nicolas, mal-à-l’aise face à la maladie de Thomas, s’exécute mais rien ne plaît au producteur qui se montre de plus en plus impatient : « C’est pas un tube. Ce qui manque c’est le côté commercial. Il faudrait que les arrangements soient plus simples, moins sophistiqués. Et souvenez-vous, il nous reste plus beaucoup de temps quand même. »

Tandis qu’on aurait pu croire que Thomas a vraiment changé avec son sida, plusieurs indices montrent que la réalité est bien différente. Déjà, Thomas use et abuse de sa condition de séropositif pour culpabiliser Nicolas et Hélène, qui ont décidé par ailleurs de ne pas dévoiler aux autres membres du groupe la maladie du producteur. L’incompréhension et la rancœur monte ainsi de jour en jour, comme c’est le cas chez José qui fustige sans cesse son ami d’avoir accepté de retravaillé avec Fava. En outre, ce dernier a demandé à Nicolas que sa petite amie signe un contrat. La raison, une « simple formalité », uniquement pour satisfaire patron. « Tu connais ces gens-là, le côté administratif… », persuade Fava à un Nicolas qui n’a pas oublié la sombre affaire du contrat jadis signé par Christian.

Quand Fava propose un nouveau contrat, il faut fuir. Loin.
Quand Fava propose un nouveau contrat, il faut fuir. Loin.

Cette nouvelle histoire de contrat traîne durant plusieurs épisodes. Il faut dire que la décision est délicate, car il obligerait Hélène à signer durant pas moins de 5 longues années. Nicolas et Hélène décident donc de refuser, ce qui provoque la colère du producteur gominé : « C’est pas possible, c’est une catastrophe ce que tu me dis-là. »

N’hésitant pas à franchir les limites de l’indécence, Thomas met en avant sa maladie et son décès qu’il annonce imminent, seulement évitable en cas de signature de ce contrat : « Écoute Nicolas, j’ai besoin d’argent, de beaucoup d’argent. Pour me soigner. J’ai demandé à mon patron une avance pour un traitement qui coûte très cher. Il me la donnera que quand il aura le contrat entre les mains. J’ai pas envie de mourir, tu comprends ? »

José est le seul à ouvrir sa gueule dans le groupe. Et il a raison, Nico joue les héros mais se fout bien d'eux.
José est le seul à ouvrir sa gueule dans le groupe. Et il a raison, Nico joue les héros mais se fout bien d’eux.

Face à l’impossibilité de refuser une telle proposition, Hélène et Nicolas donnent leur accord. Au sein de la bande, ce choix divise. Seul José a le courage de dire ce qu’il pense : « Ça fait un petit moment que tu as tes raisons, et que tu ne tiens absolument pas compte de notre avis. » Difficile de lui donner tort, mais Nicolas persiste et signe dans ses choix.

Si José finit par se réconcilier avec son ami, ce dernier avait raison. Car signer avec Fava était la pire chose que l’on pouvait faire. Nico se rend vite compte de son erreur quand il apprend que Fava a présenté directement Hélène à son nouveau boss. En effet, le producteur n’a aucunement l’intention de faire chanter Hélène sur des musiques du groupe des garçons, mais souhaite au contraire directement produire la muse avec sa propre équipe. Cette trahison, Thomas Fava la justifie avec la certitude qu’on lui connaît devant un Nicolas médusé : « Si on en est arrivé là, c’est de votre faute. C’est que les chansons que vous avez montré n’étaient pas acceptables. Oui on a un groupe. Mais je crois surtout en Hélène. Elle a tout pour devenir une vedette. »

Hélène et Nicolas, en voulant jouer une fois de plus les saints, se sont mis dans une situation plus que délicate.
Hélène et Nicolas, en voulant jouer une fois de plus les saints, se sont mis dans une situation plus que délicate.

Comme l’histoire bégaye toujours, et encore plus dans une sitcom, on en revient au même problème : Hélène répète à qui veut l’entendre qu’elle « ne veux pas devenir une star. » Mais cette fois, Fava la tient enfin sous son contrôle, et pire, de manière tout à fait légale : « Ça ma petite Hélène, il fallait y penser avant de signer le contrat. » En outre, Fava refuse toute idée de « piège ». S’il y a un fautif dans cette histoire, c’est bien Nicolas, le petit ami qui n’est « pas capable d’écrire des chansons pour sa petite Hélène. »

Pour couronner le tout, Fava cherche faussement à relativiser l’affaire en s’adressant directement à Hélène  : « Attends, fais pas cette tête là, c’est quand même pas le bagne de devenir une star non ? » C’en est trop pour les nerfs de Nicolas qui craquent. Mais alors qu’il semble résolu à le frapper, Fava lui rappelle une énième fois pourquoi il fait ça : « Arrête Nicolas, tu sais que je suis malade. Alors si je fais tout ça, c’est parce que j’ai vraiment besoin de me soigner. » Nicolas range son poing. Il sait qu’il est une fois plus dans la merde.

Fava n'hésite pas à jouer sur la corde sensible de sa maladie. Un beau fdp.
Fava n’hésite pas à jouer sur la corde sensible de sa maladie. Un beau fdp.

Quant à Hélène, elle ne semble toujours pas prête à faire le grand pas et devenir une star. Elle n’a pas du tout apprécié sa première rencontre avec le PDG de la maison de disques de Fava, comme elle l’explique à Nicolas : « Ce genre de type, la chemise ouverte jusqu’au nombril, des poils partout, les chaînes en or, le cigare, l’horreur. Oui ça existe encore ce genre de caricature. Et encore tu l’as pas entendu parler. Parce que genre ça faisait pas encore trente secondes qu’il me connaissait qu’il m’appelait déjà ma chérie, ma chérie par ci. » De même, musicalement Hélène ne se sent pas en phase avec les « chansons branchées à la mode qu’on entend partout. »

Le personnage d’Hélène – comme Hélène Rollès – parait en effet hors du temps, coincé dans une faille spatio-temporelle, semblant préférer les guimauves acidulées des sixties revisitées par les synthés de Gérard Salesses et les textes monosyllabiques de Jean-François Porry. En tout cas, ça n’empêche pas d’entendre Hélène baragouiner à son petit ami sa haute conception de la musique : « Je me suis rappelé ce que tu me disais sur la chanson, que c’était comme une émotion, un instant magique. »

Une belle brochette de losers que doit gérer Fava. Parfois, on est tenté de le comprendre, il ne fait que son métier bordel.
Une belle brochette de losers que doit gérer Fava. Parfois, on est tenté de le comprendre, il ne fait que son métier bordel.

Mais Nicolas au contraire doute. Pour la première fois, il se sent comme un minable, un raté, un loser : « Même Fava le dit, je suis incapable de faire des chansons. » Seule Hélène continue de croire en son homme, et ça, c’est beau comme du Hélène : « Tu sais les chansons qu’ils m’ont fait écouter, ça c’est des chansons nulles, minables, sans textes, rien, sans âme. Le genre de chansons branchées que t’entends partout, le genre de chansons copiées sur le dernier tube américain. Les tiennes c’est tout le contraire, toi t’as une âme, t’as un cœur, tes chansons elles parlent d’amour, celui que tout le monde ressent, et puis moi tes chansons je les aime autant que je t’aime. »

« C’est dingue on dirait que c’est fait exprès pour punir les gens cette maladie »

On le voit, les scénaristes – et plus particulièrement un certain Jean-Luc Azoulay – aiment vanter leurs propres productions musicales. Ou plus prosaïquement, cette auto-célébration est tout simplement un beau foutage de gueule vis-à-vis du public, par un cynisme assez effroyable mais concevable. Heureusement, Thomas Fava est là pour ramener nos joyeux lurons à la dure réalité du métier, et en quelque sorte la réalité de ce qu’est AB Productions : « Dans ce métier, c’est l’argent qui compte, pas les états d’âmes. » De même il rajoute, avec un brin d’amertume : « Je comptais sur cette sensibilité, cette pureté pour avoir des chansons valables. Mais ils sont même pas professionnels. »

C’est donc décidé, Fava devra à nouveau employer les grands moyens pour forcer Hélène à chanter les chansons qu’il aura lui-même choisi. Un événement va toutefois faire basculer une fois de plus l’histoire. Une amie de la bande, la désaxée Rosy, prend une initiative qui va s’avérer plus que malheureuse. Apprenant que Fava met continuellement la pression sur Hélène pour qu’elle accepte de chanter sous ses ordres, elle décide de son propre chef d’aller rendre une petite visite au producteur… pour le gifler ! Thomas Fava accoure alors furieux au garage, persuadé que c’est un coup d’Hélène : « Très amusant d’envoyer tes petites copines m’envoyer des coups de poing dans la figure. Seulement je te préviens, à ce petit jeu-là, tu seras perdante. » Toujours aussi impulsif, Nicolas se jette au nez et à la figure de Thomas, prêt à lui coller un bon pain dans la gueule. C’est alors que Thomas Fava balance une phrase culte qui résonnera longtemps encore dans les mémoires : « Fais attention Nicolas, si tu me tapes, je vais saigner. Je te rappelle que je suis séropositif. »

Cette scène surréaliste est aussi une révélation, une surprise totale pour la petite troupe. Seuls Hélène et Nicolas étaient au courant de la maladie. S’en suit un terrible débat sur cette mystérieuse maladie et l’attitude de Thomas vis-à-vis d’elle. Bienvenue dans l’enfer des « analyses » nineties du sida :

José : – « Ah bah moi je l’aurais laissé crever, vous êtes trop gentils.
Hélène : – Oh non non, on est des êtres humains c’est tout.
Sébastien : – Plus je vous écoute parler, plus je trouve ça douteux que quelqu’un puisse jouer sur sa maladie pour obtenir quelque chose.
José : – Tu sais connaissant Fava ça ne m’étonne pas du tout du tout.
Rosy : – C’est dingue on dirait que c’est fait exprès pour punir les gens cette maladie.
Hélène : – Non dis pas ça, c’est tombé sur Fava par hasard, ça peut arriver à des gens formidables, juste parce qu’ils ont fait une petite erreur. »

De son côté, persuadé d’être un bon à rien, Nico traîne son spleen seul dans les rues de Paris. Mais d’un seul coup, le déclic se réalise. Le guitar hero de la sitcom trouve enfin une chanson. Et pas n’importe laquelle : « Amour Secret ». Inspiré par ce que vit son ami Sébastien (une histoire d’amour en cachette avec Linda), Nicolas accompagne d’une mélodie désormais légendaire les paroles du grand hit d’Hélène. Mais comme toujours, Nicolas ne veut pas la donner à Fava : « Je veux qu’elle reste secrète. Elle nous appartient pas vraiment, elle est à Sébastien et Linda. »

« Je te propose un marché : tu enregistres la chanson et je rends le contrat à Nicolas »

Il faut attendre l’épisode n°225 « Un marché » pour qu’un compromis soit enfin trouvé. Le producteur met définitivement les choses au point : en cas de refus de collaboration, Nico sera empêché de jouer de la musique pendant quatre longues années. Il justifie cette grave décision par sa maladie. Mais Hélène refuse dans un premier temps d’entrer dans le jeu malsain de son ennemi : « Je suis désolée que tu sois séropositif, mais des gens dans ton cas, il y en a des milliers. Des centaines de milliers. Et ils ne se rangent pas derrière leur maladie comme tu fais. »

C’est alors que Fava sort sa dernière carte : « Je te propose un marché : tu enregistres la chanson et je rends le contrat à Nicolas. » Et Hélène accepte ce pacte avec le diable, non sans crainte. On croit alors avoir tout vu mais le pire reste à venir. Ayant éliminé Nicolas du processus de création du disque d’Hélène, Fava présente un nouveau compositeur, un certain Fabien.

Fabien le nouveau compositeur. Un fake de José. Surtout, un des pires comédiens seconds couteaux d'AB.
Fabien le nouveau compositeur. Un fake de José. Surtout, un des pires comédiens seconds couteaux d’AB.

Sorte de sosie capillaire de José, le zicos est enchanté de travailler pour Hélène. Il craque même instantanément sur elle : « Thomas m’a beaucoup parlé de vous. J’ai déjà l’impression de vous connaître. Ce qu’il a oublié de me dire, c’est que vous étiez aussi mignonne. Je pense que j’aurais aucun mal à être inspiré. » Souhaitant en connaître davantage sur la belle chanteuse, John Wanders lui fait écouter son ancien titre, « Peut-être qu’en septembre », qu’il juge « un peu trop simpliste », tout en reconnaissant avec mépris « qu’il y a un public pour ce genre de trucs » (on espère que les fans d’Hélène ont apprécié la dédicace).

Rivalité capillaire et artistique entre les deux rockeurs.
Rivalité capillaire et artistique entre les deux rockeurs.

En ayant embauché Fabien, Fava vise un double objectif. D’abord, ce musicien partage la même vision de la musique que lui : pro-machine, il ne travaille plus avec de vrais instruments et vise avant tout une place dans le top 50. Ensuite, il sait que Fabien va tomber raide dingue amoureux Hélène et semer ainsi le doute dans le cœur et l’esprit de Nicolas.

C’est chose faite dès l’épisode n°228 « Rivalités », quand Nicolas surprend Hélène à la cafète au côté de Fabien. Hélène justifie ce rendez-vous pour une raison professionnelle, arguant qu’ils ne sont pas deux mais trois à déjeuner, car Thomas est censé être avec eux. Mais ce dernier s’est volontairement éclipsé… Nicolas fait alors une grosse crise de jalousie et quitte la cafète en claquant la porte. Heureusement Hélène réussit à le rattraper et à lui expliquer qu’il ne s’est rien passé avec Fabien. Les deux tourtereaux font alors ce qu’ils savent faire de mieux, c’est-à-dire nous gonfler avec leur mentalité de bisounours :

Nico : – « J’adorerais lui coller mon poing à la figure celui-là. [Thomas]
Hélène : – Mais ça servirait à rien. Il a le vice dans la peau. Puis bon, c’est pas une excuse mais oublie pas qu’il est malade quand même.
Nico : – C’est vrai t’as raison. »

Une scène plus tard, Fava admet sa vile plaisanterie et dit comprendre sa réaction. Mais il adresse dans le même temps un violent tacle à Nico, histoire de lui faire définitivement péter un plomb : « Mais il l’aime sa petite Hélène. Et puis il s’aperçoit qu’elle va devenir sa seule source de revenus !  Faudrait pas qu’on la lui pique maintenant ! » Fou de rage, Nicolas est cependant obligé de quitter le studio et doit laisser Hélène seule et abandonnée pour une séance d’enregistrement qui va s’avérer aussi culte que ubuesque.

Hélène et l’affaire du space cake

« Elle est costaud cette fille. Elle a une ossature de paysanne ! C’est juste un manque de sucre, une petite hypoglycémie, ça arrive à tout le monde »

Fava connaît les ingrédients pour passer une bonne soirée. C'est sur que ça change de la grenadine de chez Alfredo's.
Fava connaît les ingrédients pour passer une bonne soirée. C’est sûr que ça change de la grenadine de chez Alfredo’s.

Durant pas moins de trois épisodes, Hélène va ainsi connaître sa pire expérience depuis sa première apparition dans la sitcom. Pourtant, tout commence bien puisque le producteur daigne enfin accepter la promesse tenue à Hélène : celle de lui rendre le fameux contrat signé par Nicolas. La suite va toutefois s’avérer explosive. Car Thomas Fava a décidé de sortir le grand jeu pour cette première séance d’enregistrement. Au menu, champagne et cocaïne ! Entouré d’une nouvelle équipe (John Wanders a été viré et remplacé par un nouvel ingé son, le sémillant Bruno – un vague sosie de John Lennon), le producteur tente de mettre Hélène à l’aise en lui proposant de la drogue. Évidemment, celle-ci refuse et ne rentre pas dans le « trip » de l’équipe, qui a vu aussi l’entrée d’un autre technicien, Franck l’autoproclamé king of beat.

Fabien : – « T’es sûr que tu veux rien Hélène ?
Hélène : – Non je ne me drogue pas moi.
Thomas Fava : – C’est pas se droguer. C’est prendre la vie du bon côté, c’est tout.
Hélène : – Oui c’est ça, mais vous êtes complètement inconscients, vous vous rendez même pas compte que vous tuez alors…
Franck : – Hey les gars vous l’avez trouvé dans un couvent ou quoi ?
Bruno : – Elle est trop drôle. Tu trouves pas qu’elle ressemble un peu à Bécassine ?
Thomas Fava : – Bah voilà. A force de jouer les saintes nitouches, tout le monde se moque de toi. T’as gagné. Et voilà.
Hélène : – Vous pouvez rire, moi ça m’est égal. C’est vous qui êtes ridicules. »

Le regard qui te juge quand tu prends de la drogue. "Se droguer c'est maal, m'voyez".
Le regard qui te juge quand tu prends de la drogue. « Se droguer c’est maal, m’voyez ».
Non mais il est fou, jamais Hélène ne touchera à cette saloperie. Foi de fan d'Hélène et les Garçons.
Non mais il est fou, jamais Hélène ne touchera à cette saloperie. Foi de fan d’Hélène et les Garçons.
Si Hélène reste à cette soirée de merde, c'est que Fava a joué le jeu en rendant enfin le contrat à Hélène.
Si Hélène reste à cette soirée de merde, c’est que Fava a joué le jeu en rendant enfin le contrat à Hélène.

Pauvre Hélène, droite dans ses bottines de campagnarde, obligée de se draper dans sa dignité au beau milieu de cette bande de drogués pathétiques. Seul Thomas Fava manifeste son affection pour celle qui doit être dans son esprit sa plus grande réussite professionnelle (« ouais elle est toujours comme ça. Mais c’est ce qui fait son charme… »).

Néanmoins, Fava a un autre tour dans son sac. Voyant qu’Hélène passe une très mauvaise soirée, il lui propose gentiment de manger quelque chose. Il sort du frigo un gâteau apparemment délicieux, au chocolat. Hélène accepte sans se poser de question. Ne se rendant compte de rien, Hélène finit même par trouver le gâteau délicieux. Le sourire revient sur ses lèvres ainsi que l’appétit ! Thomas semble enfin ravi : « Au moins t’auras accepté quelque chose. Il est bon non ? »

Pour le plus grand bonheur de Thomas et Fabien, Hélène adore le gâteau au chocolat qui traînait dans le frigo du studio. Miam miam.
Pour le plus grand bonheur de Thomas et Fabien, Hélène adore le gâteau au chocolat qui traînait dans le frigo du studio. Miam miam.

Il aurait été évident pour toute personne bien informée sur le sujet que jamais ô grand jamais, il ne faut accepter de goûter à un gâteau proposé par un drogué notoire, surtout dans un tel contexte de débauche (un studio de musique !). Mais Hélène étant l’innocence incarnée, l’issue était fatale. Quoi qu’il en soit, le space cake fait très rapidement effet sur Hélène, devenant pour le coup enfin joyeuse et rigolarde. Dans l’euphorie des drogues hallucinogènes ingurgitées, Hélène a la très mauvaise idée de sortir de son sac une K7, celle de la chanson « Amour Secret ».

Elle décide alors d’en faire profiter toute l’équipe, qui n’en perd évidemment pas une miette. Catastrophe ! En outre, l’effet de la drogue commence à se faire de plus en plus sentir. Hélène est à deux doigts de s’évanouir, mais Thomas en remet une couche et lui ressert une double dose de gâteau et de champagne ! Même Fabien, pourtant profitant allégrement de la situation pour peloter et embrasser Hélène, commence à se poser des questions. Le dialogue qui suit vaut largement le coup d’être cité intégralement :

Fabien : – « Tu crois pas que tu forces un peu sur la dose là ?
Thomas : – Mais nooon, t’inquiètes pas. C’est bon. Et tu veux coucher avec ce soir oui ou pas ?
Fabien : – Ouais bien sur, mais elle a pas l’habitude de se droguer… T’as vu la tête qu’elle a fait là, j’ai bien cru qu’elle allait tomber dans les pommes.
Thomas : – Mais non, elle est costaud cette fille. Elle a une ossature de paysanne (sic) ! C’est juste un manque de sucre, une petite hypoglycémie, ça arrive à tout le monde. »

Les affreux débattent sur le cas Hélène. Va-t-elle résister au space cake ?
Les affreux débattent sur le cas Hélène. Va-t-elle résister au space cake ?
Apparemment, ça fait mal à la tétête d'Hélène.
Apparemment, ça fait mal à la tétête d’Hélène.
Hélène va-t-elle mourir ???
Hélène va-t-elle mourir ???
Thomas a la solution. Aux grands maux les grands remèdes, il lui faut une nouvelle part de ce succulent space gâteau.
Thomas a la solution. Aux grands maux les grands remèdes, il lui faut une nouvelle part de ce succulent space gâteau.
Ah groum groum, miam miam.
Ah groum groum, miam miam.
Voilà, désormais "soif soif", tout va mieux. Hélène est bien partie pour roucouler jusqu'au bout de la nuit !
Voilà, désormais « soif soif », tout va mieux. Hélène est bien partie pour roucouler jusqu’au bout de la nuit !

« C’est comme le sexe. Au départ elles disent toutes non et après elles en redemandent »

Après avoir écouté en boucle « Amour Secret » et récupéré dans le sac d’une Hélène complètement défoncée le fameux contrat, Thomas décide qu’il est temps de prendre l’air et de poursuivre la fête au Nelly’s. Par chance, le reste de la bande traîne aussi en boite. Tout ce beau monde se rencontre sur le dance floor de la mythique boite de nuit d’AB.

Bien défoncé, Thomas et son acolyte Bruno tripent sur "Amour Secret", la chanson composée par Nicolas qu'ils n'auraient jamais dû écouter !
Bien défoncé, Thomas et son acolyte Bruno tripent sur « Amour Secret », la chanson composée par Nicolas qu’ils n’auraient jamais dû écouter !

Nicolas devient fou de rage quand il surprend Hélène tout sourire embrassant son rival Fabien. Il quitte les lieux sur-le-champ, suivi de près par José qui comprend instantanément que son ami peut faire une grosse bêtise. Le reste de la bande ne peut que constater que leur amie Hélène « n’est pas dans son état normal », mais se voit dans l’impossibilité de sauver Hélène des griffes de son producteur car les vigiles du Nelly’s veillent à empêcher tout débordement.

La situation devient quasimeny dramatique quand la bande de drogués débarque en furie au Nelly's.
La situation devient quasiment dramatique quand la bande de drogués débarque en furie au Nelly’s.
Se droguer c'est mal, mais au moins Hélène s'éclate bien (avant peut-être de se faire éclater autre chose, et là ce sera moins drôle pour elle).
Se droguer c’est mal, mais au moins Hélène s’éclate bien (avant peut-être de se faire éclater autre chose, et là ce sera moins drôle pour elle).

Tandis que Thomas, Fabien et Hélène se trémoussent comme des petits fous, Nicolas de son côté rentre au garage et détruit sa guitare de rage. Il va jusqu’à assommer José avec le manche fracassé de son instrument ! Heureusement, tout se termine bien quand tous les protagonistes se retrouvent dehors, devant le Nelly’s. Après une brève bagarre générale, Thomas et Fabien sont neutralisés par les garçons, tandis que Hélène en plein bad trip est récupérée par Béné.

Thomas et Fabien prennent une raclée devant le Nelly's par les garçons...
Thomas et Fabien prennent une raclée devant le Nelly’s par les garçons…
... tandis que Béné sauve une Hélène en plein bad trip.
… tandis que Béné sauve une Hélène en plein bad trip.
Hélène émerge peu à peu. Mais où est son Nicolas ?!
Hélène émerge peu à peu. Mais où est son Nicolas ?!
Après avoir joué les Kurt Cobain du pauvre en pétant sa guitare, Nicolas part sur les bords de la Seine... pour se suicider ?!
Après avoir joué les Kurt Cobain du pauvre en pétant sa guitare, Nicolas part sur les bords de la Seine… pour se suicider ?!
Pas rancunier, José qui s'est fait fracasser la tête par son pote vient le réconforter. Quand l'amitié est plus forte que tout, c'est ça aussi la magie d'AB.
Pas rancunier, José qui s’est fait fracasser la tête par son pote vient le réconforter. Quand l’amitié est plus forte que tout, c’est ça aussi la magie d’AB.

La bande se retrouve au garage, dans une ambiance chaotique. Tout le monde comprend rapidement que Hélène a été droguée à son insu par ce salopard de Thomas Fava. Seul manque à l’appel Nicolas, parti errer le long de la Seine. Heureusement, José finit par le localiser. Les deux potes se serrent fort dans les bras, et Nicolas part retrouver « son » Hélène.

Dans l’épisode n°231 « Fin d’ivresse », John Wanders apprend la terrible nouvelle. Il conseille à Hélène de « porter plainte » et va dire ce qu’il pense à Thomas Fava en personne. Ce dernier a beau avoir un joli coquard, il se dit satisfait de sa soirée, ayant découvert le futur tube d’Hélène et possédant le fameux contrat brisant la vie de Nicolas. De même, si son acolyte Fabien flippe à l’idée de voir Hélène porter plainte, il a en mémoire la mélodie du tube et se laisse convaincre que Hélène s’est peut-être finalement bien amusée lors de cette soirée : « C’est comme le sexe. Au départ elles disent toutes non et après elles en redemandent. » Pourtant, grâce (ou à cause) de John Wanders, la carrière de Thomas Fava va se briser. Cette sombre histoire que l’on nomme aujourd’hui « l’affaire du space cake » le grille définitivement dans le milieu. En effet, l’ingé son n’a pas pu supporter l’idée que Thomas ne soit pas puni pour ce qu’il a fait. Il décide alors d’aller voir directement le PDG de Thomas et de tout raconter.

John Wanders pas content du tout de l'attitude de Thomas, qui devra payer pour ses crimes, sida ou pas.
John Wanders pas content du tout de l’attitude de Thomas, qui devra payer pour ses crimes, sida ou pas.

Cette décision s’avère fatale pour le producteur, qui est aussitôt viré. Hélène garantit à la maison de disques qu’elle ne portera pas plainte, mais le mal est fait. Thomas Fava revient alors une dernière fois au garage, dans un état lamentable. Il tient à remercier chaque membre du groupe, puis cherche à les féliciter ironiquement pour leur « victoire », puisque désormais il est un « clochard ». Absolument pathétique, la fin de Thomas s’achève par une grossière scène d’overdose, obligeant Sébastien et Nicolas à l’amener à l’hôpital. On ne le reverra plus jamais.

La fin est proche pour Fava qui termine la sitcom dans un état pathétique.
La fin est proche pour Fava qui termine la sitcom dans un état pathétique.
Et voilà, une overdose dans le garage. Bien fait.
Et voilà, une overdose dans le garage. Bien fait.

Ce qui n’a pas été vu non plus, ce sont ces fameux épisodes de « l’affaire du space cake ». Car à l’époque, TF1 a préféré au dernier moment censurer les six épisodes concernés. Le scandale éclate quelques mois plus tard, en janvier 1995, quand le magazine Télé Star dévoile les images inédites. Le comportement du diffuseur des sitcoms AB peut sembler étonnant au premier abord, car la thématique de la drogue chez les adolescents avait déjà été abordée dans des séries, à l’instar de Beverly Hills et son personnage phare, Dylan.

Mais comme le rappelle la sociologue Dominique Pasquier, le « problème n’était pas tant de parler de drogue dans une série pour adolescents sur l’antenne de TF1 que d’employer le personnage d’Hélène à contre-rôle. On voit bien l’effet de boucle qui s’opère : les producteurs des contenus sont liés par des cadres impératifs qu’ils ont eux-mêmes contribué à forger au départ du côté du public. » Ainsi n’importe quelle autre série ou sitcom aurait pu traiter de la drogue, mais mettre en scène dans une telle situation avait été jugée impossible. Du moins par TF1 puisque en Belgique ou en Suisse, ces fameux épisodes avaient bien été diffusés comme prévu.

« Bien sûr que TF1 aurait dû diffuser les épisodes où Hélène était droguée. Ce n’est pas Dieu. Elle n’a pas que des qualités, elle a aussi des défauts. Je crois que personne n’aurait été choqué »

En outre, le magazine Télé Star avait pu prouver grâce à une enquête que le public était largement prêt à voir ces fameux épisodes. [3] Un sondage avait ainsi été effectué : plus de 80 % des lecteurs avait jugé que TF1 aurait dû diffuser Hélène sous l’effet d’un space cake, contre seulement 20 % de contre.

Une lettre d’une certaine Myriam de Serignan montre bien l’état d’esprit d’une majorité de téléspectateurs face à l’initiative honteuse de la Première chaîne : « Bien sûr que TF1 aurait dû diffuser les épisodes où Hélène était droguée. Ce n’est pas Dieu. Elle n’a pas que des qualités, elle a aussi des défauts. Je crois que personne n’aurait été choqué. On parle beaucoup de drogues chez les jeunes et, en regardant les épisodes, ils auraient compris que la drogue, c’est nul. Je crois que TF1 a surtout eu peur pour son taux d’écoute ! »

Quand AB "inventait" sans le vouloir le buzz. Merci TF1 pour la censure. Heureusement, depuis les années 2000 ces légendaires épisodes repassent régulièrement sur nos écrans.
Quand AB « inventait » sans le vouloir le buzz. Merci TF1 pour la censure. Heureusement, depuis les années 2000 ces légendaires épisodes repassent régulièrement sur nos écrans.

On le voit, les gens à l’époque n’avait pas pu saisir que Hélène ne s’était pas droguée de manière volontaire. Ce qui n’empêche pas Julie Regallet d’écrire à Télé Star que « étant donné que la plupart des téléspectateurs d’Hélène sont des jeunes, que le feuilleton évoque les problèmes des jeunes, et que la drogue est un problème qui concerne surtout les jeunes, je ne vois pas pourquoi on ne diffuserait pas ces épisodes. » Elle rajoute qu’ils sont « nombreux à trouver que sainte-Hélène c’est trop, et qu’il doit lui arriver des choses fortes (…), et en pensant à ceux dont la sensibilité aurait pu être heurtée par les épisodes en question, TF1 en a privé tout le monde, dont moi, que ça intéresse beaucoup ! »

On ne sait si cette Julie aura à son tour basculé dans la drogue comme son idole du moment, mais force est de constater que les épisodes avec Thomas Fava n’auront jamais laissé indifférent les téléspectateurs. Le « méchant » le plus machiavélique de la série aura beau avoir été au final censuré, la redécouverte de la sitcom grâce aux rediffusions d’AB1 dans les années 2000 aura permis de (re)découvrir le génie malsain du producteur d’Hélène. En outre, on peut parler d’une véritable « héritage » Thomas Fava par la suite.

Déjà, dans la sitcom du Miracle de l’amour, Thomas Fava n’est pas vraiment cité mais est dans tous les esprits comme débarque un nouveau producteur, Thomas Lelièvre, qui reprend le schéma classique « favaesque ». A savoir, faire semblant de s’intéresser au groupe de Nicolas pour mieux draguer une copine de la bande (ici Laly), la séduire et finir pathétiquement à ses pieds quand cette dernière ne veut plus de lui. Après cette énième mauvaise aventure avec un producteur, la bande à Hélène et les garçons n’essayera plus jamais de « devenir des stars ». Hélène se reconvertira dans l’humanitaire, tandis que Nicolas abandonnera sa guitare pour une modeste carrière de photographe. Seul Christian persiste à chanter, avec plus ou moins de bonheur.

Eric, le fils de Thomas. Même profession, même gouaille, même tendance à manipuler les gens pour arriver à ses fins. Le digne fils de son père.
Eric, le fils de Thomas. Même profession, même gouaille, même tendance à manipuler les gens pour arriver à ses fins. Le digne fils de son père.

Surtout, le nom de Fava a raisonné à nouveau dans les années 2010, dans les Mystères de l’Amour. Jean-Luc Azoulay a eu en effet la brillante idée d’introduire un personnage de producteur pour Fanny dont le patronyme est… Fava. Mais attention, c’est un certain Eric Fava, le fils de Thomas, qui prend le relais. Comme son père (dont on ne sait s’il est mort finalement suite à une overdose ou au sida), Eric Fava « Junior » est un producteur colérique, sanguin, manipulateur et amoureux de la chanteuse qu’il produit. Toutefois, contrairement à son daron, Eric réussit à séduire sa protégée qui quitte son petit ami (Christian) pour vivre une histoire d’amour à Los Angeles. On sait que où qu’il soit, Thomas Fava doit être fier de son fils.

Quant à David Brécourt, on ne le reverra malheureusement plus dans une sitcom AB. Seul son père aura un étonnant rôle de professeur de théâtre ultra autoritaire dans la sitcom du Studio des Artistes, prouvant que jouer la comédie est avant tout une affaire de famile chez les Brécourt. David sera ainsi tout au long des années 90, puis dans les 2000’s, présent sur le petit écran ou au théâtre. Son rôle le plus important aux yeux du public reste celui qu’il incarne durant des années pour la série Sous le Soleil.

On espère néanmoins le revoir un jour dans son rôle initial de Thomas Fava dans les Mystères de l’Amour. Qui sait, il pourrait toujours être vivant, simplement séropositif. Ou mieux encore, après un voyage en Amérique centrale, il pourrait être guéri par une sorcière hondurienne. Avec l’aide son fils, Thomas aurait ainsi une dernière possibilité de faire signer Hélène, et assurer pourquoi pas la promo de son futur album !


1- PASQUIER Dominique, La culture des sentiments, Les Editions de la MSH, 1999. 2- David Brécourt est parfois crédité dans le générique sous le nom de « Thomas Favar » en lieu et place de Fava. Nous ne connaissons pas la raison de cette variante orthographique du nom. 3- Hélène droguée, les épisodes censurés, Télé Star, Janvier 1995.

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