Rebecca Dreyfus, Debbie ou la mauvaise affaire

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Savoir où l’on veut aller, c’est très bien ; mais il faut encore montrer qu’on y va.
Emile Zola, l’Argent.

Rebecca, débarquée directement d’Israël, est parachutée en l’an 1992 dans la sitcom Premiers Baisers. Elle doit jouer la cousine dite « super belle » de Justine Girard. Son CDD débute lors de l’épisode n°86 pour se terminer brutalement lors de l’épisode n°149, durant lequel elle cède sa « place » de cousine à une nouvelle, Virginie.

Camille Raymond passant son bac dans la « vraie » vie, JLA est obligé à contre-cœur de lui trouver une remplaçante. Ce sera Déborah, ou plutôt Debbie, la fille de Théodule, le frère de Roger, qui débarque d’Australie dans la maison de la Girard family. Elle doit alors perfectionner son français et s’inscrit dans le même collège que sa cousine. Elle est accompagnée de deux copines, Suzy et Suzon, les fameuses « Ugly Twins. »

« J’ai eu un peu de mal puisque c’est mon premier vrai rôle »

A son arrivée, Debbie est au centre de l’attention : elle est draguée immédiatement par la totalité des garçons, même si c’est Jérôme qui rafle la mise. Pénétrer dans l’univers AB, c’est pour Rebecca l’occasion de débuter une carrière rêvée de longue date : « Lorsque j’ai été choisie pour interpréter le rôle de Debbie, j’ai repensé à mes désirs de petite fille et j’ai trouvé la coïncidence assez drôle ! Je suis vraiment aux anges ! » [1] Mais en réalité, les débuts de Rebecca s’avèrent difficiles. Elle doit s’adapter à un nouveau pays tout en apprenant un métier : « Au début, j’ai eu un peu de mal puisque c’est mon premier vrai rôle. J’ai appris à travailler vite, c’est tout. Enfin, le théâtre et le chant sont des passions. Je n’ai donc pas l’impression de travailler. »

Rebecca, visiblement ravie d'avoir trouvé un job.
Rebecca, visiblement ravie d’avoir trouvé un job.

Si Rebecca n’avait pas l’impression de travailler, c’est aussi le sentiment que pouvait avoir le public à l’époque. Car la mayonnaise ne prend pas, Rebecca est d’une médiocrité abyssale. Le public va jusqu’à manifester rapidement sa nostalgie pour Camille Raymond, un comble !

Rebecca n’était pourtant pas une totale inconnue pour ceux qui suivaient attentivement la sitcom. Sa première vraie apparition dans la série, avant même le rôle de Debbie, avait déjà posé les bases. Inexpérimentée, Rebecca incarne en effet une certaine Cathy, la meilleure amie d’Annette. [2] Ce personnage est alors maltraité par Jérôme, qui abuse de sa position pour l’embrasser effrontément.

Pas méchante, juste une pauvre fille.
Debbie est pas méchante, juste une pauvre fille.

Malgré le déluge de critiques qui s’abat, Rebecca vit pleinement une vieille passion, qu’elle situe à son adolescence : « Quatorze ans est un âge où, je crois, on a envie de changer de peau, d’être quelqu’un d’autre. Pour satisfaire ce désir, j’ai trouvé que le théâtre était parfait car tout y est possible. Tout ce qui n’arrive pas dans la vie devient alors réalisable. Et c’est génial. On peut choisir qui on veut être. Puis, on apprend à connaître le personnage et on finit par lui ressembler pour être complètement lui-même. »

Malheureusement pour elle, le tournage d’une série AB n’a aucun rapport avec l’univers du théâtre. La chute parait inévitable. Debbie incarne peu à peu la « pauvre fille ». C’est bien évidemment la peste Isabelle qui ne la rate pas. Elle est ainsi surnommée « Bernadette Soubirou » ou encore « la victime ». Debbie connaît le syndrome de la pauvre fille, coincée et ringarde. Une vraie nerd. Même Madame Girard va de son petit commentaire sur l’absence de vie sentimentale (on n’osera pas dire sexuelle) de Debbie.

Quand elle ne chiale pas, Debbie écrit dans son journal intime.
Quand elle ne chiale pas, Debbie raconte dans son journal intime sa misère affective.

C’est pourquoi, malgré des débuts prometteurs, Debbie ne sortira jamais avec Jérôme. Elle finit par connaître l’humiliation lors de l’arrivée d’une nouvelle, Céline, qui la met quasiment hors-jeu dans la rude compétition visant à gagner le cœur de Jérôme. Le coup de grâce arrive peu après : Camille a les félicitations au Bac. Dans la foulée, son personnage revient des États-Unis. Pour enfoncer le clou, Annette, qui considère Debbie comme « sa meilleure amie par intérim », retrouve sa Juju. Debbie a beau pleurer comme une madeleine sur le canapé des Girard, le mal est fait, son temps est désormais compté.

Le bilan de Rebecca peut paraître à première vue catastrophique. Et il l’est : on ne compte plus les répliques de Debbie ratées, l’absence de vie sentimentale, les scènes à la cafète sans réplique. Pire, même les rires enregistrés semblent être contre elle, n’appuyant pas toujours les rares vannes de son personnage.

« Rebecca fut la cible de nos blagues »

Outre la faiblesse intrinsèque de son personnage, Rebecca éprouve visiblement de sérieuses difficultés au sein des tournages. Elle n’est pas aidée par sa timidité, par le fait qu’elle soit étrangère et, il faut le dire, ne brille pas vraiment par son acuité.  Son affaire ne s’arrange pas suite à une anecdote plutôt rigolote qu’on peut lire dans le livre de Fabien Remblier : « Rebecca fut la cible de nos blagues, surtout depuis le jour où, alors qu’elle posait une question au réalisateur par le biais du micro qui nous servait à joindre la régie, elle colla celui-ci contre son oreille, espérant y entendre une réponse. » [3]

Ironie de l'histoire, le personnage de Debbie est l'intello de la bande !
Ironie de l’histoire, le personnage de Debbie est l’intello de la bande !

Dans l’ambiance potache du tournage de Premiers Baisers, Rebecca devient vite la bonne tête de turc, à l’instar de ce qu’a pu vivre Boris Haguenauer. Manifestement décalée, Rebecca tend aussi le bâton pour se faire battre. Il suffit de relire une de ses vieilles interviews, pas très rassurante concernant la sagacité de l’ensemble de la famille Dreyfus : « A la maison, nous sommes cinq enfants, je suis la seconde. La dernière de mes sœurs m’amuse beaucoup, surtout quand elle regarde Premiers Baisers. Elle n’arrive pas à comprendre que je puisse être à la fois à la télé et assise à côté d’elle sur le canapé ! »

Debbie, une pure romantique dans l'univers impitoyable d'AB.
Debbie, une pure romantique dans l’univers impitoyable d’AB.

Néanmoins, il ne faut pas sous-estimer Rebecca. Car elle n’est pas dupe vis-à-vis de son personnage, et ose émettre une petite critique : « C’est vrai, Debbie manque un tout petit peu de fantaisie. Elle est rangée, obéissante. Elle aide tout le monde car au moindre problème, ses amis ont compris qu’elle répondait toujours présente pour leur venir en aide. C’est plus qu’une confidente, c’est une sainte ! » « Sainte Debbie » est en effet l’archétype du personnage ennuyeux d’une sitcom AB. Sa seule blague se limite à l’imitation de l’accent des Jumelles et son potentiel comique se résume à arborer des coupes de cheveux improbables et le port de fringues multicolores.

Le plan mythique de Rebecca mangeant un canapé. Sa meilleure prestation.
Le plan mythique de Rebecca avalant un canapé. Sans contestation sa meilleure prestation.

Que retenir alors de son passage dans Premiers Baisers, qui sera son ultime prestation dans l’univers AB ? Si la plupart des gens l’ont tout simplement effacé de leur mémoire, certains ont gardé un souvenir ému de la petite Debbie. Ce sont les « Dreyfusards ». On peut lire par exemple sur un forum une certaine Lionne822, écrivant sans rire : « C’est grâce à elle (sic) que depuis petite je souhaite appeler ma fille Déborah, car si je me souviens bien elle s’appelle Deborah et son surnom est Debbie et je voulais faire pareil avec ma fille, lol. Presque vingt ans après, je souhaite toujours ce prénom à ma fille (si j’en ai une). Peut-être pas en premier choix, mais en deuxième prénom ! » [4]

« Ce côté sainte nitouche… c’était vraiment chiant à mort ! »

D’autres sont cependant beaucoup plus moqueurs, comme une certaine Abéloveuse, profondément anti-Dreyfusarde : « Par rapport aux autres elle faisait sacrément bouche-trou, il lui arrivait jamais rien, aucun grain de folie, jamais de colères ni d’excès, elle était juste là pour raisonner les autres, toujours en mode Pour-l’amour-du-ciel-aurais-tu-as-perdu-la-tête-mais-c’est-de-la-folie ?! Ce côté sainte nitouche… c’était vraiment chiant à mort ! »

    Pendant un temps, Debbie a presque réussi à séduire le beau Jérôme.
Pendant un temps, Debbie a presque réussi à séduire le beau Jérôme.

Les fans de nos jours se sont de plus en plus rares. Sur internet, seul un vieux skyblog rend hommage à l’épopée de Rebecca Dreyfus au sein de Premiers Baisers. Un skyblog qui, malheureusement, mériterait un peu plus de « commz ». Les gens sont ingrats.

Rebecca avait un certain potentiel en fin de compte...
Rebecca, un certain potentiel en fin de compte…

La grande question en suspens demeure de savoir ce qu’est devenue Rebecca. Elle n’a pas totalement disparue de notre planète Terre. On sait qu’elle a fait beaucoup de doublage. Peu savent que c’est elle qui double Esméralda dans Le Bossu de Notre-Dame de Walt-Disney, ainsi que le personnage de la bergère dans la version française de Toy Story 1. Mieux, on sait que Rebecca Dreyfus donne à présent des cours de théâtre à des enfants dans le 6ème arrondissement de Paris. Elle a donc su prolonger son rêve et sa passion de travailler dans le milieu du spectacle et dans le monde des enfants.

Par contre, son expérience dans la sitcom Premiers Baisers semble rester à jamais une période douloureuse pour Rebecca. Peu intégrée, peu mise en valeur, elle ne sera pas demeurée assez longtemps au sein du cast pour devenir « culte ». Contrairement, aux Jumelles Ever, qui elles réaliseront leur come-back, Rebecca tire un trait définitif sur son aventure AB. Aujourd’hui encore, Rebecca refuse toute interview et ne semble pas intéressée par les incessantes demandes médiatiques, friandes de témoignages d’ex-AB. Dommage, on l’aimait bien, notre Debbie.


1- Interview de Rebecca sur le site des starsab : http://lesstarsab.free.fr/pbaisers/rebecca_dreyfus/rebecca_dreyfus.htm
2- Un extrait de la performance inoubliable de Cathy avec Fabien Remblier qui joue bien le connard de service.
3- REMBLIER Fabien, Les Années Sitcom, Médiacom, Paris, 2006
4- http://heleneetlesgarcons.actifforum.com/les-acteurs-de-premiers-baisers-f84/rebecca-dreyfus-debbie-dans-premiers-baisers-t2601-15.htm

DiscussionUn commentaire

  1. Johnny Biff

    Personne ne semble avoir lu cet article en presque 9 ans c’est pourquoi je vais me permettre d’enfin y mettre un retour en commentaire. NUL
    Affirmation inexactes puisque le personnage n’apparait pas à partir de l’épisode 86 mais à l’épisode 74. L’actrice quand à elle appraît déjà à l’épisode 24 en tant que  » Cathie  » une vieille amie d’Anette pour lequel Jérôme à un coup de foudre. S’en suivra quelques petites apparition entretemps jusqu’à ce qu’elle incarne Debbie.
    J’ajouterai que cet article manque d’objectivité et qu’il est calomnieux au point d’être torchon. Allusions racistes et présumés sur les facultées intellectuelles de l’actrice sans compter une critique infondée sur ces capacités théâtrales qui ne sont pas inferieures à la moyenne générale du casting.
    Pour un site dédié au vieilles sitcoms trouver pareille désinformation sur un article est abérant je pense que l’auteur de cet article se croie au dessus du monde mais n’a finalment rien accompli de bien terrible dans sa vie tandis que les acteurs de Premiers Baisers on eu le mérite de passer à la télé et d’avoir fait vivre une série pendant plusieurs centaines d’épisodes ! Ce que l’auteur de l’article ne peut pas en dire autant.

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