Fred Beraud Dufour, réalisateur chez AB

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Alors que les sitcomologues erraient sur le net à la recherche de vidéos d’Anthony Dupray, nous avons fait la connaissance de Fred Beraud Dufour, un ancien d’AB Productions dont nous ignorions l’existence !

Retrouvé sur facebook, il a accepté très gentiment de répondre à nos questions dans le cadre d’une interview téléphonique, en toute franchise : « Ça m’intéresse de répondre pour une fois assez clairement et assez sincèrement. Je n’ai pas d’enjeux, je n’ai plus besoin de JLA pour vivre. Si je travaille avec lui ce sera avec plaisir et énormément de respect comme ça c’est toujours passé. »

« J’étais relativement atypique parmi les gens qui travaillaient chez AB Productions à l’époque »

Les sitcomologues : On vous a découvert avec un clip que vous avez posté sur Youtube, celui de la chanson « Toute la Nuit à te regarder » d’Anthony Dupray. On peut y lire que c’est votre premier clip.

Fred Beraud Dufour : Oui, je pense qu’en tant que réalisateur, c’était le premier, la première fois qu’on me faisait une commande de A à Z.

Les sitcomologues : Ce sont Rémy et Ariane qui vous ont proposé de le faire ?

Fred Beraud Dufour : Absolument, c’est Ariane que j’avais souvent croisé parce que je travaillais sur des émissions. En fait moi j’étais monteur et truquiste à l’époque pour AB productions. Je travaillais beaucoup avec Pat Le Guen, Dorothée ou encore Ariane. Et un jour Ariane, je sais pas pourquoi, est venue me proposer de faire ce clip. Donc c’était une première expérience de réalisateur un peu plus formelle même si j’avais déjà réalisé des trucs à mon initiative personnelle.

Les sitcomologues : On vous avait donné des consignes particulières pour faire ce clip ?

Fred Beraud Dufour : Non pas vraiment, on m’avait fait écouter la chanson. Bon Ariane m’avait quand même suggéré la fille qui apparaît dans le clip. C’était une fille qu’Anthony et elle avaient choisi.

Les sitcomologues : D’ailleurs est-ce Isabelle Bouysse ? Parce qu’on se pose la question…

Fred Beraud Dufour : Non pas du tout, c’était une jeune fille qu’ils connaissaient eux. Mais comme Anthony était très populaire à l’époque auprès des filles, j’avais une consigne assez précise : on ne devait pas voir son visage. Je pense que l’idée était de ne pas attacher le visage d’une jeune femme auprès d’Anthony, d’avoir une femme un peu générique, histoire qu’on puisse imaginer tout un tas de chose.
Par contre il y avait des idées d’Ariane assez précises. En particulier il y a un plan dans ce clip où la fille est nue, recouverte de pétales de roses. Ça c’était une idée d’Ariane. On a aussi tourné dans sa maison de campagne !

Les sitcomologues : C’était quand même osé ça ! Le clip est-il passé à l’époque, parce qu’il est assez différent du reste des productions de l’époque, comme les clips de Christophe Rippert par exemple ?

Fred Beraud Dufour : Oui il est passé régulièrement. Je pense qu’elle m’avait demandé de réaliser ce clip parce que j’étais relativement atypique parmi les gens qui travaillaient chez AB Productions à l’époque.

Les sitcomologues : D’ailleurs vous êtes chez AB Production depuis mars 1988 c’est bien ça ? Comment êtes-vous entré dans la « Maison du Bonheur » ?

Fred Beraud Dufour : Oui je suis à ce jour un des plus anciens collaborateurs de Jean-Luc Azoulay. En fait à l’époque j’ai rencontré tout à fait par hasard le directeur d’exploitation, qui s’appelait Frédéric Le Bel, dans un stage technique chez Sony et on a tout de suite sympathisé. A la fin de ce stage il m’a demandé de venir travailler chez AB Productions, ce que j’ai refusé parce que j’avais un très bon travail à l’époque. On est quand même devenu ami. Un jour alors qu’on déjeunait ensemble, il a eu un problème car un monteur est tombé malade. Il m’a demandé de le remplacer, pour lui rendre service.

Le réalisateur avec qui j’ai travaillé ce jour là était Pat Le Guen, qui a été enchanté de travailler avec moi. Du coup ils m’ont mis une pression d’enfer pour que j’aille travailler avec eux et c’est comme ça que ça c’est fait.

Les sitcomologues : Nous avons déjà interviewé ici Laurent Perriot, technicien chez AB qui a gardé un excellent souvenir de Pat Le Guen…

Fred Beraud Dufour : Moi aussi ! J’adore Pat Le Guen, qui est encore un ami et avec qui je travaille encore aujourd’hui.

Les sitcomologues : C’est un maître pour vous ? Il vous a appris les ficelles du métier ?

Fred Beraud Dufour : C’est la seule personne qui m’a appris quelque chose dans ce métier et c’est une des rares personnes avec Ariane et Dorothée qui m’ont facilité les choses.

« On est passé en quelques mois d’une petite société d’une quarantaine de personnes à un truc où il y en avait plus d’un millier par mois qui venaient bosser »

La bande des Années Fac dans le hall de l'immeuble d'AB Productions.
La bande des Années Fac dans le hall de l’immeuble d’AB Productions.

Les sitcomologues : Pouvez-vous nous décrire la période de la fin des années 80, le début du Club Dorothée ?

Fred Beraud Dufour : C’était un truc assez surprenant parce que moi à l’époque où j’ai commencé à travailler pour AB, on était pas encore dans les locaux 144 Avenue du Président Wilson à la Seine-Saint-Denis. On était dans des locaux situés plus bas dans l’avenue. En fait quand ils les ont acheté, il y avait juste une espèce de gros hangar, pas de bureaux, juste de quoi à peine faire un studio. Et les premières fois où j’ai travaillé là je me souviens très bien des bureaux des secrétaires qui étaient situés sur le parking, dans des Algécos, des trucs préfabriqués. C’était une époque assez incroyable, surtout qu’on est passé en quelques mois d’une petite société où on était environ une quarantaine à un truc où il y avait plus d’un millier de personnes par mois qui venaient bosser.

Les sitcomologues : AB c’était un peu du bricolage donc…

Fred Beraud Dufour : Oui c’est ça. Au début c’était une société qui fonctionnait grâce à des prestataires extérieurs et je pense que l’idée de génie de Jean-Luc Azoulay et de Claude Berda, c’est d’être devenus propriétaire de leur outil de production à 100%. C’est de là qu’est né tout ce truc de sitcoms, d’émissions. Sans ça, ils n’auraient jamais pu avoir une telle ampleur.

Les sitcomologues : Abordons l’ère sitcoms : quelle a été votre première fonction au sein d’AB ?

Fred Beraud Dufour : Sur les sitcoms, j’ai fait du montage. On m’a proposé plusieurs fois d’en réaliser mais j’étais pas très chaud car c’était un format qui ne me plaisait pas. Quand c’est devenu des fictions, comme les Vacances de l’Amour, là ça m’intéressait beaucoup plus.

Les sitcomologues : Qu’est-ce qui ne vous plaisait pas dans le format sitcom ?

Fred Beraud Dufour : Je n’aimais pas l’aspect répétitif, aussi bien dans le scénario que par la façon de faire. Et puis bon moi c’était pas mon truc d’être enfermé toute une journée dans un studio. Moi je préfère les espaces plus… vastes !

Les sitcomologues : Fabien Remblier dans son livre Les Années sitcom parle lui « d’éclairage de vitrine de supermarché… » pour qualifier la lumière dans les sitcoms.

Fred Beraud Dufour : Alors ça c’était vraiment une décision assumée de JLA. C’était une référence qu’il prenait sur les sitcoms américaines de l’époque.

Pas toujours évident de faire rire sans les rires enregistrés...
Ce serait pas vraiment évident de faire rire sans les rires enregistrés…

Les sitcomologues : Et la fameuse question des rires enregistrés, que Remblier traite également en pointant le débat entre techniciens et comédiens sur cette question ? Il n’aurait pas été possible de faire venir un public, comme pour le tournage de Friends par exemple ?

Fred Beraud Dufour : Alors nous on était plutôt contre le principe de rajouter des rires, parce qu’on disait que si on rajoutait des rires, ça voulait dire que c’était pas drôle. JLA et les réalisateurs avaient un autre point de vue : pour eux c’était une façon de renforcer l’effet comique. Encore une fois c’était un vrai choix de production que je ne partageais pas tout en le respectant. Aux Guignols ils mettent bien des rires et ça ne choque personne ?

Pour ce qui concerne le public, ça aurait été extrêmement compliqué car les sitcoms américaines comme Friends étaient faites de manière complètement différentes : cinq jours de répétition pour un épisode alors que pour AB on tournait pratiquement en temps réel, avec les aléas que cela pouvait entraîner. Il faut que le truc soit super carré pour intégrer un public à un tournage.

« Philippe Vasseur est revenu. JLA a eu l’intelligence de l’accueillir mais il l’a payé assez cher dans les scénarios »

Les sitcomologues : Pouvez-vous nous parler de Jean-Luc Azoulay ? A t-il changé depuis que vous l’avez connu à la fin des 80’s ?

Fred Beraud Dufour : Alors bon… la relation que j’ai avec JLA c’est quelque chose d’un peu complexe. C’est à dire que personnellement je le considère comme un ami sur lequel j’ai toujours pu compter. J’ai beaucoup de respect pour lui.
Ensuite comme producteur je trouve que c’est un bon producteur, ses succès peuvent en attester.
A t-il changé ? J’aurais tendance à dire pas tellement ! C’est surtout quelqu’un de très intelligent, qui a une force de persuasion incroyable, qui arrive souvent à obtenir des gens des choses qu’ils ont promis de ne jamais faire !

Les sitcomologues : On dit souvent de lui que c’est un grand manipulateur…

Fred Beraud Dufour : Oui ! Mais ça ne me choque pas ! Je pense que tous les producteurs sont manipulateurs… c’est le métier qui veut ça aussi. Un producteur peut difficilement obtenir frontalement tout ce qu’il veut du premier coup.

Philippe Vasseur, le martyr d'AB.
Philippe Vasseur, le martyr d’AB.

Les sitcomologues : JLA pouvait être aussi dur parfois avec ses comédiens ?

Fred Beraud Dufour : Il avait un profond attachement à ses comédiens, ce qui rendaient parfois les relations assez passionnées. Je me souviens un jour d’une interview de Philippe Vasseur que JLA avait assez mal vécue, qui était une critique assez virulente des Vacances de l’Amour. Deux ans après Philippe est revenu. JLA a eu l’intelligence de l’accueillir mais il l’a payé assez cher dans les scénarios. Il a répété pendant des mois dans la série assez souvent : « Je suis un con, j’ai merdé, j’ai fait n’importe quoi dans la vie. » Il s’est en fait excusé dans les épisodes ce qu’il a fait dans la vie réelle. En même temps je pense que ça ne le gênait pas de le faire, c’était un comédien professionnel…

Les sitcomologues : Sur votre CV, nous avons lu que vous êtes crédités sur la réalisation d’un épisode d’Hélène et les Garçons. Encore une persuasion de JLA ?

Fred Beraud Dufour : Alors en fait j’ai toujours refusé d’en réaliser, et je sais qu’ils m’ont mis aussi sur un épisode du Groupe, que je n’ai jamais fait ! Par contre ce qui est vrai c’est que pour les pilotes que Pat Le Guen tournait, j’étais son monteur attitré. C’est pourquoi sur toutes les sitcoms j’ai au moins monté les premiers épisodes à chaque fois. Mais ce que vous pouvez lire sur le net est faux. Cela n’a pas empêché JLA de mettre mon nom dans la fiche de presse d’un épisode d’Hélène et les Garçons ou du Groupe en tant que réalisateur. Je me souviens lui avoir dit que cela n’était pas correct. Il m’avait alors rétorqué que je finirais bien par accepter un jour…

Les sitcomologues : Et Jean-Luc Azoulay, il participait aux montages ?

Fred Beraud Dufour : JLA a commencé à s’impliquer dans les montages à partir des Vacances de l’Amour, quand on est passé aux fictions. Avec les sitcoms, c’était du tourné-monté, il n’y avait pas vraiment de montage mais plutôt de l’assemblage de séquences. Avec LVDLA, ils ont tourné les premiers épisodes en Jamaïque, là c’était une vraie fiction. Les plans étaient tournés un par un, il fallait les monter et pas seulement les assembler.

Les sitcomologues : Quelle était l’ambiance au sein des différentes équipes techniques de tournages chez AB ?

Fred Beraud Dufour : J’étais ami avec la plupart des techniciens. Je pense à un de mes meilleurs amis, Yves Pirès, le chef décorateur, probablement la personne la plus talentueuse que j’ai rencontré dans ma vie. Je suis d’ailleurs en train de faire un documentaire sur une de ses sculptures et sur sa façon de travailler.
J’ai bien connu aussi tous les techniciens de l’image et du son, des cadreurs. Beaucoup de gens très talentueux.

Les sitcomologues : Tous ces techniciens, ils ont eu la fameuse « étiquette AB » dans le milieu ?

Fred Beraud Dufour : Non, il faut savoir que pour les techniciens, l’étiquette AB ce n’était pas quelque chose de négatif. AB était très critiqué à l’époque comme aujourd’hui d’ailleurs, mais pas sur la qualité technique. La logique de JLA était : « Je veux les meilleurs techniciens, peu importe le prix que je dois les payer. »

« Avec Ariane, on a été fouiller dans les vieilles affaires personnelles d’Ingrid Chauvin »

La fameuse photo d’enfance d’Ingrid Chauvin utilisée pour le générique de la sitcom.

Les sitcomologues : Du côté des comédiens « AB », vous aviez des relations avec certains d’entre eux ?

Fred Beraud Dufour : Oui, il y avait une sitcom sur le milieu du théâtre dont je ne me souviens plus le nom (le Studio des Artistes , NDLR) sur laquelle j’ai créé le générique début, à base de photos des comédiens enfants puis adultes. Ainsi je les ai pas mal rencontré chez eux, dans leur intimité. Il y avait d’ailleurs cette comédienne qui est devenue très populaire (Ingrid Chauvin, NDLR) chez qui avec Ariane on a été fouiller dans ses vieilles affaires personnelles pour trouver une photo ! Ça a été une recherche assez laborieuse de trouver pour chaque comédien une photo d’eux enfant.

Quand j’ai travaillé sur LVDLA, j’ai rencontré tous les comédiens de l’équipe, mais après l’euphorie sitcom. C’est d’ailleurs assez curieux car eux ne me connaissaient pas, puisque j’étais au montage, alors que moi je les connaissais par cœur, dans le moindre de leurs défauts. C’était une situation assez comique !

Les sitcomologues : Quand vous parlez de défauts, vous pensez à des défauts de comédiens ? Le niveau était mauvais selon vous ?

Fred Beraud Dufour : Oui je connaissais bien leurs petits tics, leurs défauts de comédiens. Je pense que parmi ceux qui étaient vraiment comédiens, il y avait des gens vraiment talentueux. Ceux qui en avaient réellement ont ainsi pu quitter le carcan « AB » et faire une belle carrière.

Les sitcomologues : Nous on pense immédiatement à Benoît Solès, présent sur la sitcom de l’École des Passions…

Fred Beraud Dufour : Tout à fait, j’ai eu l’honneur de travailler avec lui et je considère que c’est un très bon comédien.

Les sitcomologues : C’est vous qui avez eu cette idée folle de mixer du hip hop et une musique « théâtreuse » pour cette sitcom ?

Fred Beraud Dufour : Non tout ça c’était Ariane. Cette série a été géré que ce soit d’un point de vue artistique ou littéraire par Ariane Carletti. Pour ma part c’est un des meilleurs sitcoms AB (pour nous aussi, NDLR).

Pour en revenir aux comédiennes récurrentes des productions AB, je tiens à dire que j’apprécie énormément Laly Meignan et Rochelle Redfield. Rochelle parce que avant de venir chez AB elle était déjà comédienne, elle était déjà en avance sur les autres. Laly parce qu’elle avait une fraîcheur… quand j’ai commencé à faire LVDLA, j’étais content de tourner avec elle, je trouvais que c’était un personnage vraiment intéressant. Et dans la vie c’est un personne que j’apprécie énormément. Un très bon souvenir.

« Jean-Luc, qu’est-ce qu’il s’est passé avec son sida ? »

L'île de Love Island regorge d'affreux méchants en tout genre.
L’île de Love Island regorge d’affreux méchants en tout genre.

Les sitcomologues : Les Vacances de l’Amour semblent tenir une place tout particulière sur votre expérience au sein d’AB. Pour aborder le sujet, nous allons citer Fabien Remblier, qui décrit le contexte du tournage après son seul et unique épisode pour la série : « Plaque tournante de la drogue aux Caraïbes, l’île est le théâtre de tous les excès. Les comédiens qui vivaient presque à plein temps sur place ne rêvaient que de rentrer en métropole et m’accueillirent dans la joie, ravis de voir enfin une tête amie. Je logeais dans un hôtel en bord de plage dans lequel une maquilleuse s’était fait braquer quelques semaines plus tôt par un habitant de la ville voisine. Je suivais donc la double recommandation de ne rien laisser dans ma chambre et de vérifier plusieurs fois qu’il n’y avait personne sur le parking avant de sortir de ma chambre le soir. »

Fred Beraud Dufour : Alors je dirais qu’il y a plusieurs étapes car le tournage a eu lieu dans différents endroits. Les premiers épisodes ont été tourné en Jamaïque. Là je crois que ça n’a pas duré car il y avait des difficultés d’ordres logistiques et culturelles. Ensuite il y a eu une étape en Martinique, à laquelle je n’ai pas participé mais où il y a eu je crois pas mal de problèmes de drogues. Ensuite on est arrivé à Saint-Martin qui est effectivement une des plaques tournantes des trafics de stupéfiants. Alors oui ça existe mais moi je n’ai pas eu l’impression que c’est quelque chose qui a perturbé le tournage. Je ne dis pas qu’on ne voyait pas ça, que tel ou tel de l’équipe n’en n’a pas profité, mais ça n’a pas affecté le contenu.

L'épisode japonisant de LVDLA. Encore un ovni télévisuel.
L’épisode japonisant de LVDLA. Encore un ovni télévisuel.

Les sitcomologues : D’accord… les Vacances de l’Amour vous en pensez quoi qualitativement parlant ? Nous on a noté une sacrée évolution entre les saisons, avec une saison 2 par exemple assez affreuse niveau réalisation pour se stabiliser par la suite.

Fred Beraud Dufour : Alors moi le premier épisode que j’ai réalisé c’est l’épisode n°66, qui s’appelle « Samourai » avec une ambiance un peu japonaise. A l’époque j’ai eu la chance que la fiction soit plus posée, avec des guests, des moyens assez importantes. On avait cinq jours pour faire un épisode. C’était plutôt confortable. Dans cette période là, j’ai fait à peu près huit épisodes, jusqu’au retour d’Hélène. Quand elle est revenue, on a changé de format. On est repassé d’une série à un feuilleton, dans le genre télénovelas. On a arrêté de tourner les épisodes un à un, pour les faire quatre par quatre.

Et là, ça a tout changé, les comédiens étaient un peu perdus. Le réalisateur aussi puisqu’il était obligé d’intégrer quatre scénars dans le même tournage. Ça impliquait une réduction des coûts, faire quatre épisodes en douze jours contre un en cinq, ce n’était plus les mêmes conditions. Moi j’ai trouvé ça moins passionnant.

Les sitcomologues : Vous en tant que réalisateur, vous avez une connaissance assez pointue du scénario depuis les débuts d’Hélène et les Garçons en 1992 ?

Fred Beraud Dufour : Oui oui, complètement ! Il y avait d’ailleurs de sacrées incohérences ahurissantes, que évidemment on signalait systématiquement à JLA. Il en riait beaucoup ! Il y avait par exemple un personnage joué par Ludovic Van Dorm qui à une période dans l’histoire était atteint du sida. Il disparaît pendant une saison, puis revient sans qu’on le mentionne une seule fois ! On pose donc la question : « Jean-Luc, qu’est-ce qu’il s’est passé avec son sida ? ». Après plusieurs semaines de tergiversations, on en a finalement reparlé dans la série. Il y avait même des personnages qui revenaient et qui changeaient de prénoms. C’était assez… surprenant !

« TF1 a aussi censuré pas mal d’histoires de drogues dans LVDLA »

Les sitcomologues : L’univers que JLA a créé lui a échappé en quelque sorte ? Il y a tellement d’intrigues, d’épisodes, on est parfois perdu devant l’ampleur de l’œuvre.

Fred Beraud Dufour : Non, moi je pense que rien ne lui a échappé. Je pense que de temps en temps, il a fait l’impasse sur certaines choses pour des convenances, personnelles ou professionnelles. Quand il y avait quelque chose d’incohérent, il était le premier à en être conscient. J’ai parfois tendance à penser que c’était aussi une façon de nous tester (rires). En réalité, rien ne lui a échappé, son univers qu’on ne peut pas toujours suivre reste très cohérent.

Les sitcomologues : Cet univers justement, est resté longtemps policé, jusqu’aux Vacances de l’Amour, dont les thèmes évocateurs semblent être une réponse aux multiples moqueries qu’ont nourri les médias pendant des années : la drogue, les prises d’otages, les meurtres… On avait déjà eu quelques prémisses avec le space cake d’Hélène, censuré par TF1…

Fred Beraud Dufour (il coupe) : Mais TF1 a aussi censuré pas mal d’histoires de drogues dans LVDLA ! De toutes façons pour JLA la série (très populaire, dès ses débuts) était un espace pour exprimer tout un tas de chose, une autre facette de son univers, un peu plus sombre. Et quand on tourne dans les Caraïbes, c’était aussi un autre contexte. Il faut comprendre que certains comédiens vivaient sur place, comme Patrick Puydebat. Pour nous mêmes, le tournage a été assez intense. On a tous été affecté d’une façon ou d’une autre par la réalité du lieu. A Saint-Martin il se passait des choses assez terribles : drogue, prostitution organisée…etc. D’ailleurs on a tourné dans des bordels, dans des endroits vraiment durs !

Fred Beraud Dufour, son bob et une Hélène ravie d'être de retour chez JLA Productions.
Fred Beraud Dufour, son bob et une Hélène ravie d’être de retour chez JLA Productions.

Les sitcomologues : Dans LVDLA, nous avons remarqué que vous avez joué un petit personnage, un marin latino qui repêche Hélène de la mer ?!

Fred Beraud Dufour : Oui c’est vrai ! C’est marrant parce que peu de monde le sait ça ! C’était en fait une idée de Pat le Guen, lors d’une série d’épisodes un peu spéciale pour laquelle on m’avait demandé de remplacer exceptionnellement le producteur exécutif. J’étais là bas et il avait besoin d’un marin hispano. Comme j’ai habité longtemps en Colombie, pour lui c’était logique de me demander de faire ça. Je l’ai fait avec beaucoup de plaisir ! On était sur un pétrolier équatorien.

C’est un de mes meilleurs souvenirs de tournage même si j’ai horreur d’être devant la caméra ! En plus je sauve Hélène !

« On a du arroser Hélène Rollès avec des bouteilles d’eau minérale »

Les sitcomologues : C’est d’ailleurs assez étonnant cette idée de faire tomber Hélène dans la mer…

Fred Beraud Dufour : Oui, en plus c’était très compliqué à tourner. On avait tourné ça dans l’urgence. Hélène n’avait pas tourné depuis longtemps et d’un coup elle revenait dans la série. Je me souviens entre autres que pour cette scène (où elle était censée avoir passé des jours et des jours dans l’eau) d’avoir eu beaucoup de mal à la convaincre de se mouiller vraiment. On a du l’arroser avec des bouteilles d’eau minérale (rires). Nous mêmes les marins avons du nous enduire d’huile de pétrole. Un grand souvenir de tournage !

Les sitcomologues : Vous en avez d’autres des anecdotes de tournage des Vacances de l’Amour ? (Il faudrait un DVD avec des bonus…)

Fred Beraud Dufour : Derrière chaque épisode, il y a une petite histoire qui était au moins aussi intéressante que celle montrée à l’écran, parfois même bien plus incroyable. Quand parfois la nuit en zappant il m’arrive de tomber sur un vieil épisode de LVDLA que j’ai réalisé, derrière chaque plan je revis des histoires.

Je me rappelle d’un jour à Saint-Martin, il y avait un cyclone et on avait des scènes à tourner en extérieur. On était toute l’équipe (30-35 personnes) sous un parasol, tous collés les uns aux autres, en attendant que l’orage passe pour essayer de terminer la scène. J’appelais JLA pour lui dire que je ne savais pas comment faire pour terminer mon épisode à temps. Je sentais qu’il n’était pas content alors que j’essayais de le convaincre que ce n’était pas de ma faute. Alors il est allé sur internet (à une époque où les gens n’y avaient pas accès comme aujourd’hui) et s’est rendu compte qu’il y avait bien un cyclone qui arrivait sur nous. C’est alors qu’il m’a dit : « Quand on a pas de chance, c’est qu’on a pas de talent. »

Je trouvais ça très injuste mais finalement ça a été assez positif puisqu’on a réécrit le scénario, avec un autre dénouement pour l’épisode qui s’appelait « La Puce et les deux cerveaux ». Avec JLA j’ai appris qu’être trop préparé n’était pas forcément synonyme de réussite. Il faut garder une certaine forme de souplesse et d’adapter.

Photo d'un tournage des Vacances de l'Amour, issue des archives personnelles de Fred.
Photo d’un tournage des Vacances de l’Amour, issue des archives personnelles de Fred.

Les sitcomologues : Dans votre CV, nous avons vu que avez aussi tourné des téléfilms érotiques dans la série « Fantasmes », produits par JLA ?

Fred Beraud Dufour : Oui c’était JLA Productions pour des chaînes du groupe AB, après la scission. Ils m’ont demandé d’en réaliser quelques uns. Bon c’était pas trop mon truc mais j’ai quand même essayé et j’en ai fait quatre. Et puis j’ai pas souhaité continuer.

« J’ai retrouvé les images de Laly menottée sur un site anglais de bondage ! »

Laly, nouvelle icône SM.
Laly, nouvelle icône SM.

Les sitcomologues : Nous avons noté beaucoup d’allusions sexuelles dans les sitcoms AB, qui viendraient du cerveau bien particulier de JLA ?

Fred Beraud Dufour : Ouais, chez tous les hommes la sexualité, l’érotisme, occupent une part importante. Chez JLA, ça se retrouve dans ce qu’il écrit. Je pense que ça reste assez gentillet quand même. D’ailleurs quand ça devient un peu plus sérieux comme cette série « Fantasmes », il ne s’en occupe plus, ça l’intéresse beaucoup moins.

Moi j’ai été très étonné, avec l’épisode « Samouraï » que j’ai réalisé. Quand Laly se retrouve menottée par un garçon qui l’a kidnappée, j’ai retrouvé des années après les images de cet épisode sur un site anglais de bondage ! Je me suis rendu compte que des fétichistes, des sadomasochistes avaient récupéré ces images et vouaient un espèce de culte bizarre à la série ! Personnellement quand j’ai tourné ces scènes là, je n’y ai jamais rien vu d’excitant, ni de quoi que ce soi. Pour moi c’était juste une situation dramatique d’un mec qui avait attaché une fille pour ne pas qu’elle s’échappe.

Dans LVDLA si on pousse l’analyse, c’est comme avec Hélène et les Garçons. Prenons par exemple le personnage d’Isabelle Bouysse, qui a été la petite amie de José, puis de Patrick…etc, bref on se rend compte que tout le monde a été avec tout le monde ! Dans la vie réelle, je pense que ce serait assez choquant que ton ex-copine soit avec ton meilleur copain…

JLA s'amuse bien avec sa femme. LVDLA ou comment avoir sa propre boite échangiste à l'écran.
JLA s’amuse bien avec sa femme. LVDLA ou comment avoir sa propre boite échangiste à l’écran.

Les sitcomologues : Nous ce qui nous amuse d’autant plus c’est que Isabelle Bouysse est la femme de Jean-Luc Azoulay !

Fred Beraud Dufour : Là je pense qu’il y avait un petit jeu malicieux de la part de Jean-Luc. Mais je les connais bien, et leur collaboration professionnelle a commencé bien avant leur relation amoureuse. Donc Isabelle est une comédienne qui fait son travail avant tout…

« Les histoires des méchants Colombiens dans les Mystères de l’Amour sont liées à moi de par mon passé »

Les sitcomologues : Pouvez-vous décrire la culture d’entreprise d’AB Productions ?

Fred Beraud Dufour : D’abord, c’est clairement Claude Berda qui s’occupait de l’aspect financier, alors que sur le plan purement créatif et artistique, c’était à 100% Jean-Luc Azoulay. Ensuite je dirais que tous les personnages de producteurs qu’on a pu voir dans les sitcoms, comme celui de Thomas Fava dans Hélène et les Garçons, existaient bien dans la réalité de l’entreprise. Il y avait aussi Jean-François Couturier, directeur d’exploitation, qui a eu son personnage dans une sitcom nommé Jean-François Le Couturier et qui était évidemment la copie conforme de la personne. Moi je crois que j’ai eu la chance d’échapper à ça et de ne jamais trouver ma caricature dans une des séries, mais peut être que un jour ça viendra…

Les méchants Colombiens des Mystères de l'Amour.
Les méchants Colombiens des Mystères de l’Amour.

Ceci dit je suis certain que les histoires des méchants Colombiens dans les Mystères de l’Amour sont liées à moi de par mon passé ! On a parlé beaucoup avec JLA de ma vie en Colombie, et il n’était pas vraiment d’accord avec mon souhait de quitter IDF1 pour aller vivre là bas. Il ne m’en a pas tenu rigueur quand je suis revenu en France et nous avons heureusement de nouveau collaboré ensemble.
Bref, sur la culture de l’entreprise AB puis JLA Productions à proprement parlé, il n’y a pas de rupture très nette entre la réalité de l’entreprise et ce qui est là réalité des scénarios.

Les sitcomologues : Au niveau du management, nous avons lu sur l’entreprise AB que l’ambiance était assez décontractée : pas de cravates, tutoiement, jeunisme…

Fred Beraud Dufour : Ah c’est tout à fait vrai. Ce n’était pas du tout formel. JLA la première fois qu’on s’est rencontré, je me souviens qu’on s’est tutoyé tout de suite. Ce n’était pas un rapport typique entre patronat et employés. Les relations étaient détendues, ouvertes. JLA avait surtout une qualité qui était de n’avoir aucun préjugés sur les personnes et qui était capable de donner leur chance à des réalisateurs, des techniciens inconnus. Et ça continue avec IDF1. Il y a une réelle possibilité d’avancer dans l’entreprise si on est motivé, il n’y a pas les barrières classiques comme on peut en trouver dans ce genre de structures.

Les sitcomologues : Nous avons noté que vous êtes crédités dans les Mystères de l’Amour, en tant que monteur du premier épisode ?

Fred Beraud Dufour : Quand JLA a tourné les premiers épisodes, il y avait un budget très serré et la commande n’était pas tout à fait assurée encore. Il m’a donc appelé pour me demander d’y participer, avec Pat Le Guen. Je pense que JLA est un peu superstitieux, si quelque chose a bien marché avec certaines personnes, il a un peu tendance à reproduire avec ces mêmes personnes le même schéma. Il m’a donc demandé de faire le montage, ce que j’ai fait avec plaisir même si en réalité j’ai un peu changé de milieu professionnel. Je travaille désormais sur une série assez populaire pour une autre chaîne qui s’appelle « Fais pas ci, fais pas ça » et je travaille sur des reportages (dont un sur Usain Bolt), donc je ne suis plus vraiment dans cet univers là. Je sais que Jean-Luc a été assez déçu que je ne vienne pas sur la suite, en sachant qu’entre temps j’avais fait d’autres choses en tant que réalisateur.

Par rapport aux Mystères de l’Amour, j’ai aussi cette impression de quelque chose de déjà vu, pas forcément avec autant de moyens que ce qu’on avait connu auparavant. Je l’ai fait quand même par amitié, avec le plaisir de revoir certaines personnes. Je pense à Patrick Puydebat, qui avait demandé à ce que je sois là.

« Je suis tombé sous le charme de Patrick Puydebat »

Patrick Puydebat, un vrai séducteur.
Patrick Puydebat, un vrai séducteur.

Les sitcomologues : Vous le décrirez comment Patrick Puydebat, grande figure des années AB ?

Fred Beraud Dufour : C’est un garçon adorable, généreux. J’ai surtout de très grands souvenirs avec lui. Pendant Hélène et les Garçons je ne l’ai pas connu personnellement, j’étais d’ailleurs assez dur à son égard. Puis quand je suis arrivé à Saint-Martin et que j’ai commencé à travailler avec lui, il m’est arrivé la même chose qu’à tout le monde : je suis tombé sous son charme. Du coup je suis devenu très tolérant vis-à-vis de lui.

Les sitcomologues : Nous de l’extérieur, on a un jugement assez dur avec Patrick Puydebat. On a pas l’impression que ce soit quelqu’un de si sympathique que ça…

Fred Beraud Dufour : Moi je pense que c’est quelqu’un de très bien et effectivement il faut le connaître pour arriver à mieux le cerner. En tant que comédien, en travaillant avec lui, mon regard a complètement changé. Je pense qu’il a du m’embobiner aussi (rires). Je ne suis pas sur que tout le monde le dira dans les mêmes termes que moi, mais je peux affirmer que c’est un garçon dont il ne faut jamais sous estimer l’intelligence. Un jour dans un épisode de LVDLA je lui ai demandé de jouer une scène d’une façon un peu particulière, un peu atypique : il a refusé, assez fermement. J’étais un peu fâché.

Une chose est sûr, Patrick ne laisse personne indifférent.
Une chose est sûr, Patrick ne laisse personne indifférent.

En fait il m’a expliqué de façon intelligente sa lecture de son personnage. Il m’a dit : « Moi ça fait des années que je vis avec ce personnage. Quand je sors du plateau, quand je sors dans la rue, je reste le Nicolas d’Hélène et les Garçons. Personne ne connaît mieux le personnage que moi et je vais t’expliquer pourquoi Nicolas ne ferait jamais ce que tu veux que je lui fasse. » Il m’a démontré qu’il avait une vraie distance et une vraie lecture de son personnage.

Je pense que lui fait partie des comédiens qui ont été enfermé dans le carcan AB et qui auraient pu faire une autre carrière. Le destin, la vie en a fait autrement. Ça révèle aussi quelque chose d’extraordinaire chez JLA, c’est sa fidélité : il doit beaucoup à Patrick qui lui rend bien. Il a cette notion rare dans ce milieu, c’est celle de famille. Moi je sais que si j’avais un problème, je pourrais venir lui en parler. On est un certain nombre dans ce cas et je pense en faire partie, comme Patrick Puydebat.

Pourquoi diable cette série a t-elle été déprogrammée aussi vite ?
Pourquoi diable cette série a t-elle été déprogrammée aussi vite ?

Les sitcomologues : Un mot sur le GREC, série culte et underground, à laquelle vous avez participé ?

Fred Beraud Dufour : Alors ça c’est ma série préférée ! J’en ai réalisé deux épisodes que je pense sans prétention être de vraies réussites. Ils avaient bien marché en terme d’audience. C’est un très bon souvenir, une très bonne expérience. Cette série m’a permis d’apprendre mon métier de réalisateur. Par exemple dans l’épisode « Balle Perdue », je n’avais jamais tourné d’épisode où quelqu’un se faisait tuer, à Paris, dans un contexte très différent de LVDLA où l’on était très peu encadré. Je regrette vraiment que cette série se soit arrêtée car il y avait vraiment des choses à faire dessus.

« L’Anthony Dupray des sitcoms ça n’existe plus, je suis quelqu’un d’autre »

Les sitcomologues : Dans cette série il y avait pas mal d’anciens d’AB, dont Anthony Dupray…

Fred Beraud Dufour : …qui a joué dans l’épisode que j’ai réalisé ! C’est quelqu’un que j’aime beaucoup. Je l’ai connu adolescent à l’époque où il était chanteur à minettes. C’était un jeune homme que je trouvais intéressant même si il n’était pas encore tout à fait adulte. Pour tout dire, quand on a fait le GREC, JLA m’a proposé Anthony. Moi j’étais pas d’accord, j’avais pas le souvenir de lui qui correspondait à ce rôle là. Anthony est venu quand même, il a fait des essais. Il m’a dit : « Fred je te jure, je vais bien m’appliquer. L’Anthony Dupray des sitcoms ça n’existe plus, je suis quelqu’un d’autre. »

Tout ce qu’il m’a dit s’est vérifié effectivement. Quand je l’ai revu dans Brigade Navarro dont j’ai monté le pilote, je me suis rendu compte qu’il avait beaucoup mûri et que c’était un garçon qui avait des possibilités. Je suis content que le GREC ait pu être le virage de sa carrière, le moment où il a pu passer à autre chose.

Les sitcomologues : C’est vrai qu’Anthony a été très marqué par son passage dans Premiers Baisers puis les Années Fac, où il a joué pendant des années son propre rôle.

Fred Beraud Dufour : Anthony c’est un personnage assez atypique dans les sitcoms, puisqu’il était à la fois un personnage de sitcoms d’Azoulay, mais il était aussi toujours encadré par Ariane. C’était son protégé, son « poulain ». Je crois que Rémy était aussi très lié à lui. Ce sont eux qui ont écrit ses chansons, ont fait faire ses clips…

Quand on vous dit qu'il a changé le père Dupray.
Quand on vous dit qu’il a changé le père Dupray.

Les sitcomologues : D’ailleurs c’est Ariane et Rémy qui ont inventé la fameuse histoire de la K7 AB ?

Fred Beraud Dufour : Je ne sais pas, moi je pense que c’est vrai.

Les sitcomologues : Vous pensez vraiment que c’est vrai cette histoire ?

Fred Beraud Dufour : Moi j’aurais tendance à dire que c’est vrai. Ça fait partie des choses disons pas impossible dans le AB de cette époque. En tout cas on m’avait présenté les choses comme ça et je n’avais pas de raison de ne pas les croire… Mais je ne peux pas affirmer quoi que ce soit (rires) !

« Je pense que dans trente ans, il y aura encore des gens qui diront : quand j’étais petit, je regardais Hélène et les Garçons »

Les sitcomologues : Après toutes ces années, JLA a-t-il encore cette énorme confiance en lui, en ses idées ?

Fred Beraud Dufour : Ah oui, absolument, et en sa capacité de convaincre les autres. J’ai eu des discussions avec lui sur ses motivations, et un jour il m’a dit : « Personnellement je ne travaille pas pour l’argent. Je pourrais m’arrêter et bien gagner ma vie sur plusieurs générations. » C’est l’amour de son métier qui le pousse à continuer ses projets. Il ne s’en vante pas, mais il travaille aussi sur des documentaires, sur des projets non mercantiles.

Les sitcomologues : Cette passion, elle se traduit par le projet fou d’IDF1 ?

Fred Beraud Dufour : Là dessus, j’ai été un peu parachuté. Il a démarré la chaîne, ça marchait pas, il y avait beaucoup de problèmes techniques. Il m’a appelé et m’a demandé de résoudre ces problèmes. J’ai accepté tout en sachant que je partirais. Je pense que j’ai tenu mes engagements, que la chaîne s’est structurée. Mais de mon point de vue cette chaîne reflète l’univers de JLA et rien d’autre. On est un peu en circuit fermé. J’ai appris beaucoup puisque c’était la première fois que je dirigeais une équipe de techniciens de cette ampleur là. C’est un de mes meilleurs souvenirs professionnels.

Ce que je regrette en tant que téléspectateur c’est qu’on est trop confiné dans l’univers AB, avec en plus des télénovelas, de la voyance qui sont des choses un peu plus mercantiles. C’est un pari un peu fou de monter une chaîne comme ça. C’est qui est dommageable pour une chaîne qui est censée avoir un point de vue régional, c’est le trop peu d’émissions comme « IDF1 Chez Vous » et l’absence d’un espace un peu plus dédié à la diversité culturelle qu’on trouve en Île-de-France. Ce n’est pas le point de vue de JLA qui veut lui une chaîne généraliste comme on l’entend du côté de chez TF1.

La bonne ambiance des débuts d'IDF1.
La bonne ambiance des débuts d’IDF1.

Les sitcomologues : Depuis que vous avez quitté IDF1 et le tournage des Mystères de l’Amour, pensez-vous que vous aurez encore un rôle à jouer dans le futur aux côtés de JLA ?

Fred Beraud Dufour : Je ne sais pas. Avec JLA on a une relation d’amitié qui est toujours intacte mais j’ai mes projets et je suis une autre voie. On verra ce que le futur nous réserve mais si JLA a besoin de mes services, il pourra toujours compter sur moi.

Les sitcomologues : Que peut-on selon vous tirer de l’épopée AB ? Les fans sont encore très nombreux, avec un revival assez fort depuis quelques années.

Fred Beraud Dufour : Déjà je trouve que les fans communiquent mieux sur le sujet que JLA Productions. Le premier site sur Dorothée qui était tenu par les fans a été le fruit d’un travail admirable. J’apprécie beaucoup votre blog qui est loin d’être un simple site de fans. J’ai été étonné d’ailleurs que le travail n’ait pas été fait en interne chez AB et JLA Productions. La première chose qui restera c’est ça : un phénomène cultuel, massif. Je pense que dans trente ans, il y aura encore des gens qui diront « quand j’étais petit, je regardais Hélène et les Garçons », comme aujourd’hui il y en a qui disent qu’ils regardaient Rintintin.

Un des gros reproches que je fais aux sitcoms AB, comme je l’a fait à IDF1, c’est qu’elles dépeignaient une France dans laquelle je ne me retrouvais pas. Une France plutôt très blanche, dans laquelle il n’y avait pas de problème d’argent, une France fictive.

Pour l'éternité.
Pour l’éternité.

Pourtant, en discutant avec ma femme qui est noire et issue de l’immigration, ainsi qu’avec son entourage, je me suis aperçu que toute la population issue de l’immigration était parmi les meilleures clientes des sitcoms AB. Moi j’avais l’impression que ces gens étaient ignorés dans cet univers alors qu’en réalité ils en étaient souvent les plus grands fans.

Je me souviens de Jamel qui citait à ses débuts Pat Le Guen dans ses sketchs. Ces gens là, pourtant jamais représentés dans ces sitcoms, étaient des clients passionnés par le phénomène. On a eu beaucoup d’échanges avec JLA sur le sujet : lui aussi son univers est proche de son enfance, des années 60 des Yéyés. Parfois j’entendais dans les sitcoms des expressions que mes parents prononçaient, voire mes grands-parents ! Il faut dire que j’étais jeune à l’époque, et que JLA ou Pat Le Guen avaient l’âge de mes parents. Pat Le Guen c’était un peu mon papa professionnel !

Les sitcomologues : Merci beaucoup pour cet entretien passionnant. On reverra les épisodes de LVDLA que vous avez cité avec un intérêt renouvelé !

Fred Beraud Dufour : Je voudrais terminer en acquiesçant sur votre article sur la sitcom l’Un contre l’Autre, avec Rochelle, qualitativement au dessus du reste selon moi. Malheureusement la série n’a pas eu le succès qu’elle aurait mérité.

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