Bernard Minet, une autobiographie de folie

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Musclé égale incompétent, ringard, blaireau : cette association d’idées doit cesser.
Bernard Minet.

Très attendue, bien que longtemps repoussée, l’autobiographie de Bernard Minet sort enfin en ce début d’année 2015. Le titre annonce d’emblée la couleur : « Ma vie de folie ». Sous ce titre qui peut prêter à sourire, se cache en réalité un souhait, celui de nous « replonger en enfance », par des « souvenirs, anecdotes et inédits du Club Dorothée ». Tout un programme.

L'autobiographie "introuvable" enfin trouvée !
L’autobiographie « introuvable » enfin trouvée !

Première remarque : le livre est relativement dense, agréable à lire et semble à première vue sérieux et rigoureux. On y trouve un sommaire, une préface de Dorothée, des témoignages de ses collaborateurs et des annexes fournies. De quoi être incollable en « Minetisme ».

Bernard Minet l’explique honnêtement dans l’ouvrage, il n’a pas de réel talent d’écrivain. Il a choisi de raconter sa vie à travers la plume d’une auteure professionnelle, une certaine Clarisse Mérigeot. Cette dernière insuffle au récit sa narration très « rock », une écriture nerveuse, incisive, poussant Minet à se dévoiler sans concession. Sa collaboratrice montre surtout une vraie estime pour l’ex-star AB et donne le sentiment de ne pas trahir sa vision des événements. En outre, plus qu’une simple rédactrice, Clarisse Mérigeot a entrepris un travail de longue haleine de journaliste. Elle a enquêté auprès de ses proches, a recherché les sources et tenté d’analyser le phénomène Minet. Là est clairement la grande force du livre, on y reviendra.

« Mes années Dorothée ont fait de moi un clown »

Bernard Minet est une figure incontournable des « années AB Productions ». Sa vie, sa gloire, ses échecs, il doit tout à Jean-Luc Azoulay. Et il le sait. Dès l’introduction, Minet se pose la question de savoir qui il est vraiment : « Je suis celui d’abord qui accompagnait Dorothée, Ariane, Jacky, Patrick et les autres : le « Minet des Musclés ». Puis il rajoute : « Ensuite, je suis celui qui jouait de la batterie à Bercy et recevait des claques à la télévision. »

Bernard "Benny Hill" Minet.
Bernard « Benny Hill » Minet.

Cette description est à la fois drôle et touchante. Bernard Minet a cette modestie de celui qui affirme n’être « rien sans Dorothée ». Toutefois, le but de ce livre est aussi de nous faire découvrir une autre facette de l’homme, celle du musicien, de l’artiste : « J’ai été chanteur, musicien, acteur. J’ai toujours essayé d’être un homme professionnellement irréprochable. » Pour se raconter, Bernard Minet a choisi de commencer par une approche chronologique classique : son enfance cht’i, sa découverte de la batterie, son arrivée à Paris, sa formation musicale, ses premières confrontations avec les musiciens, puis sa rencontre fondatrice avec Dorothée. Ces premiers chapitres sont ceux qui dépeignent la vie de Bernard, pas Minet, mais de son vrai nom Wantier. Cette partie est nécessaire car peu connue : « Peu de gens savent que je suis un vrai musicien. Mes années Dorothée ont fait de moi un clown. »

Minet jeune. Beau gosse.
Minet jeune. Beau gosse.

« Je n’ai rien à raconter qui soit dégoûtant ou choquant : aucune histoire de coucherie, aucune révélation morbide sur le monde qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Le sujet est trop important pour qu’on s’en moque à dessein »

La vie bascule pour Minet lorsqu’il doit choisir entre la vie de musicien au côté d’Aznavour et se lancer dans l’aventure AB Productions. Pour ce « choix cornélien » selon ses termes, Bernard opte pour des « revenus fixes et une certaine stabilité », loin de la vie difficile et précaire d’un musicien. L’histoire de Bernard Minet se confond dès lors avec l’ascension d’AB Productions et de son groupe emblématique, les Musclés. C’est d’ailleurs Minet lui-même qui monte en partie le groupe, parvenant à convaincre Framboisier et Rémy de le rejoindre (Réné étant déjà chez Dorothée et Eric embrigadé par Maître Gégard Salesses).

L’histoire de Minet dans la période AB est traitée dans ce livre à travers une volonté de ne pas écorner le mythe : « Le lecteur trouvera rien ici qui puisse étancher une curiosité malsaine. Je n’ai rien à raconter qui soit dégoûtant ou choquant : aucune histoire de coucherie, aucune révélation morbide sur le monde qui a fait de moi ce que je suis aujourd’hui. Le sujet est trop important pour qu’on s’en moque à dessein. » Cette démarche, qui est toute à son honneur, se révèle être en parfaite adéquation avec l’image et l’esprit que dégage Bernard Minet depuis tant d’années. Le voir cracher dans la soupe, ou pire, dézinguer ses collègues, aurait été au final décevant de sa part. De toute façon, « Monsieur Bioman » est catégorique, il restera à jamais un soldat de la cause AB : « Je défendrai toujours les valeurs que l’émission avait pour objectif de transmettre : amour, famille, courage, combativité, amitié. »

« Dorothée, c’était Lady Gaga avant Lady Gaga »

Pour Bernard, les années 90 ont été « fabuleuses ». Il ajoute à ce propos : « J’avoue avoir du mal à comprendre la fascination qu’ont quelques-uns pour les anecdotes un peu graveleuses. Il y a pourtant une histoire si belle à raconter. »

Ainsi, le mythe AB doit perdurer sous la plume de Minet. Son institution phare, le « Club Dorothée » est décrit comme une formidable machine. Au sein de la grande famille AB, tout le monde était joyeux, du simple technicien aux stars à l’écran. Les gamins étaient heureux devant leur poste de télévision, car l’émission était une source de bonheur et une ouverture sur le monde, un message de tolérance et de générosité. Une propédeutique même à la connaissance et à l’écologie selon lui ! Le livre est aussi une hagiographie de Dorothée, décrite comme une véritable sainte pour la cause des enfants. Il s’offre même une comparaison osée, même si elle possède un certain fond de vérité : « Dorothée, c’était Lady Gaga avant Lady Gaga : un personnage charismatique, indestructible, fonctionnant avec la précision de l’horlogerie suisse. »

Difficile de garder un semblant de crédibilité après ça.
Difficile de garder un semblant de crédibilité après ça.

Si Bernard Minet demeure incontestablement consensuel sur AB Productions, l’intérêt se trouve dans les nombreux témoignages qui enrichissent l’ouvrage. Ceux de Jean-Luc Azoulay ou « Dieu » comme l’appelle lui-même Minet, sont à cet égard, précieux : « Les Musclés étaient musiciens. Ils avaient une certaine cote, un passé… Il n’a pas été facile de faire d’eux des saltimbanques. Pour devenir musicien professionnel, Bernard a fait des années d’études. Brusquement, je lui ai dit : tu te dois te déguiser ! Il est normal qu’il m’ait demandé ce qui se passait ! »

« Chanter Bioman, c’était du premier degré »

Désormais cultes, les apparitions de Bernard Minet, où il était déguisé en Bioman ou en Chevaliers du Zodiac, n’étaient pas forcément évidentes au départ. Le succès quasi immédiat de Minet en chanteurs de « japonaiseries » ont fait de lui la principale victime, au côté de Dorothée, des critiques de l’intelligentsia et d’une certaine Ségolène Royal, toujours honnie : « On m’a beaucoup reproché d’avoir mis trop de cœur à l’ouvrage. Habillé en Bioman, je chantais avec conviction. Je ne vais pas le cacher. Tout cela était du premier degré, évidemment. »

Car Minet est un type qui, selon ses termes, « ne badine pas avec l’enfance » : « J’avais conscience de mon personnage, de mon allure et de mes postures. Je chantais pour les enfants. Ils me voyaient en héros et je devais plaire. C’est tout ce qui comptait. » C’est cette honnêteté qui a été sans doute le facteur premier de la réussite de Bernard Minet vis-à-vis des petits garçons amateurs de chevaliers casqués, même si JLA souligne aussi qu’il plaisait aussi aux (jeunes) filles : « C’était un peu le Justin Bieber de l’époque ! Il était mignon, il n’était pas trop grand. Il était sympathique et abordable. Surtout, Minet chantait bien. Chez les Musclés, c’était lui qui chantait le mieux. Framboisier chantait comme une casserole, Eric était trop lyrique. »

Air keytar hero.
Air keytar hero.

« Nos chansons étaient toujours bien blaireau, bien paysan. Le saucisson était notre marque de fabrique, toutes nos vies »

La plus grande réussite de Minet au sein d’AB est toutefois collective, au sein du groupe de « rock » accompagnant Dorothée, les légendaires Musclés. Minet est le batteur attitré de cette formation, très vite qualifiée de beaufs quand elle se lance dans une folle carrière musicale sous l’égide de Jean-Luc Azoulay. En effet le producteur, à travers ses musiciens, se lâche pour en faire un groupe franchouillard, dans la lignée de Licence IV. Minet n’esquive pas le sujet : « Nos chansons étaient toujours [dans le style]bien blaireau, bien paysan. Le saucisson était notre marque de fabrique, toutes nos vies. » Minet révèle alors que le groupe était parfois las de ces thèmes sans cesses recyclés, et se souvient de Framboisier suppliant son producteur : « Allez, Jean-Luc… Arrête le saucisson ! Laisse la petite Germaine tranquille ! »

Interrogé par Clarisse Mérigeot dans le cadre de la biographie de Minet, Framboisier (dont c’est malheureusement le dernier témoignage) résume le paradoxe des Musclés, groupe dans lequel régnait une excellente ambiance mais qui, artistiquement, ne convenait pas aux musiciens, ouvertement manipulés : « Tout était fait à la dernière minute. Nous nous retrouvions en studio avec un texte plein de sous-entendus… Quand on se plaignait à Azoulay, il répondait de manière à nous faire passer pour des rabat-joie. Le producteur avait toujours le dernier mot. Au final, les Musclés obéissaient. Et Jean-Luc était le seul à se marrer. »

« En tournée, nous étions du genre à mettre du dentifrice dans les chaussures de nos amis »

Pour Minet, les Musclés restent avant tout liés à une fantastique époque, bien plus « rock and roll » qu’on ne pourrait le croire : « Le côté acidulé des chansons et les saucissonades dont parle Eric avec mépris ont contribué à véhiculer l’image d’un groupe de beaufs, de médiocres et de niais. Nous étions pourtant loin de la mièvrerie qu’on nous a prêtée. Les gens n’ont pas envisagé la possibilité que nous puissions être pleins de fantaisie, prêts à tout pour nous détendre, nous épanouir et nous divertir. » Sans être les Who ou les Sex Pistols, les cinq musiciens ont pris beaucoup de plaisir lors des tournées, et ont aussi bien profité : « Les Musclés c’était en fait les pieds au plafond, et la culotte sur la tête ! Marie Brizard, vodka, whisky… »

Potaches, les Musclés l’étaient assurément, s’amusant de farces (« en tournée, nous étions du genre à mettre du dentifrice dans les chaussures de nos amis », s’amuse JLA) et blagues douteuses comme la fausse accusation (avec la complicité de la gendarmerie!) contre Framboisier vis-à-vis d’une groupie.

Les Musclés ont-ils fait aussi le "jeu du Front National" ?
Les Musclés ont-ils fait aussi le « jeu du Front National » ?

« Minet avoue tout de même avoir été parfois trop loin, comme lors d’un concert à Aurillac, dans lequel il s’amusa à changer les paroles des Chevaliers du Zodiac en Les Charcutiers d’Aurillac« 

Minet avoue tout de même avoir été parfois trop loin, comme lors d’un concert à Aurillac, dans lequel il s’amusa à changer les paroles des Chevaliers du Zodiac en « Les Charcutiers d’Aurillac ». Cette vanne provoqua en effet une colère incroyable de JLA : « Tu es nul ! Nul, nul, nul ! Tu devrais avoir honte : je n’ai jamais vu un chanteur aussi mauvais ! » Une gueulante mémorable que Richard Lornac explique bien, non sans ironie : « Azoulay ne supportait pas. Pour lui, c’était un sacrilège : on ne pouvait pas trahir comme ça son œuvre ! Jean-Luc était persuadé de faire de la grande musique, avec de grands textes. »

On aura tout fait à ce pauvre Minet. Tout.
On aura tout fait à ce pauvre Minet. Tout.

Enfin, le rôle de Bernard dans la sitcom des Musclés est bien entendu évoqué. Conscient de ses lacunes en tant que néo-comédien, Bernard confie avoir appris ce qu’était une sitcom à l’époque, et déclare avoir considéré Tony Danza comme modèle. Sur les tournages, le rythme est épuisant, les épisodes défilent, comme les comédiens et comédiennes, dont certains seront plus tard des vedettes. Minet évoque avec une légère amertume certains cas, ceux qui n’ont pas assumé, comme une certaine Ophélie Winter.

« Je ne suis pas paranoïaque, les gens riaient »

La deuxième partie du livre s’achève avec la fin du Club Dorothée, synonyme de disparition pour Bernard Minet des écrans de télévision : « Je n’ai pas trop souffert de la fin du Club Dorothée. J’ai vécu une séparation par consentement mutuel, j’étais préparé. » Minet a beau être résigné, sa nouvelle vie se révèle être vite compliquée. Minet se sent alors ostracisé par la profession, mais aussi par tout un tas de personne : « On ne nous voit plus à la télé ! Derrière cette exclamation tant de fois répétée, j’ai senti une réjouissance curieuse, proche du consentement sadique. « Personne ne dure », lisais-je sur les lèvres. Peu importante combien d’heures on nous avait regardés. « Bien fait pour lui ! » semblait-on penser. Je ne suis pas paranoïaque. Les gens se cachaient derrière de fausses amabilités, ils riaient. »

Le spleen post-AB de Minet.
Le spleen post-AB de Minet.

L’époque est dure à la fin des années 90, quand la parenthèse enchantée d’AB Productions s’achève brutalement. Bernard Minet est en première ligne, son nom, son visage, sa musique, sont entièrement associés aux années AB, époque désormais ringarde et conspuée. Si Minet admet avoir gardé de l’argent de côté, il n’a cependant pas tenté de profiter du système.

Sans revenus des Assedic, il lui faut travailler et gagner de l’argent. Il tente alors en précurseur l’aventure du web, avec des projets complètement ratés qu’il ne cache pas : un concept plat sur la « Zen attitude », et surtout un site permettant de chatter avec le Père Noël en webcam ! Autant d’idées farfelues que d’échecs. Pire, Minet constate l’impossibilité d’un retour à la musique. Sa belle gueule ne passe plus. Tentant un vague retour dans l’électro, il est trahi par un jeune Dj. Dépassé, il n’est visiblement plus en phase avec les nouveaux codes de la profession, loin du cocon d’AB Productions.

Depuis la fin AB, Minet est resté dans son univers.
Depuis la fin AB, Minet est resté dans son univers.

« La communauté gay a changé ma vie. Le Queen a été pour moi un événement clé ! Si Dieu m’avait abandonné, c’est là qu’il m’a rattrapé »

Un événement va toutefois marquer la carrière de Bernard Minet : un appel téléphonique du Queen, la fameuse discothèque de Paris. Au début de l’année 2000, est proposé à Bernard Minet de chanter ses tubes lors d’une soirée gay, à l’instar de ce que fait Chantal Goya. Et aussi incroyable à l’époque que ça puisse paraître, ça marche : « La communauté gay a changé ma vie (…) Le Queen a été pour moi un événement clé ! Si Dieu m’avait abandonné, c’est là qu’il m’a rattrapé. » Plus qu’un simple retour, c’est une véritable résurrection pour Minet, qui va dorénavant surfer sur la vague de la nostalgie des 90’s : « La communauté a redonné à ma vie d’artiste l’éclat qui lui manquait. Elle a redonné de l’intensité à ma voix quand je m’imaginais réduit au silence à jamais. »

Heureusement que les gays sont là, hein.
Heureusement que les gays ont été là pour sauver une telle carrière, hein.

Le public de Bernard Minet a en effet grandi, mais n’a pas oublié. Il a envie de s’éclater en boite de nuit sur les chansons de l’époque de Dorothée. Pour Minet, c’est l’occasion d’établir un vrai business. Dans son livre, il s’amuse à narrer ses folles et potaches soirées étudiantes (comme la mythique « raie d’honneur »), dans lesquelles l’élite française, ivre, s’éclate devant ses prestations scéniques. En outre, Minet a réussi à attirer quelques fans. Des fidèles qui travaillent pour lui, l’aident dans ses projets et le protègent.

Confessions intimes

Toutefois, le relatif nouveau succès de Minet n’empêche pas les difficultés et les moqueries. Le fameux « Confessions intimes », dans lequel Minet participé comme tant d’autres stars sur le retour, est longuement relayé dans le livre. Cruelle mise en scène, qui a fait longtemps de lui aux yeux du public une sorte de ringard-dépressif-suicidaire. Pas rancunier, Minet n’en veut pas au producteur de l’émission, Julien Courbet, qui l’a par ailleurs soutenu musicalement avec une compilation Bioman.

Minet fait de temps en temps des "passages" dans les Mystères de l'Amour. Les années passent mais le personnage lui n'a pas changé...
Minet fait de temps en temps des « passages » dans les Mystères de l’Amour. Les années passent mais le personnage lui n’a pas changé…

« Pour moi, c’était le plus coquin des Musclés, mais comme je suis une fille qui a de l’autorité, il ne m’a jamais vraiment importunée. Oh, je ne dirais pas qu’il n’a pas essayé ; mais avec moi, il s’est toujours bien comporté »

Encore aujourd’hui, la vie de Bernard Minet tourne sans cesse entre cette vague bon enfant de pure nostalgie, et la simple raillerie. C’est d’autant plus vrai que Minet, contrairement à nombre de ses anciens collègues, n’abdique pas et est fier de surfer sur ses succès d’antan. La mort de René a été à ce sujet une douloureuse expérience à double titre pour lui : avant tout la perte d’un proche, mais aussi les sarcasmes qui ont suivi l’annonce du décès, comme ceux de Marc-Olivier Fogiel et son acolyte Guy Carlier. Difficile sur ce point de ne pas être en phase avec Minet, qui se permet à juste titre une demande d’excuses officielles. Car on a beau être un « Musclé », on mérite le respect. Et surtout, René était un grand musicien. L’étiquette AB a encore de beaux jours devant elle.

Plus que "coquin", Minet était vraiment hot.
Plus que « coquin », Minet était vraiment hot.

Il est impossible d’achever cette chronique de la « Vie de folie » sans en saisir l’essentiel, à savoir ce qu’on peut retenir de la personnalité de Bernard Minet. Ce qui revient en premier lieu, c’est son humour, un farceur à l’esprit potache. A cet égard, son remix samplant le commentateur Thierry Roland, « Il suffit de deux excités », tient du génie. Cet humour, on peut le voir dans les deux sitcoms des Musclés, Salut les Musclés et la Croisière Foll’Amour. Babsie Steiger, qui jouait l’extraterrestre Hilguegue et qui a dû supporter la bande à plein temps, semble avoir réellement apprécié la personnalité de Bernard : « Pour moi, c’était le plus coquin des Musclés, mais comme je suis une fille qui a de l’autorité, il ne m’a jamais vraiment importunée. Oh, je ne dirais pas qu’il n’a pas essayé ; mais avec moi, il s’est toujours bien comporté. »

« Minet c’est un personnage fidèle, droit, moral »

Un autre point sur lequel le livre revient souvent, c’est le caractère parfois difficile de Bernard. Très attaché à son apparence, il a une constante envie de plaire. Son vice est sa coupe de cheveux. Encore une fois, Babsie se souvient : « Il était très susceptible. Avec lui, il fallait faire attention à ce qu’on disait. Il était sensible à son apparence physique, à sa coiffure notamment : il ne fallait pas qu’un seul poil dépasse ! »

Minet et son mulet, pou vous servir.
Minet et son mulet, pour vous servir.

Cette coupe, le fameux « mulet », était et est encore une fierté pour Minet, heureux d’être à jamais classé dans les tops aux côtés des plus grands, comme le joueur de foot Chris Waddle. JLA confirme dans ce sens, effrayé à l’époque par la passion des brushings que Minet a fini par transmettre au reste du groupe. Lui aussi voit Minet, ou « Nardminet » comme il l’aimait l’appeler, comme un mec « susceptible et râleur. » Il ajoute qu’un complexe de taille pesait sur lui : « Bernard portait des chaussures avec de petites talonnettes. Elles ne lui faisaient gagner que deux ou trois centimètres, mais c’était important dans sa tête. » Enfin, Dorothée va dans ce sens comme elle le dit dans sa préface : « Je dirais qu’il souffre d’une susceptibilité un peu féminine. »

Minet a encore des fans, et ça c'est beau.
Minet a encore des fans, et ça c’est beau.

« Un jour, on a eu un gros problème, parce que justement, en tant que « sous-chef », Minet voulait être payé davantage. Minet c’est un personnage fidèle, droit, moral. Il n’a pas demandé de l’argent pour l’argent, mais pour faire respecter son droit. Je lui ai donné 50 francs de plus, il était content »

Enfin ce qui ressort de sa personnalité dans ce livre, c’est son attitude d’écorché vif. Bernard est un leader, mais avant tout un artiste qui doute. Babsie le dit très justement : « Il était aussi très angoissé. Il s’arrachait les peaux des ongles et je lui disais toujours d’arrêter. En fait, comme beaucoup d’artistes, c’était par manque de confiance. » JLA se remémore une anecdote révélatrice de ce qu’était Minet, à savoir une grande gueule mais un mec loyal au final : « On avait un chef d’orchestre, Gérard Salesses. Gérard n’était pas toujours là. On avait donc nommé Bernard « sous-chef ». Un jour, on a eu un gros problème, parce que justement, en tant que « sous-chef », Minet voulait être payé davantage. Minet c’est un personnage fidèle, droit, moral. Il n’a pas demandé de l’argent pour l’argent, mais pour faire respecter son droit. Je lui ai donné 50 francs de plus, il était content. »

Beaucoup ont chié sur Minet, mais lui est toujours là.
Beaucoup ont chié sur Minet, mais lui est toujours là.

Bernard Minet a eu ainsi la bonne idée de nous faire partager sa « vie de folie ». Dans une démarche résolument honnête, sans volonté d’en rajouter, Minet nous raconte son bonheur d’avoir participé à la folle époque du Club Dorothée, sans prétention, mais en tenant à montrer qu’il n’est pas le portrait du personnage pathétique et sans talent qu’on a trop souvent fait de lui.

Son analyse du phénomène Dorothée reste néanmoins assez limitée, du fait de l’absence d’une vraie réflexion dépassant la simple nostalgie et l’auto-admiration chère à certains anciens d’AB. Minet a certainement bien compris que là était son intérêt, à savoir que le mythe perdure. Certains trouveront ça triste, mais quand on mesure le chemin parcouru, le voir assumer et assurer son rôle d’éternel héros des enfants, on ne peut qu’avoir une certaine admiration pour l’homme.

DiscussionUn commentaire

  1. Aveu inattendu de Jean-Luc Azoulay : « Minet chantait bien. Chez les Musclés, c’était lui qui chantait le mieux. Framboisier chantait comme une casserole, Eric était trop lyrique. » C’est pourtant le même Jean-Luc Azoulay qui a fait de Framboisier le chanteur des Musclés, non ?

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