La « cri-crise » de racisme de Christian dans Hélène et les Garçons

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La sitcom Hélène et les Garçons et son casting 100 % blanc sort un peu du lot quand apparaît le personnage de Kanu, interprété par le très beau néo-comédien Kanu Muringi, alors mannequin pour Benetton.

Enfin un noir dans une sitcom AB (!), même si on doit rapidement constater qu’il n’est pas français mais américain (le comédien est quant à lui du Zimbabwe, parti vivre son american dream à New-York avant de se retrouver en France).

Episode historique quand débarque Kanu, un étranger et surtout, un Noir !
Épisode historique quand débarque Kanu, un étranger et surtout, un Noir !

L’introduction de ce personnage par le biais de Johanna (le groupe cherchait alors un bassiste, mais a entre-temps trouvé le remplaçant d’Étienne en la personne de Sébastien) permet pour la première fois de confronter directement une culture différente au groupe de rock des garçons composé à ce moment de quatre babtous fragiles : Nico, José, Séb et le Cri-cri d’amour.

L’arrivée inattendue de Kanu au garage provoque ainsi un véritable séisme, d’autant plus qu’il apporte avec lui son instrument fétiche, des congas, et non une basse.

« Jaloux de ce type-là moi ? »

Comme son interprète, Kanu ne maîtrise pas le français et s’exprime en anglais. Devant les apprentis rockers, il tente une première forme de communication : « Miousic, miousic ? » José est le premier à allumer son cerveau : « Ah je crois qu’il veut jouer avec nous. » Nicolas est partant, tandis que le Cri-cri d’amour se montre immédiatement distant avec cet inconnu, qui présente le double défaut de ne pas parler français et surtout d’être une connaissance de sa copine Johanna.

Finalement tout ce beau monde entame un premier bœuf, un blues-rock qui plaît particulièrement à Nico et José.

"Miouzic, miouzic ?"
« Miouzic, miouzic ? »

« Couchez, tu vois pas qu’on parle »

Certes, on entend pas vraiment les congas de Kanu, mais Nico trouve que Kanu apporte un « feeling qu’on avait pas avant. » C’en est trop pour le Cri-cri qui refuse de jouer de la batterie au côté de cet étranger. Pour ses amis, le Cri-cri est tout simplement jaloux de Kanu, ce qu’il dément de manière véhémente : « Jaloux de ce type-là moi ? »

En outre, le Cri-cri se montre très agressif, plus que d’habitude quand il s’adresse à Kanu : « Couchez, tu vois pas qu’on parle ?! »

Kanu apporte un groove que n'avait pas le groupe avant, dixit le babtou Nicolas.
Kanu apporte un groove que n’avait pas le groupe avant, dixit le babtou Nicolas.

« No music… no congas… no percussions… no congas on rock’n’roll ! Rock’n’roll no congas, that’s all ! »

Vexé de ne pas comprendre l’anglais alors qu’il prétend être bilingue (selon Cri-cri, Kanu a un « accent » incompréhensible alors qu’ils apprennent qu’il vient directement de New York City !), le Cri-cri développe une étrange théorie sur le rock’n’roll. Selon lui, les congas n’ont tout simplement pas de place dans ce style de musique, ce qu’il tente d’exprimer dans un franglais ridicule : « No music… no congas… no percussions… no congas on rock’n’roll ! Rock’n’roll no congas, that’s all ! »

Si José tente tant bien que mal de détendre l’atmosphère (« oula sans comprendre l’anglais, je crois qu’on s’approche d’un grand conflit culturel »), le Cri-Cri en remet une couche en affichant tout son mépris pour Kanu : « Mais je suis très poli avec lui. Regardez, il a l’air content hein hein. »

« Pour la première fois, un héros de sitcom semble avoir une attitude politiquement incorrecte, pour ne pas dire ouvertement raciste »

Seul le Cri-cri d'amour ne manifeste pas sa joie de jouer avec "ce type".
Seul le Cri-cri d’amour ne manifeste pas sa joie de se retrouver à jouer avec « ce type ».
Sous la pression de ses petits camarades, Christian accepte dans un premier temps de faire la paix avec Kanu.
Sous la pression de ses petits camarades, Christian accepte dans un premier temps de faire la paix avec Kanu.

La scène a beau être ponctuée des habituels rires enregistrés, on ressent vite une sorte de malaise quant au comportement de Christian. Pour la première fois, un héros de sitcom semble avoir une attitude politiquement incorrecte, pour ne pas dire ouvertement raciste.

Cette sensation se confirme dans la suite de l’épisode.

« Je retire que tu es raciste si tu arrêtes de dire ce genre de type en parlant de Kanu, et de laisser sous-entendre qu’il descend de son cocotier »

On retrouve Sébastien affolé à la cafète, expliquant aux filles que Christian s’est battu avec Kanu. De retour au garage, on découvre Nico, José et Cricri en plein débat sur l’apport du groove de Kanu au groupe. L’intégralité du dialogue de la scène mérite toute notre l’attention, car c’est la seule et unique fois que le sujet du racisme est frontalement abordé dans la sitcom.

C'est la panique dans la bande : Christian s'est battu avec Kanu. But why ?
C’est la panique dans la bande : Christian s’est battu avec Kanu. But why ?

L’ambiance entre les protagonistes est alors ultra-tendue, les dialogues toujours rythmés par des rires enregistrés qu’il aurait sûrement été de meilleur de goût de ne pas rajouter à cette séquence inédite :

Cri-cri d’amour : – Tu veux que je te dise Nico, ce genre de balancement, ce genre de feeling, ça ne met pas en valeur notre musique, ça la détruit. Moi j’ai des oreilles, je me laisse pas impressionner par de la frime ou un accent new-yorkais (…) Et puis ce genre de type, ça peut pas comprendre notre musique, ça fait du bruit, ça prend du plaisir, ça se met à danser…
José : – Arrête Christian, je vais finir par croire que t’es raciste !
Cri-cri : – QUOI ??? RACISTE MOI RACISTE ?! José je te préviens t’as intérêt de retirer ce que tu viens de dire immédiatement.
José : – Je le retire si tu arrêtes de dire « ce genre de type » en parlant de Kanu, et de laisser sous-entendre qu’il descend de son cocotier.
Cri-cri : – Moi j’ai dit ça ?
Nico : – Tu sais Christian j’ai un peu compris la même chose.
Cri-cri : – Oh j’suis désolé, excusez-moi.
José : – C’est pas auprès de nous qu’il faut t’excuser, c’est auprès de Kanu.
Cri-cri : – Vous croyez que c’est ce qu’il a compris ?
Nico : – Tu sais Christian, ton attitude était parfois vraiment limite.
Cri-cri : – Ouais d’accord, bon je vais m’excuser pour ça. Mais qu’il dise plus jamais que je joue comme un français.
José : – (rires) T’es vraiment trop Christian. Et c’est pour ça qu’on t’aime. J’espère que Sébastien a pu arrêter Kanu avant qu’il prévienne son ambassade qu’il était tombé chez les fous ! (hilarité générale)

Voilà ce qui est sans conteste l’une des plus surréalistes scènes d’Hélène et les garçons, à ranger aux côtés de l’affaire du space cake d’Hélène et de la mythique baston à coups de battes de base-ball. Le Cri-cri d’amour affiche tout son mépris… pour ce qu’il nomme « ce genre de type », c’est-à-dire Kanu et ses pairs, les noirs.

Pire encore, il accumule tous les clichés racistes du genre : le noir danse, chante, fait du bruit… aurait-il pu aussi parler des « odeurs » tant qu’à faire, comme l’avait fait peu avant Jacques Chirac dans son tristement Discours d’Orléans en juin 1991 ? Heureusement, José – et dans une moindre mesure Nicolas – sont outrés par l’attitude et les propos de leur pote.

Manifestement, il ne vaut mieux pas insinuer que le Cri-cri est raciste. S'il agresse le noir, c'est qu'il a été traité de musicien français. Bien sur...
Manifestement, il ne vaut mieux pas insinuer que le Cri-cri est raciste. S’il agresse le noir, c’est qu’il a été traité de musicien français. Bien sur…

« Jusqu’à preuve du contraire, on est Français, alors si on nous dit qu’on joue comme des Français, on peut vraiment considérer ça comme une insulte… »

Il suffira néanmoins à Christian de s’excuser piteusement et d’expliquer qu’il a été avant tout vexé pour avoir traité de « french musician » pour que ça passe. Car Christian n’est pas raciste et semble prêt à cogner José s’il ose répéter une telle insinuation…

Nico aura un avis très personnel sur cet affront : « Jusqu’à preuve du contraire, on est Français, alors si on nous dit qu’on joue comme des Français, on peut vraiment considérer ça comme une insulte… »

Histoire de dédramatiser, on achève l'épisode avec la révélation tant attendue : oui, le Cri-cri d'amour est un homme jaloux.
Histoire de dédramatiser, on achève l’épisode avec la révélation tant attendue : oui, le Cri-cri d’amour est jaloux.

Enfin, histoire de définitivement dédramatiser la scène et ne pas écorner l’image du Cri-cri d’amour auprès du public, on finit par comprendre que cette crise n’est pas provoquée par un supposé racisme, mais par sa jalousie maladive et un complexe d’infériorité.

Le Cri-cri finit ainsi par confier à sa petite amie Johanna qu’il se sent petit et trop franchouillard, comparé à cet américain « grand et fort » selon ses propres termes.

Ravie d’entendre enfin son Cri-cri d’amour avouer enfin ses sentiments, Johanna peut exulter. Plus jamais on n’entendra de remarques à caractère raciste vis-à-vis de Kanu, qui sortira un temps avec Nathalie avant de disparaître de la sitcom.

Quant au comédien, sa trace été retrouvée depuis quelques années. S’il n’a presque pas changé physiquement, l’ex interprète du beau Kanu a effectué une drôle de reconversion puisqu’il est devenu coiffeur dans la rue. Un boulot de dingue pour un garçon plutôt barge et absolument sympathique.

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