Le retour à la dure réalité pour les stars AB : le « Ça se discute » de 2006

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Les orgueilleux ne laissent pas de gloire derrière eux.
William Shakespeare.

Dix ans après avoir invité Jean-Luc Azoulay et ses « stars AB », Jean-Luc Delarue remet le couvert en 2006. Cette fois, le sujet est plus large : « Y a-t-il une vie après la célébrité ? » Pour ce débat de haute volée, l’animateur invite une fois de plus des idoles d’AB Productions, en compagnie d’autres gloires des années 80 et 90. L’heure est au bilan de ces folles années qui vont vu l’émergence d’idoles qui n’ont pas pu franchir le cap du XXI° siècle.

« Vous allez faire des retrouvailles. Vous les connaissez tous mais vous ne les avez pas vu depuis longtemps. Ils nous ont marqué. Ils nous ont manqué et vous êtes nombreux à nous demander ce qu’ils sont devenus. »

Voilà comment Jean-Luc Delarue introduit son talk. Friand de ce type de parcours télévisuels fait de hauts et (surtout) de bas, l’animateur semble apprécier sans modération la lose propre à AB Productions. « JLD » réussit le tour de force de ramener les principaux membres d’Hélène et les Garçons (à la notable exception d’Hélène Rollès), ainsi qu’une flopée de personnalités estampillées AB : Magalie Madison, Corbier, Camille Raymond, Fabien Remblier et Mallaury Nataf. Histoire d’élargir le débat, l’émission intègre d’autres « stars » ringardes : des boys band (Steven, Gérald), des animatrices Véronika Loubry et Sophie Tallman, ainsi que des vedettes dites old school comme Gérard Lenormand et cette bonne vieille Jeanne Mas, venue à cette occasion exiler sa peur et réclamer un peu de tendresse

« Il faut éclaircir un peu l’opinion publique sur ce métier, surtout pour les gens qui viennent des sitcoms. Notre époque, elle est complètement sur le tube et pas sur la carrière »

Dominique Besnehard en maître de cérémonie d'une émission consacré aux losers du métier.
Dominique Besnehard en maître de cérémonie d’une émission consacré aux losers du métier.

Comme à son habitude, l’émission est pilotée par un invité censé éclairer le débat. Cette fois, c’est le producteur Dominique Besnehard qui s’y colle. Alors qu’en 1997 Delarue avait confié les clés du débat au tandem « anti-AB » Bruno Solo & Yvan Le Bolloc’h, Besnehard se montre davantage bienveillant envers les « losers » d’AB : « Il faut éclaircir un peu l’opinion publique sur ce métier qui quelques fois, paraît facile. C’est un métier difficile, surtout pour les gens qui viennent du sitcom. Parce qu’au cinéma, quand on a la chance de démarrer fort, on sent que la carrière existe. Dans le sitcom, ou même dans la chanson, on peut faire un tube, et ne pas faire de carrière. Et notre époque, elle est complètement sur le tube et pas sur la carrière. »

La mythique amitié de la bande à Hélène, jamais démentie, même dans les pires moments.
La mythique amitié de la bande à Hélène, jamais démentie, même dans les pires moments.

Commence alors une longue litanie des ex-stars AB. Au programme : étiquette AB, impôts et galères en tout genre. C’est la bande d’Hélène et les Garçons qui ouvre rapidement les hostilités. Dans un petit reportage, on voit pour la première fois la fine équipe réunie depuis la fin des Vacances de l’Amour. Patrick, Johanna, Béné et José se serrent littéralement les coudes, et… se plaignent. Plus de boulot, plus d’appel, plus rien. Voilà où en sont les comédiens de la sitcom phare des années 90. Autant dire que ce soir-là, toute une génération redécouvre ses vieilles idoles de jeunesse. Et c’est pas très beau à voir.

« Ça me dérange pas qu’on m’appelle encore Nicolas. D’ailleurs je connais pas moi-même les prénoms des comédiens de Friends »

Patrick goguenard pour son grand retour à la télé. Quant à Johanna, la discours n'a pas changé depuis son passage dans la même émission en 1997...
Patrick goguenard pour son grand retour à la télé. Quant à Johanna, la discours n’a pas changé depuis son passage dans la même émission en 1997…

De retour sur le plateau, Patrick Puydebat se présente comme le porte-parole des ex-Hélène. A l’image, il paraît usé et las de devoir expliquer sa traversée du désert. Pire, quand Patrick se voit à l’écran au sein du reportage de l’équipe de « Ça se discute », tentant maladroitement de raconter ses déboires en compagnie de son pote Igor Butler (ex-Seconde B), il ne peut que constater son incapacité à articuler correctement devant une caméra (un comble pour un comédien). Mais Patrick a de l’humour et beaucoup de recul. Il joue ainsi sans rechigner au jeu des questions faussement naïves de Delarue : « Non, ça ne me dérange pas qu’on m’appelle encore Nicolas. D’ailleurs je connais pas moi-même les prénoms des comédiens de Friends. » Patrick confirme aussi avoir eu la grosse tête dans les grandes années AB, mais aussi avoir claqué tout son fric. Enfin, après avoir répété une énième fois l’anecdote de la cuite prise la veille de son casting pour le rôle de Nicolas, Patrick prend la peine de préciser qu’il a accepté l’aventure pour une seule et unique raison : « J’ai signé pour 50 épisodes, pour en gros 200 000 balles. » On comprend ainsi qu’il soit resté chez AB par la suite.

Patrick se rend progressivement compte que cette émission est merdique.
Patrick se rend progressivement compte que cette émission est merdique.

Sans aucun doute le plus caustique des invités, Philippe Vasseur raconte à son tour sa vie ratée d’ex-AB. On découvre à cette occasion qu’il a abandonné toute perspective de carrière de comédien. Il est ainsi retourné à ses premiers amour, la déco. Il rappelle en effet que l’étiquette AB a plombé ses ambitions professionnelles, à l’instar de tous ses petits camarades : « Ce qui était vraiment bizarre, c’est que mon C.V de comédien – quand même, je l’étais un petit peu – que j’envoyais avec des photos à des boites de prod, partait directement à la figuration. Donc ça foutait un peu les boules. »

« Il fallait un petit peu se faire oublier comme on me le conseillait, forcément les voix c’était idéal »

Grâce à Sébastien, on apprend qu’un comédien de sitcom peut choisir de faire du doublage histoire de se « faire oublier »…

Assis à côté de « José », Sébastien Courivaud fait pour sa part ostensiblement la gueule. Contrairement à son ancien camarade, l’ex-bassiste des Garçons est resté dans le milieu. Mais pour justifier son manque d’activité, Sébastien tente de nous faire croire que sa disparition des radars après la chute des sitcoms a été en quelque sorte volontaire : « Au départ à partir du moment où il fallait un petit peu se « faire oublier » comme on me le conseillait, forcément les voix c’était idéal parce que oui, on me voyait pas (sic). Mais faut faire attention à ne pas trop se faire oublier non plus parce que à vouloir se faire oublier on peut totalement disparaître. » Seb aurait donc choisi par sa propre volonté de faire du doublage pour effacer discrètement son « étiquette AB » ! On croit rêver.

Le pauvre Seb subit en outre une remarque perfide de Delarue, qui lui rappelle malicieusement que l’étiquette AB était encore plus collée au front de sa gueule, puisque son personnage avait le même prénom que lui. Seb fronce alors les sourcils, et explique que « ça, c’est le truc un peu compliqué sur tant d’épisodes tournés. Il ne faut pas se prendre de vue soi, bien garder en tête qu’on est comédien, qu’on fait son métier de comédien avant tout. » On espère en effet que tout le monde avait bien fini par comprendre ça chez AB.

« Vous vous trouviez bon dans la série ?
A chier. »

Le niveau des comédiens d’AB, voilà l’autre sujet qui fâche au sein même de l’équipe des ex-Hélène. Si Johanna et Philippe admettent sans honte qu’ils étaient nuls, Sébastien ne semble pas partager cet avis. C’est en tout cas ce qu’on devine en voyant son visage se décomposer au moment où Philippe Vasseur décide de se « lâcher » au micro :

Visiblement, Sébastien est le seul à ne pas s'être trouvé "à chier" à l'époque d'AB...!
Visiblement, Sébastien est le seul à ne pas s’être trouvé « à chier » à l’époque d’AB…!

Jean-Luc Delarue : – « Vous vous trouviez bon dans la série ?
Philippe Vasseur : – A chier.
JLD : – Ah ça c’est cash.
PV : – Ah oui c’est cash. (applaudissements du public) Je sais pas comment je dois prendre ces applaudissements. Ca veut dire que j’ai raison merci beaucoup (rires)
JLD : – Non ! C’est pour la sincérité (Menteur, ndlr). Ah l’époque, vous vous trouviez mauvais ?
PV : – Ah mais je me trouve toujours maintenant.
JLD : – Et vous arriviez à bien le vivre ? Je veux dire, à assumer tout ça ?
PV : – Ah mais très bien, moi j’étais très content, je gagnais très bien ma vie, avec les filles c’était génial, tu rentres en boite de nuit comme chez toi, c’était fantastique, voilà. »

« Il y avait un espèce de racisme envers AB à cette époque qui était lourd »

Mais Philippe Vasseur redevient plus sérieux sur cette fameuse histoire d’étiquette AB qui pèse dans le milieu de la production hexagonale : « Dans les castings, on entend de tout. Cette espèce de jalousie, il y avait un espèce de racisme envers AB à cette époque qui était lourd. »

Besnehard dit être le seul à avoir cru en Hélène dans le métier.
Besnehard dit être le seul à avoir cru en Hélène dans le métier.

Le terme de « racisme » fait alors sursauter l’assistance. Est-ce vraiment raisonnable d’utiliser un tel vocabulaire pour le cas de ces comédiens ? Dominique Besnehard préfère pour sa part parler de « sectarisme » vis-à-vis des stars AB, puis se lance dans un vibrant hommage à Hélène : « Moi je me souviens je venais juste d’être agent et les castings ne regardaient jamais Hélène et les Garçons. Ils ont même jamais eu la curiosité de le regarder en se disant que peut-être il y a des gens biens. C’était quelque chose à part. Quand on voit qu’en Amérique toutes les vedettes actuelles du cinéma viennent du sitcom. A l’époque, Philippe a raison, c’était peut-être pas du racisme mais du sectarisme. Ils font pas la même métier. Et quand j’ai rencontré Hélène Rollès dans des difficultés, dans une vraie précarité, j’ai fait des essais avec elle. Et elle était formidable. Mais à l’époque, quand on allait parler d’Hélène Rollès à des maisons de productions et à des diffuseurs, c’était : « Ah non c’est pas possible ». Même pas la curiosité de donner une seconde chance. »

« J’ai acheté une maison aussi, j’ai pas fait que des conneries. Enfin j’ai du la revendre… eh oui les impôts »

Magalie a le mérite d'être la seule à n'avoir pas fait la gueule ce soir-là.
Magalie a au moins le mérite de ne pas avoir fait la gueule ce soir-là.

Plus optimiste, Magalie Madison, la désormais légendaire interprète d’Annette de Premiers Baisers, revient à son tour sur son expérience. La blondinette détonne puisqu’elle ne semble retenir que le positif. Souriante et heureuse de revoir après tant d’années ses anciens collègues (Camille et Fabien), elle tient à préciser qu’elle a continué à tourner (au côté notamment du mythique réalisateur Jean Rollin, une des figures majeures de l’univers Nanarland). Quant au fil rouge de l’émission – le pognon – Magalie admet à son tour avoir « tout craqué. » A l’instar de ses anciens collègues, elle n’a en effet pas vu venir l’inévitable problématique fiscale qui attendait fatalement la totalité de ces comédiens jeunes, riches et insouciants (et visiblement mal entourés) : « J’ai fait plein de voyages, j’ai prêté, donné de l’argent. J’ai acheté une maison aussi, j’ai pas fait que des conneries. Enfin j’ai du la revendre… eh oui les impôts ! »

Camille Raymond explique à Delarue qu'il y a plein de montages d'elle à poil sur internet...
Camille Raymond explique à Delarue qu’il y a plein de montages d’elle à poil sur internet…

Quant aux deux héros de la saga Premiers Baisers, Camille Raymond et Fabien Remblier, leur présence dans l’émission est finalement très discrète. L’interprète de Justine impressionne le public quand elle explique son remarquable parcours professionnel (faire AB et Sciences Po en parallèle mérite forcément le respect). Quant à Fabien, on aurait aimé le voir davantage. Celui qui incarnait le beau Jérôme avait en effet sorti quelques mois auparavant un déroutant blog dans lequel il « balançait » sur les coulisses d’AB. Mais Delarue ne s’intéresse pas vraiment au cas des ex-AB qui ont tourné la page et qui ont « réussi ». A la question « peut-on réussir après la célébrité ? », l’animateur a manifestement sa petite idée sur la question. Les autres invités qui vont monopoliser la parole plaident effectivement pour une réponse négative à la question : Delarue veut des losers, du trash et du pathos. Et pour le coup, son émission va dépasser toutes ses attentes.

« La télé ça m’intéressait pas. Moi je m’en fous. Et même encore maintenant c’est un truc que je ne connais pas »

Welcome to the Corbier Show.
Welcome to the Corbier Show.

C’est avec l’inénarrable Corbier que JLD trouve enfin son invité idéal pour son trash-talk. Dès le départ, quand Delarue demande à l’ex-animateur du Club Dorothée s’il va bien, sa réponse fait que l’on sait que l’émission va entrer dans une autre dimension : « Globalement, ça va difficilement, mais tant que je suis vivant, que je peux prendre ma guitare, ça va. » Rapidement, Corbier tient étrangement à montrer qu’il n’assume pas vraiment son passé AB : « La télé ça m’intéressait pas. Moi je m’en fous. Et même encore maintenant c’est un truc que je ne connais pas. Ça veut pas dire que c’est mal, mais c’est pas mon truc. » Pourtant, Corbier a passé la moitié de sa vie à faire le mariole à la télévision, on pourrait penser qu’il a pu se faire un avis sur la question. Mais non. Le chanteur à textes semble bien décidé à réécrire sa propre histoire, en se dédouanant totalement de ce qu’il a pu commettre chez AB : « Ah j’étais dedans mais je me rendais compte de rien. J’allais au boulot, je disais bonjour aux copains, je faisais des bises, je disais des conneries à n’importe qui. On me répondait gentiment, on m’envoyait chier des fois. Mais je me rendais pas compte si c’était bien ou pas bien. »

Trop beau pour être vrai. Trop facile. Le discours de Corbier est difficile à croire. Vraiment ? Il ne se rendait compte de rien, il n’avait pas capté qu’il était sur TF1, la plus grande chaîne nationale ? Il ne se posait pas de question sur l’énorme salaire qu’il gagnait à chanter ses conneries et à réaliser toutes les pitreries possibles et imaginables à destination d’enfants lobotomisés ?

« Oh M’sieur Corbier, si vous allez dire bonjour aux enfants, je vous offre votre repas. Je lui ai dit que je travaillais pas pour le prix d’un Macdo et je me suis barré quoi ! »

Néanmoins, Corbier est aussi un personnage drôle, jamais avare en anecdotes amusantes : « Un jour j’vais chez Macdo, j’étais un peu pressé. Et il y avait une tribu de gamins qui étaient là, c’était un anniversaire. Et le gérant du lieu vient me voir et me dit « oh M’sieur Corbier, si vous allez dire bonjour aux enfants, je vous offre votre repas. Je lui ai dit que je travaillais pas pour le prix d’un Macdo et je me suis barré quoi ! »

Les propos incohérents de Corbier sont loin de faire marrer ses ex-collègues AB. Surtout pas Patrick.
Les propos incohérents de Corbier sont loin de faire marrer ses ex-collègues AB. Surtout pas Patrick.

Finalement, Corbier admet la dure réalité. Car oui, un type comme lui se pense comme un artiste respectable. Vexé par tant d’humiliations, on comprend alors qu’il vit son « étiquette AB » comme une cicatrice impossible à faire disparaître. Contrairement aux apparences, Corbier parait être en réalité un homme orgueilleux et soucieux de son image : « Bon, on va être clair quand même : je suis extrêmement connu parce que j’ai reçu des tartes à la crème dans la tronche et des sceaux d’eau dans le pif. J’aurais préféré être connu pour les choses un petit peu plus intelligentes. » Si Corbier est touchant sur un point, c’est bien sur ce manque de reconnaissance qu’il exprime vis-à-vis de la profession et d’une partie du public.

Corbier a beau avoir toujours joué en apparence le clown modeste, il n’en reste pas moins certain d’avoir du talent. Le chanteur a ainsi mal vécu son expérience chez AB, car tout le monde l’a pris injustement pour un abruti : « Il y avait un truc qui était douloureux. C’est-à-dire que les gens pensaient qu’on était des animateurs. On était pas du tout des animateurs ! Tout ce que nous disions à l’antenne était écrit. On avait juste le droit de reprendre les mots avec notre langage. On était donc des personnages de fiction, sauf qu’on avait nos véritables noms. Il y avait une assimilation. Je faisais le crétin donc j’étais un crétin. Et j’ai mis des mois à me rendre compte de ça. Des mois, non des années ! Et quand je m’en suis rendu compte c’était trop tard. C’était foutu, j’étais un con c’était fini ! Mon départ du Club Do était donc complètement réfléchi. Le jour où je me suis dit que j’étais avec des gens qui n’ont aucun point commun avec d’où je viens… fallait que j’arrête. Ces gens-là passaient leur temps à s’engueuler, à monter en épingle des épiphénomènes ridicules et à se les foutre sur la gueule (…) Moi, je ne supportais plus ça. »

Alerte, Delarue s'est personnellement occupé du dossier Corbier. La suite va se révéler explosive.
Alerte, Delarue s’est personnellement occupé du dossier Corbier. La suite va se révéler explosive.

Après cette première confession, Delarue reprend les commandes de son interview. L’animateur cocaïnomane a invité Corbier dans un but bien précis : qu’il rentre dans les détails de sa vie merdique de l’après-AB. Et il est clair que Corbier va jouer le jeu malsain de l’animateur. Ce dernier montre une étrange complicité avec son « sujet » qu’il tutoie, se montrant compatissant et la larme à l’œil, comme si son but était de mettre Corbier en parfaite condition pour qu’il se lâche. « Tu as décidé de quitter le Dorothée show (sic). Ça a été ton choix, retour à la vie normale, qui a été tumultueux, difficile. Des galères, des coups durs. Tu as décidé de remonter la pente. Tu es très motivé, et puis tu le mérites », lance alors JLD avant de diffuser un hallucinant reportage sur son « ami » Corbier.

« Il y a eu en plus la tempête en 1999. Ça a été un truc terrible parce que moi toit s’est envolé. Je me suis retrouvé sans toit, dans une maison glaciale, sans chauffage »

Corbier dans les bois, dans une configuration "Confessions Intimes".
Corbier dans les bois, dans une configuration « Confessions Intimes ».

Corbier raconte ainsi dans sa maison sa douloureuse expérience de la chute d’une célébrité dans les abîmes de la lose. On le découvre d’abord marchant dans une forêt de son patelin, lieu idéal pour un très intime et long monologue : « Quand j’ai quitté le Club Dorothée en 1996, pendant trois ans ça a été à peu près correct, parce qu’il y avait les ASSEDIC. Mais quand ça s’est arrêté, j’ai très vite compris que j’étais en train de me clochardiser. (…) J’avais pas de projets, j’avais pas de boulots et j’avais plus de revenus. Et c’était le moment en plus où il y a eu la tempête en 1999. Alors ça, ça a été un truc terrible parce que mon toit s’est envolé. Je me suis retrouvé sans toit, dans une maison glaciale, sans chauffage. Et pour pouvoir me chauffer un peu, heureusement il y a une cheminée. J’allais dans les bois comme ici, je ramassais du bois mort et je brûlais ça le soir puisque j’avais même pas de quoi m’acheter des bouts de bois… C’était vraiment la dèche. C’était très dur ! Très très dur ! Et heureusement qu’il y avait les copains musiciens dans le coin qui me donnaient un kilo de patates, des poireaux, un bifteck. Il y avait mon frère qui m’apportait de quoi manger. Alors de temps en temps, j’avais encore rendez-vous avec mes copains du Club Dorothée. Alors je mettais mon costume, je faisais le gars pour qui ça marchait… mais j’étais dans une cagade, mais grave ! »

« Je sentais que dans l’œil, dans le fond de l’œil du type qui te reçoit, qu’il recevait un abruti. Un crétin, un moins que rien »

Corbier en roue libre chez Delarue. Gênant, oui assurément.
Corbier en roue libre chez Delarue. Gênant, oui assurément.

En ce début du XXI° siècle, la situation de Corbier devient critique. Le chanteur du « Nez de Dorothée » est au fond du gouffre. Subissant à son tour l’étiquette AB, le joyeux animateur n’a plus rien. Mais alors rien de rien : « Non seulement personne m’a proposé de travailler ailleurs, mais en plus si j’avais voulu faire, je sais pas, caissier (…) bon bah j’allais voir des copains qui avaient des grandes surfaces, je leur disais que j’avais besoin de bosser pour bouffer, ils me disaient « roooo arrête Corbier ». J’étais persuadé que j’allais pouvoir reprendre ma guitare, chanter comme je le faisais avant. Bah oui mais c’était pas si simple que ça parce que j’allais voir, je sentais que dans l’œil, dans le fond de l’œil du type qui te reçoit, qu’il recevait un abruti. Un crétin, un moins que rien. »

Fin du reportage, retour sur le plateau. L’assistance est gênée, mais la suite va s’avérer bien pire. Car JLD est bien décidé à mettre son habituel plan à exécution. Corbier va ainsi devoir raconter dans tous les détails ses années de galère. On comprend en outre que Delarue s’est personnellement occupé du cas Corbier, puisque les deux hommes expliquent s’être rencontrés physiquement dans Paris quelques jours avant l’émission. Avec Delarue, il est impossible de saisir si la complicité qu’il dégage avec un invité est feinte ou franche. Mais ce qui est certain, c’est que Jean-Luc Delarue est un professionnel du talk, un animateur cynique et calculateur. Quant à Corbier, il est peut-être légèrement éméché sur le plateau, mais il semble se laisser totalement manipuler par JLD :

Jean-Luc Delarue : – « A quoi ressemble ta vie à ce moment ?
Corbier : – Bah à rien.
JLD : – Non ?
Corbier : – Quand on s’est croisés dans la rue, t’as vu, j’étais pas très net. Bah j’étais… j’venais de…
JLD : – Ah c’est pas le sentiment que j’ai eu, enfin euh, tu le sais mieux que moi. »
Corbier : – Bah c’est que je triche bien quoi.

« Ouais, j’vidais ma cave. Mais je m’emmerdais, c’est terrible »

Au moins, Corbier ne manque pas d'humour. Surtout quand il a un petit coup dans le nez.
Au moins, Corbier ne manque pas d’humour. Surtout quand il a un petit coup dans le nez.

JLD : – Beaucoup d’alcool ?
Corbier : – Ouais, j’vidais ma cave. Mais je m’emmerdais, c’est terrible. Et deux minutes avant qu’on se voit tous les deux, il y avait Maxime Leforestier qui est passé, il a vu aussi. Et puis il me connaissait depuis l’époque des Usines, où on allait chanter tous les deux… Il m’a vu, il a du sentir (sic) que j’étais pas bien. J’étais avec mon gamin et ma femme, et il est venu vers nous, il m’a dit bonjour. Il m’a dit « ça va ? » J’ai dit « Ben non, je m’emmerde. » Et là il m’a dit « Ah non, tututu. Tu vas reprendre ta guitare et tu vas te remettre à écrire. Ça va être dur, parce qu’il y a longtemps que tu l’as pas fait, mais tu vas le faire. »
JLD : – Il a connu une belle traversée du désert Maxime Leforestier…
Corbier : – Ah oui, lui aussi.
JLD : – Et il a fait des petites salles avant de revenir dans des immenses Zénith. Et il sait ce que c’est le travail d’un artiste, d’aller au contact, et de reprendre la route.

Je n’intéresse personne, je suis foutu, ma vie est en train de basculer, je vais devenir une épave et puis c’est tout quoi

Corbier : – Donc, deux minutes après, c’est toi qui est venu me dire bonjour…
JLD : – Je savais pas que c’était un jour aussi étonnant ?!
Corbier : – C’était très important pour moi parce que je m’étais dit « Je n’intéresse personne, je suis foutu, ma vie est en train de basculer, je vais devenir une épave et puis c’est tout quoi. »
JLD : – Moralement comment tu faisais pour tenir le coup, pour lâcher ta cave ?
Corbier : – Oh bon j’avais des copains, on se racontait des blagues. Et puis je me suis remis à écrire, très rapidement j’ai retrouvé le sentiment des mots rigolos ou jolis à assembler.

« Mais je PUAIS. Je PUAIS ! Je puais l’humidité c’était infernal »

Qu'on se rassure, depuis Corbier est devenu l'idole des hipsters Grolandais.
Qu’on se rassure, depuis Corbier est devenu l’idole des hipsters Grolandais.

JLD : – Est-ce que tu as regretté d’avoir claqué la porte alors que tu étais en haut de l’affiche à un moment ou un autre ?
Corbier : – Non, jamais.
JLD : – Même pas de pas pouvoir nourrir ta famille, de pas pouvoir reconstruire le toit au dessus de ta tête ?
Corbier : – Ça c’était dur parce que lorsque la tempête en 99 est arrivée, le toit s’est envolé, toutes nos fringues étaient trempées, et on avait pas de chauffage. Donc on vivait dans l’humidité totale, je pouvais pas aller voir des producteurs…
JLD : – Mais tu te sentais pas présentable ?
Corbier : – Mais je PUAIS. Je PUAIS ! Je puais l’humidité c’était infernal.
JLD : – Ça a duré combien de temps ces années vraiment dures ?
Corbier : – Ça a duré jusqu’au jour où je me suis acheté un fer à repasser ! » (rires)

Si le public est hilare, les anciens d’AB tirent tous la tronche. Comment Corbier a-t-il pu se laisser ridiculiser comme ça ? On pourra reconnaître toutefois à Corbier un certain sens de l’auto-dérision et un réel courage d’évoquer publiquement son addiction.

« Moi j’étais même pas un électron libre. Moi j’étais un quark. C’est-à-dire encore plus libre que l’électron. C’est le niveau au dessus »

Nataf dit le "quark" est restée relativement soft pour une fois. Dommage.
Le « quark » est resté relativement soft pour une fois. Dommage.

Autre « cas » présent : Mallaury Nataf. Celle qui n’est pas encore la SDF paranoïaque que l’on connaît malheureusement aujourd’hui montre déjà sur le plateau de Delarue tout l’étendu de sa « folie ». Après un reportage dans lequel on peut la voir pleine d’ambitions et de projets (et s’adonner aux plaisirs du yoga), Mallaury se lâche au micro de JLD : « Moi je suis quelqu’un d’assez nature, très spontanée. Ça m’a joué beaucoup de tours. Véronika Loubry disait qu’elle était un électron libre, moi j’étais même pas un électron libre. Moi j’étais un quark (sic). C’est-à-dire encore plus libre que l’électron. C’est le niveau au-dessus. »

Revenant à son sujet de départ, à savoir comment les stars AB ont vécu leur « gloire » aussi soudaine que éphémère, l’interprète de Lola dans le Miel et les Abeilles ne lâche pas ses mots. Du Mallaury Nataf dans le texte : « Six mois après j’ai réalisé. Pour la première fois une journée de tournage avait été annulée et je me suis retrouvée à faire une activité normale, du repassage devant la télé. En me voyant, j’ai pas compris. J’étais en train de repasser, puis la musique a démarré. Je me suis assise et j’ai dit « merde, mais je passe vraiment à la télé et ça je regarde, et peut-être qu’il y a des millions de personnes qui font la même chose. Et ça m’a choqué, je me suis dit merde mais c’est quoi les conneries que je raconte. J’étais assez consternée. Je me rendais pas compte quand je tournais, on était juste une équipe qui rigolait, qui bouffait, on sortait, on baisait – parce qu’il y avait quand même des histoires – enfin il se passait plein de trucs, c’était toujours très riche, très dense… »

« Après la série, je sortais plus du tout. Je restais chez moi, je me déshabillais même plus. Je gardais mon manteau, ma casquette »

Mallaury Nataf voit plus loin que nous tous réunis. Ni vraiment terrienne, pas tout à fait extra-terrestre, elle restera à jamais une énigme.
Mallaury Nataf voit plus loin que nous tous réunis. Ni vraiment Terrienne, pas tout à fait extra-terrestre, elle restera à jamais une énigme.

La dépression (déjà!) semble alors guetter la belle comédienne, qui avait déjà auparavant montré toute l’étendue de ses capacités à faire n’importe quoi lors de sa participation à la Ferme aux Célébrités sur TF1 : « Après la série, je sortais plus du tout. Je restais chez moi, je me déshabillais même plus. Je gardais mon manteau, ma casquette. »

Delarue pointe alors du doigt un aspect de la personnalité de la comédienne qui fera couler beaucoup d’encre à l’avenir : « Alors à ce moment vous nous avez dit que vous vous sentiez vraiment euh, comment dire, paranoïaque. On sait jamais si c’est une maladie, ou un sentiment de persécution, ou si c’est plus grave que ça… ». La délurée Mallaury ne réfute pas ces propos. Au contraire, elle entretient la légende, celle d’une comédienne déjà pas comme les autres : « Non mais en fait on se supporte plus soi-même. Je veux dire, j’allumais la télévision, j’étais dans la télévision. J’allumais la radio, j’étais dans la radio. C’était partout. Presque plus qu’Hélène, parce qu’elle s’est arrêtée. Et moi c’est de la communication qui a duré pendant presque 25 mois. On se rend compte qu’on a tellement été vidée de sa substance, qu’on a plus d’univers, on a plus rien à dire. Ce qui m’a donné le déclic c’est la méditation. »

« On devait assister ce soir-là à toutes les diatribes contre les vilains producteurs, de la part des pauvres artistes qui ne sont pas préparés à devenir célèbres et des dépressifs qui n’ont pas prévu que, en gagnant bien leur vie, ils auraient forcément des impôts à payer. Une bien piètre image pour le public »

"Mais qu'est-ce que je fous là putain ?"
« Mais qu’est-ce que je fous là putain ? »

Au final, l’ensemble des prestations des « stars AB » paraît dans l’ensemble plutôt pathétique, comme l’avait certainement souhaité Jean-Luc Delarue. Fabien Remblier est le seul à avoir exprimé son ressenti après son passage, qui résume parfaitement l’état d’esprit de l’émission mais aussi de ses invités : « Delarue, fidèle au ton habituel de son émission, exploita le filon misérabiliste des désespérés de la télé, préférant nous reléguer, Camille et moi, au rang de curiosités tout en évitant de nous poser des questions de fond. On devait assister ce soir-là à toutes les diatribes contre les vilains producteurs, de la part des pauvres artistes qui ne sont pas préparés à devenir célèbres et des dépressifs qui n’ont pas prévu que, en gagnant bien leur vie, ils auraient forcément des impôts à payer. Une bien piètre image pour le public, donnée par ceux qu’ils avaient regardés pendant des années. Excédé par les propos que j’entendais, je m’emparais d’un micro afin de dire ce que je pensais de tout cela. Certains avaient fait le choix de ne vivre que dans le cadre d’AB, oubliant que la vraie vie est à l’extérieur, préférant fermer les yeux en se récitant le fameux « Jusque ici tout va bien », ignorant que tout pouvait s’arrêter d’un jour à l’autre. Delarue tentait de m’interrompre, mais je ne le laissais pas faire, ne m’arrêtant que lorsque j’avais dit ce que j’avais à dire. Mon petit monologue de trois minutes fût bien évidemment coupé au montage. Réussir à se reconvertir n’allait pas dans le sens de l’émission. Une fois de plus, je n’étais pas dans le moule… je quittais le plateau de l’émission excédé. »

Le moment gênant de Véronika Loubry

T'as fait bien de passer faire un coucou, Véronika.
T’as fait bien de passer faire un coucou, Véronika.

Pour ajouter une couche au dur constat de Fabien, il faut aussi dire un mot sur les prestations des autres personnes présentes ce soir-là. Avec plus ou moins de bonheur, les « stars AB » sont en effet invitées en compagnie d’animatrices ratées et de boys band décadents. Véronika Loubry offre d’ailleurs un des meilleurs moments de lose sur le plateau, quand elle rappelle à Philippe Vasseur qu’elle aussi a joué dans le Miracle de l’Amour, dans le rôle de la cousine d’Adeline.

Surtout, elle affirme avec fierté qu’elle a « embrassé le beau José ». Si l’anecdote est bien réelle, Phillipe Vasseur ne cache pas qu’il n’a aucun souvenir d’elle, ni de l’épisode en question. Moment gênant pour l’ex-star des 90’s, pourtant gagnante d’un « 7 d’or » de la meilleure animatrice d’une chaîne du câble en 2000. « Philou » Vasseur, comme son personnage d’AB, est un goujat. Et c’est pour ça qu’on l’aime.

Steven d’Alliage et sa rédemption christique

Les deux invités « boys band » ont certainement mis mal à l’aise nos stars AB. D’une part parce que dans la hiérarchie de la « lose 90’s », le phénomène musical le plus honteux de la fin du siècle est sans aucun doute en première place, largement devant les ratés musicaux d’AB. D’autre part parce que la prestation de « Steven d’Alliage » a vampirisé le talk.

Métamorphosé en une sorte de pasteur sous ecstasy, l’ancien boy band est effectivement venu dans l’intention de faire son « show » prosélyte à l’américaine d’ancienne vedette camée, ayant fait le choix de la rédemption christique. Le « born again » Steven offre ainsi à Delarue ce qui est attendu dans une telle émission : du glauque.

Seul Gérald des G-Squad ou plutôt D’Geyrald, parvient à sauver l’honneur du « boy bandisme » en se montrant sous une meilleure image, celle d’un garçon mature et intelligent, assumant enfin sa sexualité et ses projets subversifs « d’artiste total » gay.

Oui, Steven d'Alliage est complètement dingue. Ravagé même.
Oui, Steven d’Alliage est complètement dingue. Ravagé même.
Même Gérald, qui en a vu d'autres, a halluciné ce soir-là.
Même Gérald, qui en a vu d’autres, a halluciné ce soir-là.
Pour que la soirée soit vraiment parfaite, il a manqué le vrai et unique "boy bande" des 90's : Tony Vairelles.
Pour que la soirée soit vraiment parfaite, il a manqué le vrai et unique « boy bande » des 90’s : Tony Vairelles.

Par la suite, Delarue invitera de temps en temps des anciennes gloires d’AB, comme les Jumelles Ever. Un filon jamais tari, qui continuera avec le « revival AB » lancé au début des années 2010 quand une nouvelle série « AB » fera son grand retour sur la TNT. Comme toujours, Jean-Luc Delarue avait anticipé cette mode de la nostalgie des années 90 et de ses meilleures stars, celles d’AB Poductions.

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