Sébastien Roch, l’artiste maudit

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L’estime vaut mieux que la célébrité, la considération vaut mieux que la renommée, et l’honneur vaut mieux que la gloire. Sébastien-Roch Nicolas de Chamfort.

Sébastien Roch est peut-être finalement la seule vraie « star » masculine de la saga Hélène et les Garçons. Celui qui interprète Christian, ou plutôt le « Cri-cri d’Amour » est le premier véritable « cobaye » de la popularité excessive vécue – subie – par les jeunes néo-comédiens d’AB Productions.

Préfigurant la gloire aussi rapide qu’éphémère des participants aux émissions de télé-réalité, Sébastien Roch tutoie ses rêves en tournant dans une sitcom suivie quotidiennement par des millions de téléspectateurs. Mais celui qui adule Johnny Depp (lui aussi passé par une série pour adolescents) va connaître les dures réalités du métier. Étiqueté à jamais comme un vulgaire « comédien de sitcoms », Sébastien Roch a traversé une carrière faite de hauts et de bas, d’amour et de haine vis-à-vis des années sitcoms. Alors que Sébastien Roch tourne toujours dans la série des Mystères de l’Amour sur TMC, il est intéressant de revenir sur son parcours hautement explosif.

« Il y a eu le cours Florent, où je me suis dit : je vais leur en foutre plein la gueule »

« Enfant, dans sa région toulousaine, Sébastien passait son temps libre dans la boite de nuit paternelle, à rêver d’un avenir plein de musique et de comédie (…) A l’âge de quinze ans, il prend la décision de quitter sa famille pour monter à Paris et suivre des cours de théâtre. Sébastien devra s’armer de patience et de persévérance car, durant cinq longues années, Paris ne récompensera son travail acharné que par des désillusions. » Voilà comment est rapidement présenté Sébastien Roch dans la presse de l’époque. Comme bon nombre de jeunes provinciaux en quête de gloire, le toulousain « débarque » dans la capitale.

Sébastien peu avant de devenir le Cricri d'amour.
Sébastien peu avant de devenir le Cricri d’amour.

Pas vraiment branché par les études, il enchaîne les petits boulots pour se payer des cours. Sa décision de choisir le difficile métier de comédien semble alors inéluctable : « Au lycée, il y avait un atelier de théâtre. Je m’y suis inscrit et j’ai été immédiatement passionné. Je délaissais mes copains, le sport et le reste pour ne plus m’investir que dans le théâtre. Heureusement que mes parents étaient cool. Ils me disaient : quand on veut, on peut, tous les rêves sont permis (…) A 15 ans, je suis « monté » seul à Paris, où j’ai quitté le lycée après trois mois pour pouvoir jouer la comédie toute la journée. Ensuite, il y a eu le cours Florent, où je me suis dit : je vais leur en foutre plein la gueule. »

Sûr de sa force, possédant une foi inébranlable en ses rêves, Sébastien Roch vit néanmoins sa première grande désillusion : « Il faut se méfier de ce genre d’école [Cours Florent]. C’est un peu le miroir aux alouettes ! On nous promet beaucoup et au final, on risque d’être un peu déçu ! » Les années galères de Sébastien Roch durent en tout cinq ans. On peut le découvrir pour la première fois à la télévision en avril 1991, dans une émission dédiée à la mémoire de Serge Gainsbourg, décédé peu avant.

Scène étonnante dans laquelle Sébastien, au look rebelle bien soigné, apparaît (déjà) très à l’aise devant la caméra, et affirme son rêve de devenir comédien. Touché par la mort de l’artiste, il s’amuse à interpeller Brigitte Bardot, lui sommant de délaisser son association de défense des animaux pour la remplacer par une « société protectrice de la race d’artistes et génies en voie de disparition. » On ne sait si l’appel aura été entendu…

Sébastien Roch et ses longs cheveux type « Pulp Fiction » dans la sitcom Cas de Divorce

Après un tel passage, le jeune apprenti comédien finit par logiquement se tourner vers les castings pour la télévision. La rencontre entre Roch et AB Productions est imminente. Mais ce n’est pas avec Hélène et les Garçons que Sébastien Roch fait son entrée à l’intérieur de ce qui n’est pas encore l’Empire des sitcoms, mais dans la mythique série Cas de Divorce.

Séb dans Cas de Divorce, affaire Laurier contre Laurier.
Séb dans Cas de Divorce, affaire Laurier contre Laurier.

Cette série que l’on pourrait qualifier de post-naturaliste, traite d’histoires plus ou moins sordides de couples se déchirant au tribunal. Cas de Divorce amène sur le marché un nombre impressionnant de comédiens qui seront amenés à jouer de plus gros rôles dans les sitcoms ultérieures. Dans notre cas, on peut ainsi y voir un Sébastien Roch aux longs cheveux type « Pulp Fiction » et au jeu encore tâtonnant. Mais déjà, Sébastien a quelque chose de particulier. Oui, il crève l’écran.

« Il a fallu que je fasse rire les filles »

L’expérience « AB » de Roch ne s’arrête heureusement pas là. Comme lui-même l’explique dans un reportage diffusé par TMC en 2011 [1] sur l’histoire des sitcoms AB, le Toulousain est rentré avec plaisir dans la machine : « J’avais déjà bossé dans ces studios. J’avais vu qu’il se passait plein de bonnes choses. Et j’étais assez friand de ces séries en tant que comédien. J’avais accès aux castings et c’est Jean-Luc Azoulay qui, en voyant le retour du casting, a dit « Appelez, appelez, la partenaire » (Rochelle Redfield à l’époque). On a fait une scène tous les deux et ça a fonctionné. Alors le soir même, je me suis retrouvé à dîner avec toute l’équipe. C’était très agréable. Ils avaient tous été choisis donc j’ai dû être le dernier personnage à être recruté. Et Dorothée a débarqué… j’ai eu une journée de rêve, ça a démarré sur les chapeaux de roues. »

Le groupe dans sa formation initiale. Rahan, le nain et l'huitre.
Le groupe dans sa formation initiale. Rahan, le nain et l’huître.

Loin de savoir ce qui l’attendait, Sébastien Roch finalise donc le casting d’Hélène et les Garçons, qui reste à ce jour le plus grand succès d’une sitcom à la télévision française. Ce spin-off de Premiers Baisers raconte les aventures universitaires de la sœur de Justine, Hélène Girard, entourée de ses deux meilleures amies, Cathy et Johanna.

Mais la fac doit servir d’arrière-plan à deux thèmes qui sévissent pendant toute la durée de la sitcom : l’amour et la musique. JLA choisit ainsi trois garçons pour créer un groupe de rock, trois beaux gosses devant répéter dans un garage et qui auront bien sûr des relations sentimentales avec Hélène et ses copines.

Dans ce groupe, Nicolas et Étienne sont aux cordes : la guitare pour le premier et la basse pour le second. Patrick Puydebat qui joue Nicolas, sort avec Hélène. Il paraît naturel alors qu’il possède la guitare, instrument phallique par excellence et réservée au leader du groupe. Étienne (David Proux), bassiste donc forcément apathique, a pour petite amie la fille au plus mauvais caractère, l’exécrable Cathy jouée par Cathy Andrieu. Reste alors à compléter le groupe par un batteur, instrument par définition du taré de service, afin de trouver un petit ami à l’Américaine fantasque qu’est Johanna, interprétée par Rochelle Redfield.

« Pour moi c’était l’occasion de jouer, de faire mon métier tous les jours. J’étais maquillé à 9h du matin, des fois on sortait à 23h, c’étaient des journées assez dingues »

Le rôle est ainsi réservé à Sébastien Roch, bien différent des deux autres « beaux gosses » : « Quand j’ai débuté la série, j’étais autour de deux espèces de grands et beaux garçons et j’étais le petit un peu rigolo. Moi je me suis dit que les filles allaient surtout les regarder et je me suis demandé ce que j’allais faire. Alors il a fallu que je fasse rire les filles. » Sébastien Roch est effectivement dès le premier épisode identifié comme le « comique de service ».

Cricri le rigolo de service.
Cricri le rigolo de service.

Si tous les comédiens jouent extrêmement mal dans les débuts de la sitcom, Roch est le seul à émerger. Pourtant, son acting est brouillon et de nombreux tics alourdissent le jeu du personnage. Les difficultés pour le jeune comédien sont aisément imputables à son inexpérience et au rythme difficile des tournages : « Pour moi c’était l’occasion de jouer, de faire mon métier tous les jours. J’étais maquillé à 9h du matin, des fois on sortait à 23h, c’étaient des journées assez dingues. »

« Sébastien Roch a une sexualité beaucoup plus marquée à l’écran que celle des autres personnages »

Dès le début d’Hélène et les Garçons, le succès est foudroyant. Dans les innombrables interviews qu’il donne à la presse, les premières déclarations de Sébastien Roch sont toutes gratifiées par sa joie de vivre un rêve éveillé : « Depuis que je tiens le rôle de Christian, je me sens plus vrai que jamais. La télévision est un travail comme un autre. Jouer, c’est avoir une existence sociale (…) Avec ce rôle, j’ai l’impression de retrouver mon enfance et la pêche. J’avais en effet écrit au lycée un scénario proche de celui-ci racontant les aventures d’une bande de copains ! Ça m’a fait marrer quand on m’a retenu pour ce rôle ! »

Sébastien Roch c'est avant tout 3 éléments : du pento, une chemise bariolée et une boucle d'oreille.
Sébastien Roch c’est avant tout 3 éléments : du pento, une chemise bariolée et une boucle d’oreille.

Si Sébastien Roch prend beaucoup de plaisir à incarner son personnage, c’est le cas aussi du public qui tombe sous le charme du couple Johanna/Christian. Totalement improbable, l’association entre la grande perche au look de garçon manqué (et à l’accent américain à la limite de l’incompréhensible) et le nain franchouillard, jaloux et de mauvaise foi, fait des étincelles. C’est surtout le légendaire surnom de « Cri-cri d’Amour » qui fait entrer Sébastien Roch dans une autre dimension. On ne plaindra d’ailleurs jamais assez les Christian et autres Christophe qui ont dû vivre des moments difficiles dans les 90’s. Le Cricri d’Amour représente la figure masculine idéale pour les jeunes filles en émoi, en transe devant leur tube cathodique.

Johanna et le Cricri d'Amour, le couple le plus rock'n'roll des sitcoms AB.
Johanna et le Cricri d’Amour, le couple le plus rock’n’roll des sitcoms AB.

Dans son étude sur le phénomène Hélène et les Garçons, la sociologue Dominique Pasquier avait particulièrement bien analysé le type de courrier que recevait le Cricri d’amour : « Sébastien Roch a une sexualité beaucoup plus marquée à l’écran que celle des autres personnages : on le voit embrasser longuement ses partenaires, mais aussi les caresser (…), il est le seul à ne pas être rasé de près. En amour c’est un personnage fougueux et passionné (…) A Sébastien Roch, on parle de frissons et de désir de toucher. »

« Chaque fois que je te vois tu me donnes des frissons et tu me fais craquer. Quand je regarde mon classeur rempli de photos et d’interviews, je tremble d’amour pour toi »

Pour illustrer cette attirance que provoque Sébastien Roch auprès des adolescentes, une lettre d’une jeune fille de quatorze ans, citée par la sociologue, est édifiante : « Oh mon amour, depuis le premier jour où j’ai croisé ton regard, j’ai été suffoquée par ton charme secret. Mon Dieu je m’en souviens comme si c’était hier. Ton regard innocent m’a lancé des éclairs de feu. Mon seul désir est de sentir ta poitrine chaude contre mon cœur. Je suis sur que tu es ma destinée comme Adam l’était pour Ève. Chaque fois que je te vois tu me donnes des frissons et tu me fais craquer. Quand je regarde mon classeur rempli de photos et d’interviews, je tremble d’amour pour toi. »

Aujourd’hui, ces jeunes filles sont devenues femmes. Mais certaines gardent de tendres souvenirs « cyprineux » des apparitions du Cri-cri d’amour à la télévision. « 1992 : comme chaque soir je rentre de l’école, goûter… puis je tombe sur la sitcom (…) je voulais voir pour Hélène surtout… puis il y a un petit brun, là, qui me plaît beaucoup. J’en suis devenue très vite admirative de ce p’tit gars. En plus, le fait qu’adulte il soit petit me réconfortait pour ma petite taille… je l’adorais tellement que je me faisais la coupe à la « Cri-cri ». Pathétique hein ? », se remémore entre nostalgie et honte une certaine Stell, sur un forum de fans consacré à l’ex-idole d’Hélène et les Garçons.

« Une femme c’est comme un cheval sauvage, il faut qu’elle comprenne qui est le maître ! »

Il est vrai que le personnage de Christian détonne au sein de l’univers acidulé d’Hélène. Excessif et jaloux en amour, il ne pardonne rien à Johanna, ne montrant jamais ou presque ses sentiments. Quand l’américaine le renverse de sa batterie et se jette sur lui pour l’embrasser, il manifeste ostensiblement son dégoût. Cette attitude est alors en totale décalage avec le reste de la bande, quand les Nicolas et Étienne roulent de leur côté d’interminables pelles à leurs fiancées.

Cricri sait s'y prendre avec les femmes.
Cricri sait s’y prendre avec les femmes.

Machiste, Christian l’est et le prouve par tout un florilège de citations sur les femmes et par son insistance à professer auprès de ses camarades la conduite idéale que les garçons doivent observer vis-à-vis du « sexe faible » : « Une femme c’est comme un cheval sauvage, il faut qu’elle comprenne qui est le maître ! » Si par la suite, José prendra le relais du rôle du coureur de jupons, c’est bien Christian qui joue les « macho man » dans les débuts d’Hélène et les Garçons. Il est le « bad guy », celui qui apporte le stupre nécessaire dans l’univers très fade d’AB Productions.

Le personnage de Christian représente en quelque sorte la face sombre, quelque peu subversive de la sitcom, même si cela vaut à Sébastien Roch de jouer des scènes d’un ridicule extrême.

« Cri-cri d’amour » se transforme peu à peu en « Cri-cri de haine »

Ainsi, le fameux épisode de la transformation du Cri-cri d’Amour en « Belzébuth » rentre clairement dans le panthéon des scènes les plus nanardesques d’AB. La dramaturgie y est poussée à l’extrême. Christian, se sentant trahi, perd Johanna et ses amis. Il frappe d’abord Nicolas au garage avec une batte. Puis, ivre mort, il débarque en transe à la cafète, hurlant sa douleur. Il s’autoproclame la réincarnation de Satan (!) et menace son meilleur ami Nicolas avec un couteau, avant de céder à ses paroles bienveillantes et fondre en larmes dans ses bras.

Dark Cri-cri se révèle enfin !
Dark Cri-cri se révèle enfin !
Comment une telle scène a-t-elle pu être tournée en fait ?
Transformation en Belzébuth… actor studio inside.

Cette scène tragi-comique (et d’une « violence » inédite pour du AB) est sans doute la plus ratée de l’histoire d’Hélène et les Garçons. Mais elle préfigure ce qu’il adviendra du personnage de Christian : un personnage incapable de contrôler ses pulsions. Un « Cri-cri d’amour » se transformant peu à peu en « Cri-cri de haine », dont la jalousie maladive l’amènera à sa propre perte.

Attention à ne pas énerver un petit batteur.
Attention à ne pas énerver un petit batteur…

Christian n’est toutefois pas que le simple pendant de Johanna. Il est aussi la caution « rock’n’roll » du groupe. Avec son pot de pento déversé sur sa belle chevelure noire, Christian pourrait être une sorte d’Elvis des temps modernes. Mais l’époque est au revival sixties et surtout, le grunge a débarqué dans l’Hexagone. Dans ce contexte propice aux musiciens torturés, le Cri-cri veut absolument devenir une rock star, avec son lot d’excès et de décadence. C’est ce qu’il répète inlassablement dans la série à ses deux compagnons, pourtant pas vraiment emballés par ce projet utopique.

Mais est-ce pour devenir le nouveau John Lennon, comme il le clame à maintes reprises, ou incarner un nouveau Jim Morrison, comme peut le laisser penser la profusion de posters des Doors disséminés dans tous les décors de la série ? Sébastien Roch lui-même semble avoir à l’époque pris très vite conscience qu’il a une carte à jouer dans la sitcom pour se démarquer : « Même si je fois rester fidèle au texte, j’improvise complètement par mes gestes et mon attitude. J’ai passé mon enfance à faire le clown et aujourd’hui à 20 ans, je suis payé pour cela. »

Il faut vraiment pas déconner avec les amis d'Hélène. Fava en fait les frais, et ce sera pas la dernière fois...
Vraiment pas…

Cette attitude rock’n’roll dans une série aussi aseptisée le propulse au rang de superstar auprès d’une jeunesse qui ne vibre pas vraiment dans sa majorité pour le son et le style de Kurt Cobain. Il enchaîne alors les couvertures de magazines au point de détrôner Hélène Rollès, pourtant idole de toute une génération.

Dans le reportage de TMC, Roch revient sur son succès, avec toutefois beaucoup de détachement : « On ne s’attendait pas du tout à ça. On l’a vécu comme un raz de marée, surtout à l’âge qu’on avait. On n’était pas préparé à ça, on a vécu une aventure folle. Mais moi j’ai toujours gardé la tête froide par rapport à tout ça, j’ai vécu ces trucs-là vraiment avec du recul et je m’en suis amusé. Ce sont des succès de jeunesse, voilà. Le fanatisme des jeunes est quelque chose d’éphémère mais qui est très agréable à vivre. Forcément, ça flatte un peu l’ego. C’est assez incroyable de se retrouver à la place de Michael Jackson (sic), l’espace d’une seule journée. »

« On dût même fermer le Mégastore des Champs-Élysées lors de son passage dans ses murs pour une séance de dédicace, tant la foule devenait pressante »

Pourtant, si on se replonge dans le contexte de l’époque, et en redécoupant les différentes interviews données par Sébastien Roch dans les années 90, on peut retrouver l’euphorie qui planait autour du jeune comédien. Dans son livre sorti en 2006 [2], Fabien Remblier nous rappelle avec justesse le nouveau statut de Sébastien Roch : « Au premier abord relativement banal, Sébastien dégageait une aura impressionnante face au public, éclipsant les autres y compris Hélène. Il n’était plus le même. Il avait l’étoffe de la star et personne ne s’y trompait. Il était accueilli partout avec les honneurs. On dût même fermer le Mégastore des Champs-Élysées lors de son passage dans ses murs pour une séance de dédicace, tant la foule devenait pressante. » Cet épisode au Mégastore n’a pas été unique. Partout où Sébastien est annoncé, c’est l’hystérie chez les fans de la gente féminine.

Rochmania. Oui c'était la folie, la vraie.
Rochmania. Oui c’était la folie, la vraie.

Quand le magazine Télé Club Plus raconte une sortie du comédien pour ses fans, on peut penser immédiatement aux aventures de Justin Bieber à la Fnac de Paris en 2012 : « Une course-poursuite s’engagea et les membres de l’équipe de Sébastien se perdirent dans la foule ! Lui réussit à échapper à quelques unes de ses fans, mais d’autres, qui l’avaient vu traverser le wagon et sauter sur le quai, arrivent en courant à toutes jambes, et suivirent Sébastien qui dévalait un escalier pour tenter de sortir de la gare. Elles réussirent à le rattraper et le coincèrent contre le mur, entre deux marches, commençant à lui arracher sa chemise, se jetant sur lui. Derrière ses lunettes noires, on voyait malgré tout une certaine inquiétude traverser le regard de Sébastien. Deux policiers, eux aussi un peu débordés par les événements, tentèrent de remettre un peu d’ordre à coups de « Calmez-vous, calmez-vous ! » (…) Nous avions aussi assisté à une scène impressionnante : une inconditionnelle de Sébastien, tremblant de tous ses membres tant elle était émue de voir celui dont elle rêvait jour et nuit. »

« Il faut que ce soit bien clair, mon personnage n’est pas moi. Et s’il a du succès, c’est parce que j’ai mis tout mon cœur à le faire vivre, j’ai fait des efforts pour qu’il soit bien et je m’y suis attaché »

Dès cette époque, Roch se défend dans la presse d’être une vulgaire starlette. Premières manifestations d’une certaine forme de malaise vis-à-vis de sa nouvelle condition, le Cricri d’Amour semble connaître quelques difficultés à définir sa soudaine notoriété : « Je ne crois pas être une vedette et je ne crois pas la voler à qui que ce soit. Je me positionne simplement comme un comédien qui défend ce qu’il interprète. Il faut que ce soit bien clair, mon personnage n’est pas moi. Et s’il a du succès, c’est parce que j’ai mis tout mon cœur à le faire vivre, j’ai fait des efforts pour qu’il soit bien et je m’y suis attaché. J’ai alors pris mon pied à l’interpréter, ce qui ne semble pas être le cas de tout le monde. Moi ce que je veux, c’est bien faire mon boulot. »

Respect yourself, respect the ladies, ok ?
Respect yourself, respect the ladies, ok ?

Sommé de se justifier, Sébastien Roch ne s’interdit pas l’envoi de quelques piques aux personnes le jalousant.

« Avec Hélène et les Garçons, nous avons pour unique prétention de faire du divertissement. Rien de plus et il ne faut pas dire aux acteurs qu’ils sont débiles parce qu’ils tournent dans une série comme celle-là »

Celui qui a échoué au Cours Florent interprète son succès comme une revanche personnelle sur la vie. Une réponse à une journaliste semble néanmoins montrer que Sébastien Roch reconnaît vite les limites de son succès : « Être vedette grâce à une série comme Hélène et les Garçons, je trouve ça un peu facile. J’espère pouvoir justifier à moyen terme ce succès en interprétant autre chose et là, je l’apprécierais à sa juste valeur (…) Au départ je pense que les gens m’aimaient pour Cricri d’Amour. Puis il y a eu la presse, des interviews où l’on nous a vu hors du contexte de la série. C’est sûr, les gosses m’appelleront toujours Christian et c’est très bien ainsi. Lorsque je vais voir un môme de huit ans qui me regarde avec de grands yeux et qui m’appelle Cri-Cri, ça me fait plaisir. »

Nico accepte le fameux chèque offert par Christian. Le prix à payer pour continuer à jouer de la musique au lieu de réviser ses cours.
Sébastien vit mal les critiques. Heureusement qu’un gros chèque tombe à chaque fin de mois.

Probablement touché par les critiques, Roch tente alors de répondre aux nombreuses moqueries qui pleuvent sur les sitcoms AB. Pour lui, le succès d’Hélène et les Garçons est pourtant mérité : « C’est parce que la sitcom raconte l’histoire de jeunes, sans intervention d’adultes. De plus c’est un divertissement pur et simple, sans aucune prétention. Dans Hélène et les Garçons, on ne parle que de musique et d’amour. Et moi, je préfère faire de la télé de cette façon-là. C’est-à-dire faire des choses sympas et ne pas faire de reality-show. Avec Hélène et les Garçons, nous avons pour unique prétention de faire du divertissement. Rien de plus et il ne faut pas dire aux acteurs qu’ils sont débiles parce qu’ils tournent dans une série comme celle-là. »

« Oui AB Productions nous exploite mais ce n’est pas grave pour le public »

Quand on lui parle de la série rivale Seconde B, qui se voulait alternative à Hélène, Sébastien contre-attaque selon la doxa établie par Jean-Luc Azoulay : « Si Seconde B veut montrer la réalité telle qu’elle est, je répondrais : est-ce vraiment nécessaire ? C’est complexe de traiter des sujets aussi délicats que les problèmes des banlieues, du sida, de la drogue en 26 minutes. Il faut être prudent et si les gens de France 2 ont la prétention de traiter les sujets des jeunes, je demande à voir le résultat ».

Cricri et Nico, deux idoles pour toute une génération.
Cricri et Nico, deux idoles pour toute une génération.

Conscient de ce que représente la machine AB, Roch préfère retenir ce qui lui semble le plus important. Ainsi dans la plus pure rhétorique AB, il préfère vanter les mérites de la suprématie du « public » sur toute autre considération purement théorique, tout en soulignant les inévitables répercussions sur les comédiens : « Oui AB Productions nous exploite mais ce n’est pas grave pour le public. Ça l’est beaucoup plus en revanche pour ceux qui sont à la base de cette exploitation. Malgré tout, je tire mon chapeau à Dorothée qui exerce son métier de manière exceptionnelle. J’espère simplement qu’elle aime ce qu’elle fait, tout simplement. » Le public est en effet au cœur du discours de tous les membres d’AB, des comédiens aux producteurs.

« Si un jour j’arrive à faire des choses sympas, ce sera grâce à mes fans. Pour les gens du métier, c’est un baromètre. Ils voient ce qui se passe et pensent : Sébastien a peut-être un truc à dire (…) J’espère qu’ils seront toujours là même si j’arrête la série »

Pour se défendre face à aux élites intellectuelles très critiques envers la qualité intrinsèque des sitcoms, les comédiens d’AB Productions ne peuvent que s’appuyer sur le public qui les soutient en masse. Et à la télévision, l’audimat prime sur toute autre considération. Roch ne fait pas exception à la règle et brosse son public dans le sens du poil : « Mes fans ? Je les applaudis et je les remercie ! C’est grâce à eux qu’aujourd’hui j’existe et qu’on me permet de faire ce que je fais. Je fais partie de ce genre de gens en qui on ne croit pas toujours…. si un jour j’arrive à faire des choses sympas, ce sera grâce à mes fans. Pour les gens du métier, c’est un baromètre. Ils voient ce qui se passe et pensent : Sébastien a peut-être un truc à dire (…) J’espère qu’ils seront toujours là même si j’arrête la série. »

Poor lonesome Cowboy.
Sébastien va quitter l’autoroute de la gloire pour les sentiers battus de l’underground.

Si l’on peut lire l’inquiétude dans la dernière phrase de Sébastien Roch quant à la versatilité supposée du public d’AB, Roch se trouve néanmoins une sorte d’utilité sociale. Plus fort que l’Éducation Nationale, le comédien se donne pour mission de transmettre le savoir à ses jeunes fans avides de connaissances : « Je devais jouer dans Don Juan. C’était annoncé partout. Mais c’est annulé. Il y a quelques temps, une fan m’a dit : « Wouaw, tu vas jouer dans Don Juan, c’est super ! Et j’ai trouvé ça génial ! » Cette fan ne savait pas ce qu’était Don Juan. Si le fait que je sois dans une série abordable, ça lui fait lire la pièce de Molière, je trouve ça très bien. Si ça peut donner un lien direct entre le classique et les jeunes, je veux bien être ce lien-là. »

« Le métier, il ne m’intéresse pas. Il est tellement pauvre… Les gens qui le font le savent. C’est une vérité qui est bonne à dire. Déjà, pour faire ce job, il ne faut pas être bien dans sa peau. Ça, on ne me l’enlèvera pas… la plupart des gens qui font ce métier, ont mal quelque part »

Mais ce succès devient vite pesant pour Sébastien Roch. Selon Fabien Remblier, c’est la question de la reconnaissance des gens du métier qui taraude le jeune comédien : « Il avait le public, il avait presque le talent… Mais comme nous, il n’avait pas la reconnaissance de la profession et il en souffrait. » Lorsqu’on relit les différentes interviews de Sébastien à l’époque, on peut y lire tout un tas de réflexion sur la célébrité et le star system.

La jeunesse française des années 90 te remercie pour toi, Cricri.
La jeunesse française des années 90 te remercie pour tes sages paroles, Cricri.

Voilà ce que pouvait déclarer Sébastien Roch dans le magazine Super : « La société est vraiment une jungle. C’est aussi quelque chose que j’ai appris. Une jungle à l’état pur, un monde sauvage… Je ne parle pas du métier mais de la société. Pour moi le « métier » c’est que dalle. Je vis en société, avec des gens. C’est de ça que je parle. Le « métier », il ne m’intéresse pas. Il est tellement pauvre… Les gens qui le font le savent. C’est une vérité qui est bonne à dire. Déjà, pour faire ce job, il ne faut pas être bien dans sa peau. Ça, on ne me l’enlèvera pas… la plupart des gens qui font ce métier, ont mal quelque part. Donc ça ne peut pas être un métier quoi qu’il arrive… »

« Le succès m’a fait peur, j’en avais vraiment plein le cul à un moment donné »

Dans cette véritable crise existentielle que traverse le comédien, une leçon est tirée pour l’ensemble de la jeunesse française : « Parfois, j’ai l’impression que nous sommes foutus. Partout, il y a la guerre, la misère… Je sais, c’est banal de dire ça, mais je le ressens vraiment. Voir un mec qui fait la manche me révolte. C’est grave de constater qu’aujourd’hui il existe encore des choses pareilles. J’appartiens à une génération condamnée. L’amour c’est compromis. Il y a le sida. Le boulot, ce n’est guère encourageant pour beaucoup de gens. Les journaux, les infos regorgent de trucs immondes, de catastrophes. Tout ça est bien flippant. Il ne faut pas accuser les jeunes, ils ne sont pas en faute. Ils ne font que prendre ce qu’on leur donne. C’est-à-dire rien de franchement constructif. Mais ça ne sert à rien de refaire le monde, c’est un combat perdu d’avance. »

Sébastien prisonnier de son personnage aspire à autre chose.
Sébastien prisonnier de son personnage aspire à autre chose.

Si Sébastien refuse de refaire le monde, il prend la mesure de sa surmédiatisation et décide de tout plaquer : « Le succès m’a fait peur, j’en avais vraiment plein le cul à un moment donné. Maintenant je n’y pense plus parce que je suis ailleurs, j’ai franchi le cap… Oui ça m’a déstabilisé quelque part. C’est à cause de ça que j’ai fait cette analyse des gens et du monde. Parce que… parce que on s’aperçoit que ça ne tient à rien, que c’est débile tout ça. Surtout après un truc aussi aseptisé que… Aussi injuste ! Sans mérite, sans rien ! »

« Cricri d’Amour, c’est comme le chocolat, il ne faut pas en abuser »

Cette colère et ce sentiment d’injustice sont palpables dans ses déclarations de l’époque. Tout ça est loin du discours de Sébastien Roch dans TMC en 2011 et de la « distance » immédiate qu’il aurait prise face au succès. Car non, à cette époque, Sébastien pète vraiment les plombs et quitte la sitcom en pleine gloire. Las des critiques contre les productions AB, l’esprit tourné vers de nouvelles formes artistiques, Sébastien voit plus loin. Est-ce un acte de courage de quitter le confort de la sitcom ou bien un terrible excès de confiance envers ses propres capacités à se faire une place dans le « métier » ?

Sur le moment, Sébastien semble croire à son destin : « En un an et demi, j’ai fait le tour. J’ai appris énormément, mais je préfère m’en aller quand tout va bien, avant de risquer d’ennuyer les gens. Cricri d’Amour, c’est comme le chocolat, il ne faut pas en abuser. » Toutefois, Sébastien n’est pas le premier à avoir tenté l’aventure ailleurs. D’autres avant lui ont tenté de fuir AB, à l’instar de son collègue David Proux, aussitôt éliminé de la sitcom par JLA (c’est-à-dire exilé en Finlande). Ce départ fracassant d’Étienne sera toutefois de courte durée, puisque le jeune comédien reviendra par la petite porte dans les productions AB (dans la sitcom l’Un contre l’Autre).

« Le Cricri d’amour n’est le plus petit rigolo de service. Il est désormais le junkie de la bande, celui qui bat les femmes, ment à ses amis, vole l’argent de sa cousine pour se payer des doses d’héroïne, sort avec une dealer cougar et, comble du trash, met enceinte Linda avant de lâchement l’abandonner en pleine grossesse »

Pour les fans d’Hélène et les Garçons c’est la catastrophe. Pour les producteurs de la série une immense perte. Comment remplacer le Cricri d’Amour ? Deux possibilités s’offrent alors à Jean-Luc Azoulay : soit lui trouver un joker à la hauteur, ou bien détruire à jamais l’image de Christian auprès des fans, dans les quelques épisodes qu’il reste avant son départ.

La première solution est délicate. Nicolas Bikialo, son remplaçant dans le groupe, batteur de son état, ne tient pas la comparaison. Il fera son petit bonhomme de chemin, mais laisse Johanna et le jeune public féminin orphelins à jamais du Cricri d’Amour.

Qui pour remplacer un tel talent ?
Qui pour remplacer un tel talent ?

Reste alors la deuxième solution, la plus machiavélique mais surtout la plus drôle. Elle permet à la sitcom, jusque-là bon enfant, de basculer dans le sordide. Le Cricri d’amour n’est le plus petit rigolo de service. Il est désormais le junkie de la bande, celui qui bat les femmes, ment à ses amis, vole l’argent de sa cousine pour se payer des doses d’héroïne, sort avec une dealer cougar et, comble du trash, met enceinte Linda avant de lâchement l’abandonner en pleine grossesse.

Un mec sympa, surtout avec ses potes.
Un mec sympa, surtout avec ses potes.
violencris
Avec les filles aussi il sait y faire.

Toutefois, enfant du péché, le fœtus ne survivra pas à l’accident en scooter de l’australienne suite à la tristement célèbre « affaire de la paella ». Les dernières apparitions de Christian ont donc été d’une violence rare dans l’histoire des sitcoms AB. Tournées pendant le mois de préavis de Sébastien Roch, elles ne laissent planer quasiment aucun doute : il ne reviendra pas. Le traître ira ainsi faire sa carrière de grand acteur ailleurs, car avec JLA, on ne plaisante pas.

« J’entre dans le système. Je joue avec… Tout en restant honnête, c’est-à-dire que je ne suis ni un requin, ni un arriviste »

Ce qu’il faut retenir dans cette histoire, c’est que lorsque l’on souhaite quitter la sitcom sans l’autorisation de son créateur, on finit donc héroïnomane et on bat les femmes. Lorsque l’on revoit la série a posteriori, on ne peut que se réjouir devant un tel spectacle. Le Cricri d’amour devient le personnage le plus mythique d’AB, défoncé du matin au soir.

Petite forme le Cricri.
Petite forme le Cricri.

Un vrai Jim Morrison du pauvre, qui lui vaut cette sentence définitive de son meilleur ami Nicolas : « A partir de maintenant, Christian n’existe plus pour moi. » JLA poussera le concept à son paroxysme quelques épisodes plus tard lors de l’affaire dite du « space cake d’Hélène ». Désormais, Sébastien Roch est un homme libre, persuadé que l’étiquette AB sera vite oubliée et qu’il aura tôt ou tard sa chance : « J’entre dans le système. Je joue avec… Tout en restant honnête, c’est-à-dire que je ne suis ni un requin, ni un arriviste. Mais je veux faire ma vie… je ne veux pas que l’on me touche. Et le système… je ne veux pas me faire de faux amis. Je ne suis pas en quête d’amitiés, je suis en quête de… « trips » dans mon métier. Parce que j’aime mon métier et le système ne me fait pas rêver. Mais plus les générations avancent, plus tôt on fait les choses, et plus vite on avance… et pour moi un homme politique ou un clodo, dans la rue c’est le même. On ne peut pas me duper. »

« La musique, ce n’est pas compliqué. Il faut jouer avec ses propres vibrations »

Pourtant, la réalité rattrape vite Sébastien Roch. Passée l’euphorie du départ, les propositions et les « trips » espérés se font attendre. Bien décidé à ne pas laisser passer sa chance, Sébastien Roch se lance dans son grand projet, la musique. Une vieille passion déjà évoquée durant ses années sitcoms : « J’aime beaucoup mon personnage. La série me permet en plus de faire tout ce que j’aime car je veux aussi monter mon groupe de rock. Avec mes copains de route, nous répétons comme des fous en banlieue. Je suis le chanteur, mais je touche aussi à la batterie ou à la guitare. La musique, ce n’est pas compliqué. Il faut jouer avec ses propres vibrations. »

Si JLA avait pu, il aurait rebaptisé la chanson "Au Bar d'Alfredo".
Une vraie rock star.

Baignant dans la musique depuis sa plus tendre enfance au son des basses de la boite de nuit familiale, Roch devait fatalement se diriger vers la musique : « Très tôt, j’ai su ce que c’était le métier de disc-jockey. A 10 ans, je savais me servir des platines (…) Et j’ai eu ma première batterie à 7 ans. Je me souviens que je voulais la peindre en noir et graver AC/DC dessus… mais mon frère a fait tomber le pot de peinture ! »

Un premier single sort pour le Cricri d’amour : le mythique Au Bar de Jess. Un titre inoubliable aux sonorités 80’s, dans lequel Roch dévoile son influence majeure, Serge Gainsbourg. Au programme : alcool, sexe et décadence. Le « Bar de Jess », chanson décalée par rapport aux productions salessiennes d’Hélène Rollès ou de Christophe Rippert, séduit le public féminin et entre à la 15ième place au Top 50 en 1992.

« Le Bar de Jess c’est un lieu irréel, un lieu où tout le monde peut passer un jour, mais aussi un chez-moi car j’aime vivre la nuit »

Sébastien est fier alors de présenter sa première œuvre : « C’est un lieu irréel, un lieu où tout le monde peut passer un jour, mais aussi un chez-moi car j’aime vivre la nuit. Les paroles évoquent un songe, un fantasme de tous les jours. C’est comme quand, dans la rue, on est attiré par une inconnue. On imagine toute une vie derrière un visage mais on se contente de toucher avec les yeux… il y a trois ans, j’étais au cours Simon quand j’ai rencontré Christian Schwarz qui a produit « Au Bar de Jess » et en a écrit les paroles. J’avais 17 ans et lui 15 de plus, il voulait que je joue dans un clip qu’il devait réaliser et qui n’a pas abouti. Mais notre amitié était née car je vivais alors les mêmes espoirs et les mêmes galères que lui à mon âge. Cette chanson, j’espère qu’elle va me permettre d’enregistrer un bel album. » Ce projet d’album sera à l’origine de la plus grande désillusion du néo-chanteur.

« Mon disque n’était pas terrible ! J’ai ramé au studio et j’étais très en dessous de ce que je souhaitais »

Personne à l’époque ne souhaite signer le « Cricri d’amour »d’Hélène les Garçons. Il réussit néanmoins à produire dans son coin son album, le bien nommé Silences. Un accouchement douloureux selon ses dires : « Mon disque n’était pas terrible ! J’ai ramé au studio et j’étais très en dessous de ce que je souhaitais. En concert heureusement j’ai réarrangé les morceaux. C’était mieux. Dorénavant, je ne ferais plus de concessions. Le show-biz traditionnel, la frime, les mecs qui pètent les plombs sur les plateaux télé, je n’en veux plus. »

La genèse de cet album est en effet chaotique. Fabien Remblier nous la décrit avec son ironie habituelle : « Sébastien qui avait tenté d’échapper à la série pour tenter une carrière de chanteur et avait enregistré un album, le fit distribuer, en désespoir de cause, par le label « Pense à Moi », appartenant à AB. Il avait voulu sortir du moule, mais y retournait, comme happé inexorablement par la machine AB. Pour exacerber son côté rebelle, il avait inséré sur le livret de l’album une photo de lui, le jean sur les chevilles, qui a dû affoler les fans. Quelle audace ! Son single « Au bar de Jess » monta rapidement dans les tops, mais Sébastien était frustré de ne pas réussir à se sortir de la nébuleuse AB. »

« Il fallait une nana qui ait des couilles et un mec qui ait une chatte »

Silences sort donc sur le label Pense à Moi, une sorte de catalogue rassemblant tous les losers rachetés par AB Productions (Dave, Carlos, Alain Barrière, Linda de Souza, Jeanne Mas, Benny B…etc). La production est très inégale mais le concert à la Cigale en partenariat avec M6 connaît un relatif succès. Toutefois, devant l’impossibilité de s’exprimer en dehors de la sphère AB, Sébastien Roch se sépare une nouvelle fois de son emprise.

C’est le début d’une longue traversée du désert pour Roch qui revient aux fondamentaux, ou plus cyniquement, dans le seul endroit prêt à l’accueillir : le théâtre. Alors qu’Hélène et ses amis rejoignent la grande maison de la sitcom du Miracle de l’Amour, Roch disparaît peu à peu de la sphère médiatique et se lance dans des productions obscures. Le salut semble cependant venir du réalisateur Étienne Faure, qui lui offre le rôle qu’il croit être celui de sa vie, dans « In Extremis » en 1999.

Violent le passage de star de sitcoms à celle de figure bisexuelle de l'underground.
Violent le passage de star de sitcoms à celle d’icône bisexuelle de l’underground.

Ce film, Sébastien en est à l’époque très fier : « Je me suis battu pour y interpréter le rôle de Thomas. J’estime que si tu veux obtenir quelque chose, il faut montrer ta motivation. C’est à force de parler avec Étienne Faure que nous nous sommes découverts et que nous avons pu travailler ensemble. Je lui ai ensuite suggéré de choisir Julie Depardieu pour le rôle d’Anne. Pour ma part, j’amène un côté féminin que j’assume complètement, tandis que Julie amène un côté masculin à son personnage féminin ! C’est là qu’on se retrouve. En clair il fallait une nana qui ait des couilles et un mec qui ait une chatte ! »

Étienne Faure n’est pas une première connaissance pour Sébastien Roch qui avait été partie prenante d’un obscur court métrage avec Guillaume Depardieu et un certain Yannick Debain au début des années 90 : « Étienne est important car c’est la personne qui a cru en moi et ce film m’a permis de passer à autre chose. Ce film est une arme, je le revendique et je pense qu’il vieillira bien. » C’est le premier rôle au cinéma pour Roch, qui interprète un bisexuel dans ce long métrage à petit budget et ostensiblement glauque. On peut y voir en effet des scènes troublantes dans lesquelles Sébastien baise avec un homme.

« Aujourd’hui je me suis mis une autre étiquette, celle d’un acteur de film connoté ‘underground’. Je suis passé du blanc au noir brutalement ! »

Désormais, Roch est l’idole des gays et du cinéma underground : « J’ai tout entendu : on m’a étiqueté AB Productions, Cricri d’amour, Hélène et les Garçons… il y a dix ans quand tu faisais du sitcom, t’étais interdit de plateau ailleurs. Par contre c’est vrai que j’ai réalisé que ‘In Extremis’ était complètement à l’opposé de ce que j’avais fait auparavant. C’est un rôle à contre-emploi ! Aujourd’hui je me suis mis une autre étiquette, celle d’un acteur de film connoté ‘underground’. Je suis passé du blanc au noir brutalement ! J’ai aussi réalisé que le cinéma était une véritable industrie (…) Par contre c’est vrai que toucher les parties intimes d’Aurélien Wilk, c’était plus mon boulot de comédien que mon trip perso ! »

Tout ça pour ça. Sébastien revient... comme (presque) tout le monde.
Tout ça pour ça. Sébastien revient… comme (presque) tout le monde.

Roch fait un petit buzz et sa prestation ne passe pas inaperçue auprès du métier puisqu’il est pré-nominé aux Césars dans la catégorie du meilleur espoir masculin. Une belle reconnaissance pour celui qui se sent ostracisé depuis son passage chez AB. Espoir néanmoins sans lendemain pour le comédien, qui replonge aussitôt dans l’anonymat.

Sans aucune perspective, Sébastien Roch finit par accepter bon gré mal gré la proposition de Jean-Luc Azoulay, qui rêvait secrètement d’un retour du Cricri d’amour dans sa nouvelle série, Les Vacances de l’Amour. Christian débarque alors à « Love Island » comme si de rien n’était. Oubliées les histoires de drogues et d’agressions. Alors qu’il avait juré de ne plus jamais revenir, Roch tente d’expliquer son « retournement de veste » en affirmant à l’émission « Exclusif » qu’il avait envie, à l’instar de ses anciens collègues, de « [se]faire dorer les fesses au soleil de Saint-Martin ».

Le retour assez émouvant de Sébastien Roch ne dure que le temps de quelques épisodes, mais permet à la bande d’amis d’Hélène de renouer des liens qui serviront à l’élaboration du grand retour des héros d’Hélène et les Garçons dans les Mystères de l’Amour.

« Je peux dire que j’ai vécu et que je vis encore une certaine forme de discrimination dans mon métier »

Toutefois, les années 2000 voient d’autres projets hors AB pour Sébastien Roch. En 2004, il joue au théâtre « D’Edgar » à Paris dans une pièce intitulée « Le Café des Roses » écrite par Carine Lacroix et mise en scène par Marc Goldberg. En 2005, il apparaît dans « Ze film » de Guy Jacques. Enfin il interprète Tony le gitan aux cotés de Hugues Aufray dans la série Sous le Soleil. En octobre 2006, il remonte sur les planches dans une pièce de Lagarce «Nous les Héros », mise en scène par Guillaume Vincent au TNS (Strasbourg). Mais c’est l’année 2007 qui marque le grand retour de Roch dans les médias avec la sortie de l’album Puce de Luxe.

Difficile à le vivre de ne plus être une star. Quoiqu'il dise.
Le retour du Cri-cri prodigue.

On redécouvre Sébastien Roch dans ce deuxième disque, axé « nouvelle chanson française », mode musicale alors en plein essor. La chanson « Mes Sandales » est le premier single issu de cet opus à la production plus mature que le précèdent album. Fini l’adolescent à la tête d’ange rebelle, place au chanteur à texte, paré de sa guitare, de sa bonne humeur et de quelques sonorités électros. Ce titre, à caractère ouvertement autobiographique, a pour thème les années de succès du chanteur.

Après avoir vu les foules l’acclamer, Sébastien se retrouve seul, avec ses sandales et sa guitare. Il chante, résigné : « On me courrait après… après ce que je représentais. On me posait des tas de questions. Aux mariages, autant d’invitations. Mais le temps, le vent tourne, la page du journal, la photo ne vaut plus que dalle. Les collègues, les vrais, s’en foutent pas mal. Sans blague, je suis redevenu un mec normal ! Qu’on m’embête, qu’on me jette, qu’on s’en régale, mais je garde les mêmes sandales. » Mais les choses se gâtent avec la sortie du deuxième single. On peut y voir un Sébastien Roch relooké, dans un clip où il figure telle une pâle copie de Johnny Depp version Charlie et la Chocolaterie.

Le coup du sosie : le flop.
Le coup du sosie : le flop.

Déjà dans les années 90, Roch admettait son admiration et sa ressemblance supposée avec la star américaine : « Oui j’admire beaucoup cet acteur. Pour moi, c’est une bête… je l’ai découvert avec Edward aux Mains d’argents. Je savais qu’il avait tourné dans 21 Jump Street, j’avais dû voir un ou deux épisodes. Mais là, j’ai craqué. Allez oui il doit y avoir un petit lien de ressemblance… dans les cheveux, mais aucun mimétisme ! » Mais la vidéo, complètement ratée, suscite surtout les moqueries du public. Les divers médias parlent peu de l’album, ou alors pour rire du retour du Cricri d’amour.

« On m’a reproché d’avoir fait du commercial. Et on me l’a fait payer très cher : j’ai été jugé, évincé, classé et grillé. J’en ai souffert car la plupart des producteurs de fiction ne voulaient pas entendre parler de moi. J’ai été carrément interdit de casting ! »

En outre, aucun article ne peut évoquer le retour de Sébastien Roch sans mentionner les années AB. Ce n’est plus une étiquette, mais une marque au fer rouge qu’il a collée sur le front, comme il l’affirme dans une interview à Ici Paris : « J’ai l’impression que la presse me boude. A cause de mon passé. Un passé pas si criminel que cela ! (…) On m’a reproché d’avoir fait du commercial. Et on me l’a fait payer très cher : j’ai été jugé, évincé, classé et grillé. J’en ai souffert car la plupart des producteurs de fiction ne voulaient pas entendre parler de moi. J’ai été carrément interdit de casting ! D’ailleurs à l’époque, Michel Denisot m’avait demandé, alors que j’avais 20 ans, si j’allais refaire de la télé un jour. Et je m’entends encore lui répondre : pas avant 2006. On m’a mis des bâtons dans les roues et mon parcours est devenu chaotique. Et c’est pour cette raison que, finalement, je me sens proche des minorités. Effectivement je peux dire que j’ai vécu et que je vis encore une certaine forme de discrimination dans mon métier. » Ainsi, malgré une promo dynamique et une série de concerts, les ventes ne décollent pas, et les titres électro-rock de l’artiste ne trouvent pas leur public.

« Le producteur aurait été Universal, je vous jure que toutes les portes m’auraient été grandes ouvertes »

Pourtant l’album aurait mérité qu’on s’y attarde. L’échec commercial de l’album Puce de Luxe n’arrange pas la dépression du Sébastien Roch chanteur.

Dur dur d'être un artiste.
Dur dur d’être un artiste.

Le sentiment de vivre une nouvelle injustice est palpable dans cette interview où Sébastien se livre une fois de plus : « Aujourd’hui je reviens avec un album profond, respectable et complètement indépendant. Par ailleurs j’ai joué une pièce au Théâtre National de Strasbourg et aucun journaliste n’est venu me voir. Dans les radios, à Paris, on ne veut pas de mon album. Ne me dites pas qu’il n’y a pas un problème (…) Le producteur aurait été Universal, je vous jure que toutes les portes m’auraient été grandes ouvertes. C’est quand même paradoxal. Ils n’ont même pas la curiosité de l’écouter. En province, en Suisse, ça cartonne. A Paris, une radio soi-disant intéressée a refusé… quand le programmateur a su qui j’étais. Ça m’a clairement été dit par mon attaché de presse. Cette radio a évoqué un problème « d’éthique artistique » et de « prise de risque ». C’est affligeant ! Aujourd’hui je m’intéresse moins à ma personne. Je me sens plus calme et j’ai démystifié mes ambitions en ouvrant la porte à la vie. Je me sens un peu plus sur de moi, j’ai moins peur qu’avant parce que justement j’ai pu déplacer, dépasser mes angoisses et mes complexes. »

« On le retrouve comme on l’avait quitté : un musicien alcoolique, dépressif et incapable de donner sens à sa vie »

C’est pourquoi en 2009, foutu pour foutu, Sébastien Roch officialise son grand retour dans la série des Mystères de l’Amour. Il y retrouve son éternel rôle de Christian. Un comble pour celui qui avait voulu à jamais quitter l’univers AB Productions. On le retrouve comme on l’avait quitté : un musicien alcoolique, dépressif et incapable de donner sens à sa vie. Toute ressemblance avec la vie réelle est purement fortuite… quoique.

Les temps sont durs pour Sébastien aujourd'hui. Putain de 40 ans...
Les temps sont durs pour Sébastien aujourd’hui. Putain de 40 ans…

Toutefois, Christian ne retrouve pas cette fois sa bonne vieille Johanna. Il rencontre une certaine Angèle, jouée par Coralie Caulier, une jeune chanteuse/comédienne découverte par le télé crochet d’IDF1, avec laquelle il a une aventure. Le personnage d’Angèle n’est pas très charismatique, et une douloureuse maladie de la comédienne provoquera son brutalement son départ de la série. Durant les deux premières saisons, JLA s’amuse avec la pauvre Angèle, lui faisant vivre des aventures bisexuelles toutes droit sorties d’un téléfilm érotique d’M6. Visiblement inspirés, JLA et Sébastien Roch utilisent la chanson « Angèle », écrite pour la série, dans l’espoir de relancer la carrière de Sébastien Roch. Comme à la bonne vieille époque d’Hélène.

Si JLA tient tant à mettre le Cri-cri avec des jeunes filles, c'est qu'il doit y avoir forcément une raison...
Si Cri-cri a beau trop picoler, il continue à fourrer…

Le duo nous offre ainsi une sorte de remake du « Bar de Jess », influencé par les sonorités électro auxquelles Sébastien Roch semble attaché. En effet, las de ses échecs musicaux, Sébastien Roch renoue avec son premier amour et a un nouveau projet : devenir DJ’s. Il lance alors dans des boites de nuits des concours de DJ’s, les BFM Contest, que l’on peut admirer dans le documentaire de TMC. Du « Bar de Jess » au Cricrilex, le pendant dubstep du Cricri d’Amour, en passant par la nouvelle chanson française, l’évolution musicale de Sébastien Roch est un constant et surprenant renouvellement. Il nous réserve peut être de nouvelles surprises dans le futur.

« Christian a besoin d’être perturbé. Il n’est pas le gendre idéal »

L’année 2012 marque un tournant dans la carrière de Sébastien Roch. Après une prestation honorable dans la saison 1 des Mystères de l’Amour, saluée par les fans, Sébastien Roch retombe dans le train-train des tournages. Son personnage devient mou, limite secondaire dans les dizaines d’intrigues tortueuses de la série. Physiquement, le poids des années semble le rattraper. Son physique de vieux beau (il a gardé la même coupe de cheveux depuis 1992) n’arrange en rien l’impression qu’il dégage. Son personnage se laisse aller à tomber amoureux d’une très jeune fille (une jumelle rescapée de la secte de Virzile), d’une laideur infinie.

Les années passent mais le Cri-cri est toujours aussi bg.
Les années passent mais le Cri-cri est toujours aussi bg.

Face à la consternation de son public, lui-même reconnaît les faits : « Mon personnage est trop en douceur. Il va se réveiller. Il était un peu mielleux. Dernièrement, une fan m’a écrit : « Christian n’est pas assez méchant. » Elle a totalement raison. J’espère qu’il va se lâcher, qu’il va craquer. Christian a besoin d’être perturbé. Il n’est pas le gendre idéal. » JLA n’a-t-il plus rien à dire sur le personnage Christian ? La première partie de la saison 3 a néanmoins réveillé la bête. Christian se remet doucement mais sûrement à boire. On retrouve sa lâcheté vis-à-vis des femmes quand il se met à jouer un jeu dangereux dans le triangle amoureux qu’il forme entre Angèle et Fanny, une nouvelle promise à un grand avenir dans la série.

Cricri et sa passion pour les jeunes filles, un tantinet trop exposée dans les Mystères ?
Cricri et sa passion pour les jeunes filles, un tantinet trop exposée dans les Mystères ?

La suite des Mystères de l’Amour a confirmé l’évolution du personnage de Christian. En couple avec Fanny, puis désormais avec Chloé, la petite sœur d’Hélène (!), Christian reste à jamais un éternel adolescent. Un vieux rockeur désabusé incapable de former un couple avec une fille de moins de 20 ans que lui. Beaucoup restent néanmoins sur leur faim avec le Cricri d’amour, personnage devenu fade et manipulable. Beaucoup souhaitent le retour du vrai Cricri, l’écorché vif qui était persuadé d’avoir un destin.

« La carrière de Sébastien Roch semble atteindre un tournant. A plus de 40 ans, le toulousain semble avoir tiré un trait sur ses rêves de rock star pour se tourner vers le monde de la nuit en qualité de DJ’s »

La carrière de Sébastien Roch semble atteindre un tournant. A plus de 40 ans, le toulousain semble avoir tiré un trait sur ses rêves de rock star pour se tourner vers le monde de la nuit en qualité de DJ’s. Côté comédie, son retour dans les Mystères de l’Amour ne doit plus être seulement alimentaire. On espère y voir plus de passion, comme à la grande époque. Nous comptons bien évidemment sur JLA pour trouver de nouvelles aventures à celui qui restera quoiqu’il arrive comme une figure incontournable de l’univers AB et des années 90.

Cricri à jamais le séducteur-rockeur d'AB.
Cri-cri à jamais le séducteur-rockeur d’AB.

Un destin typique de ces jeunes apprentis comédiens ayant connu le succès trop tôt à la télévision et trop sûrs de leur talent. Plus largement, Sébastien Roch est un avatar de cette génération narcissique née dans les années 70. Dans son ouvrage précurseur, Christopher Lasch avait déjà anticipé les futurs narcisses qui pulluleront par la suite : « Narcisse se noie dans son reflet sans jamais comprendre qu’il s’agit d’un reflet. Il prend sa propre image pour quelqu’un d’autre et cherche à l’embrasser sans penser un instant à sa sûreté. La leçon de l’histoire n’est pas que Narcisse tombe amoureux de lui-même mais que, incapable de reconnaître son propre reflet, il ne possède pas le concept de la différence entre lui-même et son environnement. » [3]

En reprenant la mythologie de Narcisse, on peut parvenir à saisir le malheur qu’a pu vivre un type comme Sébastien Roch après ses échecs post-AB Productions : « Malgré ses illusions sporadiques d’omnipotence, Narcisse a besoin des autres pour s’estimer lui-même ; il ne peut vivre sans un public qui l’admire. Son émancipation apparente des liens familiaux et des contraintes institutionnelles ne lui apporte pas, pour autant, la liberté d’être autonome et de se complaire dans son individualité. Elle contribue, au contraire, à l’insécurité qu’il ne peut maîtriser qu’en voyant son « moi grandiose » reflété dans l’attention que lui porte autrui, ou en s’attachant à ceux qui irradient la célébrité, la puissance et le charisme. »

L'aventure AB de Sébastien Roch est une interminable cuite... jusqu'à la définitive gueule de bois ?
L’aventure AB de Sébastien Roch est une interminable cuite… jusqu’à la définitive gueule de bois ?

Le philosophe Nicolas Rousseau définit parfaitement ce narcissisme qui a contaminé toute notre société, et au premier plan les comédiens et chanteurs : « Le narcissisme est une pathologie de la personnalité dans laquelle celle-ci n’est pas agrandie, magnifiée, mais au contraire sur le point de s’effondrer. Le narcissique ne souffre pas d’une estime trop grande de lui. Au contraire, il peine à se constituer une image stable de lui-même. A l’opposé de tout égoïsme, le type du narcissique se caractérise par la détresse et l’anxiété permanentes, dans une incapacité à constituer un rapport apaisé à son environnement. Narcisse ne peut se faire une image réaliste de lui-même. » [4] Pour conclure, qu’on se rassure. Si le personnage de Christian doit disparaître à jamais, il restera bien un rôle à prendre dans Hollywood Girls aux côtés de Kamel et David du Loft.

 


1- http://generationab.free.fr/mysteredelamour/?p=1927 Il était une fois les sitcoms sur TMC.
2- REMBLIER, Fabien, Les Années Sitcom, Mediacom, 2006.
3- LASCH Christopher, La culture du narcissisme, traduit par Michel Landa, Paris, Champs-Flammarion, 2006
4- http://www.actu-philosophia.com/spip.php?article382

Toutes les citations de Sébastien Roch ont été puisées dans ces différents articles :
– Sébastien Roch : ses passions Dorothée magazine n°149 du 28 Juillet 92
– Sébastien Roch : Ma génération galère Club Plus vedettes n° 2 Ocobre 1992
– Sébastien Roch : exclusif Super 1993 Questions indiscrètes à Cricri d’amour et Johanna Club Plus n°5 janvier 1993
– Sébastien Roch acteur-chanteur Télé 7 jours Février 1993
– Johanna et son « Cricri d’amour » Télé poche du 22 mars 1993

 

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