Elisa un Roman Photo, la mode selon AB

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Cette série sans être tout à fait Rock’n Roll était vivante et incontrôlable…
Cecil Maury, scénariste.

Bienvenue dans l'underground de l'univers AB.
Bienvenue dans l’underground de l’univers AB.

1996. L’empire AB est en déclin. Daniel Moyne, le futur producteur du boys band Alliage [1], émet à Jean-Luc Azoulay une nouvelle idée de sitcom, vaguement inspirée de Classe Mannequin. Ce sera Élisa Top Model, sitcom centrée sur le monde de la mode, du glamour et des mannequins. A l’instar de l’École des Passions, la sitcom a pour thème un univers professionnel bien précis, articulée autour de jeunes étudiants et d’une poignée d’adultes, le tout sans les artifices habituels (rires enregistrés, jingles…), et un certain langage que l’on peut qualifier de putassier.

Une série sur la mode... bien ancrée dans les 90's.
Une série sur la mode… plutôt ancrée dans les 90’s.

Le concept de Daniel Moyne est sur le papier assez séduisant. Élisa et sa bande de copains lycéens doivent se retrouver propulsés dans l’impitoyable univers de la mode. La sitcom se veut donc plus ou moins hype. JLA fait ainsi appel à Cecil Maury [2], crédité comme « scénariste et dialoguiste, auteur, compositeur, directeur artistique et producteur exécutif de la série. » Excusez du peu. C’est un ancien chanteur des années 80, principalement connu aujourd’hui comme étant le mari d’Olivia Adriaco. Personnage à la réputation sulfureuse, il est aussi et surtout le compositeur des fameuses musiques de la sitcom.

De l’avis de tous, l’ambiance sonore est la vraie valeur ajoutée de la série, à la fois branchouille, érotique et kitsch, mais surtout tellement 90’s. Crédité sous le nom de Jax, que certains pensaient être le pseudo électro de Gérard Salesses, Cecil Maury est bel et bien la révélation de cette production. Le générique est à cet égard un summum de la ringardise made in AB Productions.

Dès le générique, on sait qu'on rentre dans un truc terriblement ringard.
Dès le générique, on sait qu’on rentre dans un truc terriblement ringard.

Élisa et son charisme d’huître !

Élisa est incarnée par la très fade et très blonde Agatha Mrowiec-Thomas. Censée être le personnage principal de la série, on s’aperçoit vite qu’elle va surtout servir d’alibi pour greffer toute une galerie de personnages plus ou moins excentriques. Car en effet, Élisa un Roman Photo a cette particularité d’être une sitcom bordélique, multipliant acteurs et intrigues. Du coup, contrairement à la simplicité organique des productions AB, Élisa complique tout et met le téléspectateur dans l’embarras.

Une héroïne bien fade. Ça part mal cette histoire.
Une héroïne bien fade. Ça part mal cette histoire.

L’héroïne est ainsi parfois carrément invisible, noyée dans le flot d’intrigues qui se propagent et souvent, la dépassent. Un vrai charisme d’huître. Constat accablant, mais juste. C’est d’autant plus malheureux pour cette comédienne qui ne peut miser sur son physique afin de pallier son absence de charisme.

Nullement laide, la comédienne est néanmoins tristement banale. Problématique sachant que c’est elle qui séduit le photographe, incarné par un ancien mannequin, Alexis Dupuy. Une scène résume parfaitement l’ennui profond que l’on subit à la vision d’Agatha Thomas pleurant toutes les larmes de son corps.

« J’ai toujours eu envie d’être comédien, mais en même temps, j’avoue avoir quelques difficultés à en accepter les galères : rôles refusés, faire des castings pour rien, connaître des problèmes financiers… »

Alexis Dupuy, alias Laurent Williamson, est une vraie révélation du casting d’Élisa. Dans un vieux Télé Club Plus retrouvé sur le net [3], on a pu en savoir plus sur le comédien et son personnage. Tout d’abord, il raconte son parcours chaotique avant de débarquer chez AB Productions : « Avant d’être mannequin, j’ai commencé par la comédie et pris quelques cours d’art dramatique. Ensuite, à 19 ans, j’en ai eu marre de Paris et je suis allé au Mexique, où j’ai vécu de petits boulots, où j’ai travaillé dans des radios. Puis je me suis installé à Barcelone, en Espagne. C’est une ville que j’aime énormément et bien plus encore. J’y ai toujours mon petit appartement. Par hasard, j’ai commencé à faire quelques photos et c’est ainsi que je suis devenu mannequin. Avec Élisa, je reviens à la comédie tout en restant dans un univers que je connais bien, celui de la mode. J’ai toujours eu envie d’être comédien, mais en même temps, j’avoue avoir quelques difficultés à en accepter les galères : rôles refusés, faire des castings pour rien, connaître des problèmes financiers… Je donne la priorité à mon bien-être et c’est vrai que le métier de mannequin me comble de ce côté-là. Je voyage beaucoup et j’ai du temps libre pour m’adonner à ma passion, le surf. »

Laurent, le "boss" du Elisa game.
Laurent, le « boss » du Elisa game.

« Je suis à peine maquillé, je me coiffe moi-même, préférant rester naturel. C’est comme cela que je vois Laurent »

Ancré dans le monde de la mode à l’image de son personnage, Alexis Dupuy s’est vite senti comme un poisson dans l’eau. Il explique lui-même son rôle : « Laurent est un photographe de mode célèbre, à la mode, sûr de lui et débordé. Il a une trentaine d’années et habite un super loft où il a installé son studio photo. Laurent est passionné par son métier et adore être en compagnie de jolies filles. Ce qui complique un peu sa vie sentimentale ! Clara, sa fiancée, est extrêmement jalouse. Mais c’est plus fort que lui, Laurent est un dragueur, il a un gros faible pour les femmes et ne se rend pas compte de ce qu’il fait endurer à Clara. Je suis facilement entré dans la peau de mon personnage. En plus j’ai une totale liberté pour la façonner mentalement, comme physiquement. Par exemple, je suis à peine maquillé, je me coiffe moi-même, préférant rester naturel. C’est comme cela que je vois Laurent. Comme lui, je connais très bien le milieu de la mode, côté mannequin et côté photographe. Je me suis donc largement inspiré de ceux que je connais. Certains se reconnaîtront peut-être ?! Je fais moi-même beaucoup de photos. J’ai des copines mannequins, je les ai beaucoup photographiées. Lorsque je vivais au Mexique, j’ai fait des reportages sur les villages aztèques. Mais je ne suis pas aussi sur de moi que Laurent, je n’ai pas une aussi belle voiture et je n’ai pas les mêmes aspirations que lui. »

Alexis Dupuy et sa fameuse coiffure de "beau gosse".
Alexis Dupuy et sa fameuse coiffure de « beau gosse ».

« Agatha, l’interprète d’Élisa, est une fille très sympa, charmante, mais jamais je ne chercherais à essayer de la séduire »

Alexis Dupuy le reconnaît, il y a beaucoup de sa propre personne dans le rôle de Laurent. Comme toujours chez AB. Au fur et à mesure que la série avance, on voit d’ailleurs à quel point l’acteur prend le pas sur le personnage : barbe de trois jours, cheveux en bordel, insultes à tout va… Alexis a un certain charme et beaucoup de naturel. Sa relation avec Élisa est par contre très décevante. Pourtant, tout avait bien commencé puisque Laurent craque immédiatement pour la petite blonde : « Je suis peut être taré, mais c’est elle qu’il me faut. » La suite se révèle être loin du conte de fées.

La femme du boss, Clara. Notez bien les noms.
La femme du boss, Clara. Notez bien les noms.

Élisa est pourtant censée être sa muse, mais il ne se passe dramatiquement rien entre les deux. Pas même une coucherie hors tournage, comme tient d’ailleurs à le rappeler poliment Alexis : « Agatha, l’interprète d’Élisa, est une fille très sympa, charmante, mais jamais je ne chercherais à essayer de la séduire. Nous sommes simplement deux personnes qui sommes contentes de travailler ensemble. » Dommage, rien à voir avec ce qu’il se passe dans l’École des Passions entre Virginie Caren et Sébastien Courivaud.

Aline, une amie qui vous veut du mal

Dans la série, Élisa est plaquée par son petit ami (joué par un second couteau bien connu, Pascal Gauchot), dès le premier épisode de la série ! Après une petite crise et quelques scènes larmoyantes dans son lit, Élisa décide de se concentrer dans sa nouvelle carrière de mannequin. Elle abandonne ses études, gagne de l’argent mais n’a plus aucune histoire d’amour. Plus rien ! Incroyable. Au contraire, c’est sa meilleure amie, Aline, incarnée par Sylvie Wéber, qui va vivre de son côté une histoire d’amour… avec l’assistant de Laurent, le sémillant Stéphane.

« Je suis devenue comédienne presque par hasard »

Plus ou moins inspirée du personnage d’Annette, la brunette Aline est l’un des nombreux cas sociaux de la série, peut-être le pire. Éperdument amoureuse du jeune homme, follement jalouse, elle réussit à intégrer l’équipe de Laurent en tant qu’assistante styliste. Un vrai cheval de Troie qui va mettre un sacré boxon.

Aline... la schizo.
Aline… la schizo.

Dans l’inévitable Télé Club Plus, la comédienne Sylvie Wéber revient sur son parcours décousu : « Je suis devenue comédienne presque par hasard. Après mon bac littéraire, j’ai commencé des études de communication d’entreprise, d’anglais, puis de tourisme et loisirs. J’ai tout commencé mais rien terminé. Et pourtant, on m’a toujours habituée à baser ma vie sur des choses tangibles. Par exemple, ne pas passer mon bac aurait été inimaginable. Mais arrivée en fac, j’ai vite déchanté. J’aspirais à apprendre pour apprendre. Pour le plaisir d’en savoir toujours plus. Mais la course aux diplômes allait trop vite pour moi, sans me laisser le temps de m’épanouir. Alors j’ai laissé tomber et j’ai commencé à travailler. Le monde du travail a un côté très agréable comme celui de pouvoir s’assumer. Mais avec la routine, l’absence de but (…), devenir comédienne, c’était faire quelque chose de ma vie. J’ai senti que je pouvais assumer ce choix, tout comme les regards que je croisais parfois, qui semblaient dire : « Ma pauvre petite, comme si on t’attendait ! » J’ai fait mon sac et j’ai pris le train pour Paris. J’ai trouvé une place de fille au pair et un cour de théâtre à Fontenay-sous-Bois. J’ai accroché tout de suite. Pour la première fois de ma vie, j’étais prête à m’investir plusieurs années pour atteindre un but ! »

« Côté fringues, j’ai comme Aline ce côté habillée différemment des autres, à base de noir »

Comme beaucoup d’apprentis comédiens, Sylvie Weber a connu les galères et les doutes avant d’arriver dans la maison AB : « J’ai tenté le conservatoire et le cours de la rue Blanche, à Paris. On m’a gentiment remerciée… j’avais décidé que pendant cette deuxième année à Paris, je dérocherais des rôles. Mais quand tu te présentes à un casting en pensant qu’il faut absolument gagner de l’argent, tu n’es pas épanouie et les gens le sentent. Une vraie galère ! Pas facile à Paris d’être jeune sans argent et sans chez soi. Alors j’ai pris le taureau par les cornes et j’ai trouvé un job (…), un super petit boulot. Je faisais des sondages. Bien payée, sans contrat qui m’aurait liée pour longtemps. Du coup j’ai auditionné pour un cours de théâtre, j’ai été retenue… et j’ai lâché mon boulot ! Je me suis consacrée à la comédie (…), j’ai commencé comme répétitrice sur le tournage d’une sitcom éducative. Je n’avais qu’une envie : faire le grand saut. Mais quand au cours de théâtre j’ai vu la technique des autres élèves, je me suis sentie toute petite. »

Finalement ce parcours s’est concrétisé dans le rôle d’Aline, que la comédienne défend bec et ongles lorsqu’on lui parle de son couple avec Stéphane : « C’est une jeune fille volontaire (…) ce n’est pas une fille arriviste. Elle aurait craqué sur lui même s’il n’avait pas été assistant photographe (…), par contre je n’aurais jamais osé sauter sur ce type, même raide amoureuse. En revanche, côté fringues, j’ai comme elle ce côté habillée différemment des autres, à base de noir. »

Stéphane, l'assistant du boss et petit ami martyr d'Aline. Un bon gars malgré tout.
Stéphane, l’assistant du boss et petit ami martyr d’Aline. Un bon gars malgré tout.

Toutefois, ce que ne dit pas Sylvie Weber, c’est que son personnage est loin d’être sain d’esprit. Alors que Stéphane, interprété par le sympathique Benjamin Kaufols, est calme, gentil, Aline est pénible, paranoïaque, lunatique, voire complètement tarée. Ne comprenant pas que son petit ami photographe puisse travailler avec des mannequins en petites tenues, elle pique crise sur crise.

Attention, ne pas essayer de faire la même chose chez vous.
Aline, une fille équilibrée.

Psychologiquement instable, elle va jusqu’à se saouler [4] dans le studio de Laurent, s’écraser en scooter ou le tromper avec un mannequin pour le rendre jaloux. Un vrai démon. Du genre à faire péter les plombs de son petit ami, pourtant de nature à ne jamais s’énerver. Ou encore à l’obliger à faire vraiment n’importe quoi quand elle picole trop.

« J’suis vert »

Les autres amis lycéens d’Élisa pénètrent à leur tour dans le milieu de la mode. C’est le cas tout d’abord de Grégory, incarné par le « célèbre » Hervé Noël [5]. Voilà ce que dit le communiqué de presse d’AB de lui : « Fasciné par la mode et surtout par les mannequins, Grégory est de plus en plus décidé à devenir photographe. Tandis que Stéphane est prêt à l’aider à apprendre le métier, Grégory se met en quête de modèles. »

"J'suis vert, ils m'ont foutu avec un thon".
« J’suis vert, ils m’ont foutu avec un thon ».

« L’idée était de faire un gimmick à la Audiard »

Abandonnant lui aussi ses études, il se trouve un pseudo, Greg Prexton. Il se lance dans le métier de photographe. Mais c’est surtout un dragueur compulsif. Personnage culte de la série, on se souvient avant tout de son inimitable expression que l’on doit subir à chaque épisode : « J’suis vert ». Les blagues les plus courtes sont les meilleures… mais pas chez AB ! Que ce soit en début, au milieu ou en fin de phrase, Hervé Noël nous gratifie toujours d’un « j’suis vert », pas forcément en adéquation avec le contexte. Exemple type d’un « j’suis vert » mal placé :

– « Ça va toi ?
– Ouais super.
– Cool. J’suis vert. »

Parfois on a le droit à quelques variantes : « J’suis pas n’importe qui, j’suis vert ». Les autres personnages peuvent aussi participer à ce festival de verdure : « Tu devrais passer au rouge, on aura l’impression que t’as mûri ! » Cecil Maury nous expliquera, sans grande conviction, que l’idée était de faire un gimmick à la Audiard. De l’avis général, l’effet est totalement raté mais demeure culte.

Reste le cas Marie-Charlotte. L’autre meilleure amie d’Élisa est à son tour entraînée dans le vice de l’univers de la mode. Pourtant au départ, tout n’était pas gagné car cette dernière est présentée comme le parfait modèle de la petite intello coincée à lunettes, réticente à l’évolution d’Élisa en mannequin.

Mais sa métamorphose se concrétise au fur et à mesure de la sitcom. Elle se lance à son tour dans le mannequinat. Ironie du sort, tous les garçons craquent et elle parait bien plus sexy que l’héroïne de la série !

Marie-Charlotte en mode intello...
Marie-Charlotte en mode intello…
Marie-Charlotte en mode caca...
Marie-Charlotte en mode caca…
Marie-Charlotte en mode cuir...
Marie-Charlotte en mode cuir…

On passera rapidement sur Julien, joué par le (trop) timide Jérôme Brunner. En effet, on ne comprend pas vraiment l’intérêt de ce personnage qui, il faut l’avouer, ne sert pas à grand chose. Prétendant hypothétique à la place de petit ami d’Élisa, il n’est jamais sérieusement mis en avant par les scénaristes. En outre, en ressemblant physiquement aux autres garçons du casting, il ajoute de la confusion à une série qui n’en avait pourtant pas vraiment besoin. Bref, un vrai gentil, mais surtout un boulet.

« A contrario de tous les sacro-saints principes d’une sitcom AB, Élisa est compliquée à suivre »

Alors que les premiers épisodes de la série se concentrent sur la petite bande de lycéens, l’ennui se fait vite sentir. C’est mou, convenu, il ne se passe à vrai dire pas grand chose. Heureusement, les scénaristes se lâchent progressivement et décident de concentrer l’intrigue autour de la vie bordélique de Laurent. Laurent est de ce fait la figure centrale de la série. C’est à lui qu’arrive toutes les merdes. Le premier problème pour notre faux beau gosse demeure principalement sa femme, une galloise plutôt sexy.

La très sexy Delphine - pas encore - de Turckheim.
La très sexy Delphine – pas encore – de Turckheim.

Alice Evans, ou plutôt Clara, se révèle féroce et jalouse. Professionnellement, elle travaille aussi dans la mode, en tant que créatrice. Un vrai conflit d’intérêt entre elle et son mec voit alors le jour, polarisé un temps sur le cas Élisa. Mais c’est sur le sujet de l’ex de Laurent que le couple vacille. Clara a en effet pour rivale Rebecca, érotiquement incarnée par Delphine Malachard. Sorte de sosie de Coralie Trinh Thi (mais en mieux), elle gravite toujours autour de son ex. Elle est avant tout le mannequin star du magazine Lipstick pour lequel bosse régulièrement Laurent.

Laurent, photographe exalté...
Laurent, photographe exalté…

Le deuxième problème pour Laurent est le sexy Monsieur Demarchelière, le patron du grand journal de mode, dont le patronyme n’est évidemment pas sans rappeler un célèbre photographe.

Pour nous compliquer la tâche, les scénaristes ont effectivement multiplié les intrigues. A contrario de tous les sacro-saints principes d’une sitcom AB, Élisa un Roman Photo est une sitcom… compliquée, d’autant plus que le nouveau montage n’a pas arrangé les choses. [6]

Laurent, un mec énervé

C’est pourquoi il est nécessaire de garder une concentration intense pour saisir les enjeux de pouvoir entre Monsieur Demarchelière, Lily la rédactrice en chef, Julie l’agent chef des mannequins, Rebecca et ce bon vieux Laurent. Ce dernier pète les plombs régulièrement face aux manipulations et coups tordus. Capable d’agresser ses collaborateurs lors de fameuses crises de paranoïas, ou encore de crier son mal-être existentiel : « MAIS QU’EST-CE QUE VOUS AVEZ TOUS. J’EXISTE MERDE. ET JE LE PROUVERAIS !!! »

Un photographe pas vraiment ravi d'être la cible d'un paparazzi.
Pas vraiment ravi d’être la cible d’un paparazzi.

Pour mieux saisir la trame, il faut expliquer la situation : Monsieur Demarchelière et Julie se battent pour obtenir l’exclusivité du contrat d’Élisa, censée devenir le grand mannequin du futur. Laurent doit donc choisir entre garder son indépendance (et donc les droits sur sa petite protégée, en plus de son intégrité artistique) ou collaborer pour Lipstick, au sein duquel travaille sa femme… troisième problème. Heureusement, au milieu de ce grand bazar, la sitcom est peuplée de toute une peuplade de seconds couteaux de qualité.

Les gueules des comédiens à la lecture des scénars d'Elisa...
Les gueules des comédiens à la lecture des scénars d’Élisa…

Un Charlot chez AB

On notera tout d’abord la présence de Jean Sarrus himself, qui apporte une touche nanardesque à la série de par son passé de charlot. Il joue pendant quelques épisodes le patron du bar où se réunissent les lycéens. Malheureusement, son potentiel comique n’est pas du tout exploité. Il réussit tout de même à résumer la sitcom par cette magnifique phrase : « Le monde est remplit d’amoureux qui se disputent… et se réconcilient. »

Les Charlots rules !!!
Les Charlots rules !!!

Autre personnage qui vaut le coup d’œil, Anthony Debaeck. Un second couteau qu’on a déjà pu apercevoir dans les sitcoms Premiers Baisers ou Hélène et les garçons, dans lesquelles il joue invariablement le rôle d’un petit bourgeois. Ici encore, il est le petit ami de Marie-Charlotte, intello ringard vantant les qualités du film le Cuirassé Potemkine. Un autre running gag de la série, où ce chef d’œuvre est lourdement considéré comme un film barbant.

Trop de sitcoms tuent les sitcoms pour Caroline Hème...
Trop de sitcoms tue les sitcoms pour Caroline Hème…

Dans l’équipe de Laurent, on notera la présence de la très jolie et adorable Caroline Hème, déjà vue dans le Miel et les Abeilles (Lolo Be Bop) et dans la fin d’Hélène et les Garçons (Taxi). Elle y joue la styliste, à la fois naïve et ambitieuse. Un peu en retrait dans Élisa, elle donne l’impression de s’ennuyer, ou alors de ne pas comprendre elle aussi le scénario. Quoi qu’il en soit, elle a pu donner son sentiment que la série : « Oui c’était sympa, mais moins fun que sur Hélène. »

« Ma plus grande frustration a été de ne pas bosser avec des comédiens. Ils et elles étaient mignonnes mais ne connaissaient rien à la comédie, au sens du rythme, au tempo, au jeu tout simplement. C’est très très dommage »

Ce n’est pas le cas d’Omnès, le (la) coiffeuse. La folle de service nous fait un remake de Gérard des Filles d’à côté, mais en pire. Le comédien est revenu avec vous sur son expérience AB : « C’est vrai, que c’était peu et mal écrit. Un texte de sitcom américain (Friends, Big Bang Theory, Roseanne…) c’est 40 pages pour 20 minutes minimum. Nous on avait 15, 20 pauvres pages. Le rythme ne pouvait être au rendez-vous. Mais ma plus grande frustration a été de ne pas bosser avec des comédiens (sauf certains). Ils et elles étaient mignonnes mais ne connaissaient rien à la comédie, au sens du rythme, au tempo, au jeu tout simplement. C’est très très dommage. Moi je sortais du conservatoire (…) et je savais et aimais faire de la comédie au sens rythme, jeu, du mot. J’étais souvent bien seul ! »

Un acting toujours d'une grande sobriété.
Omnès, la vraie star de la sitcom.

L’autre coiffeuse n’est pas très importante dans la série, mais les fans des Années Bleues reconnaîtront que c’est elle la fameuse « blonde explosive ».

Les mannequins sont quant à eux, à l’image de la « vraie vie », insignifiant(e)s.

Une galerie de freaks : Omnès, Lemon, Julien Courbet…

Deux anomalies restent à expliciter dans Élisa un Roman Photo. Tout d’abord, le cas (litige ?) Julien Courbet. Véritable guest star de la série, il joue son propre rôle. Muni de sa veste imper, il est présenté comme un séducteur invétéré. Mais on ne sait à quel degré prendre le jeu de Courbet, même si tout laisse à penser qu’il croit vraiment en ce qu’il fait. Ce sera de toute façon sa seule et unique participation en tant que comédien, mais aussi une bonne occasion pour lui d’être invité aux « Enfants de la Télé », afin de rire de cette belle casserole avec son pote Arthur. Ha ha ha…

Un litige Monsieur Courbet ?
Un litige Monsieur Courbet ?

L’autre anomalie de la sitcom est la présence d’un certain Lemon. Second couteau atypique, il interprète un énième amoureux transi d’Elisa. Mais Lemon est unique. On pense à son jeu incroyablement mauvais, son brushing imposant, son sourire carnassier, son bronzage ou encore sa voix. Sans doute le personnage le plus étrange, le plus intemporel de toute la série, voire d’AB tout entier.

L'inoubliable Lemon....
L’inoubliable Lemon….

Un personnage important pour d’innombrables vannes plus que douteuses. Cecil Maury dira de lui qu’il est avant tout « un comédien instinctif. » En clair, Lemon est une petite légende, que son interprète malheureusement n’assume pas, encore aujourd’hui. [7]

Non cette série n'est pas partenaire de bourgeoise.com
Non cette série n’est pas partenaire de bourgeoise.com

Au journal Lipstick, c’est Monsieur Demarchelière qui tire les ficelles. Incarné par Serge Maillat, acteur étiqueté ancienne école (Les Rois Maudits…) qui est de l’avis de toutes un vrai beau gosse. On ne comprend pas très bien le rôle de la sublime Elsa De Breyne qui joue la rédactrice en chef du journal. Ce que l’on sait, c’est qu’elle est une vipère. Elle soumet l’idée à son patron d’utiliser les soucis conjugaux de Laurent pour le coincer.

Clin d'oeil sympa quand Justine bouquine le journal d’Élisa dans les Années Fac !
Clin d’œil sympa quand Justine bouquine le journal d’Élisa dans les Années Fac !

Car Rebecca, après avoir fait des photos au côté de Laurent sur la plage de Deauville, revient à la charge. Mais Laurent ne craque pas pour son ex. Ni même sur un mannequin s’offrant à lui. Laurent est avant tout un type perdu, qui ne contrôle plus pour la première fois le cours de sa vie. Il en vient à péter les plombs, hurlant et insultant tout le monde.

Pendant ce temps, l’assistant de l’assistant de Laurent, Greg, se lance dans un nouveau job : paparazzi. Il fait ses armes sur ses amis, puis sur Julien Courbet, manquant de peu un cassage de figure en règle par Monsieur Litige. Puis il parvient à prendre en photo Laurent et son ex, entrelacé de manière très ambiguë dans un parc. Voilà le moment clé de la sitcom, là où tout s’accélère. Les photos chocs sont découvertes par Clara, qui les placarde de manière ostentatoire dans tout le loft. Elle lui écrit une lettre, dans laquelle elle exprime son ressentiment : « Tu n’aimes que le mensonge… tu es un mensonge. »

Laurent est ainsi un homme brisé et se venge brutalement sur ce « connard » de Greg [8], abandonné de tous. Malheureusement la série s’arrête là. Il n’y aura jamais de « deuxième saison ». Une fausse fin pour l’histoire d’Élisa. Dommage.

Le final... ou comment rester sur notre fin.
Le final… ou comment rester sur notre fin.

L’après Élisa ?

Beaucoup des « comédiens » de la série, notamment les plus jeunes, n’en étaient pas vraiment, comme souvent chez AB. C’est pourquoi beaucoup ont quasiment disparu de la circulation. Impossible par exemple de savoir ce qu’un Alexis Dupuy est devenu. Il est probablement reparti en Catalogne, où l’on espère qu’il profite bien du climat.

« Ce que je veux c’est tout simplement m’éclater dans ma vie »

Déjà à Télé Club Plus, il déclarait en avoir marre de Paris et de son boulot de comédien : « Ce que je veux c’est tout simplement m’éclater dans ma vie. Continuer à voyager, poser, jouer la comédie. Je n’ai que deux regrets aujourd’hui : ne pas faire assez de surf et habiter Paris. Je préfère largement Barcelone, le climat y est plus agréable, il y a la mer, tous mes amis, et je trouve dans l’ensemble les gens plus sympas, plus ouverts qu’en France. En ce qui concerne le surf, j’ai découvert ce sport en Californie, il y a une quinzaine d’années. A cette époque, j’étais lycéen là-bas et je m’amusais comme un fou. Je ne suis pas un champion mais je m’amuse bien avec ma planche. Dès que je peux, je vais surfer pour me détendre. »

D'Elisa à Plus Belle La Vie, il n'y a qu'un pas...
D’Élisa à Plus Belle La Vie, il n’y a qu’un pas…

Lost, mariage(s), France Inter, horlogerie et gluten…

Pour l’héroïne de la série, c’est le mariage qui a réglé cette impasse professionnelle. Elle a épousé le beau et riche Carlos da Silva [9]. Une solution courante pour ces jeunes filles ayant tenté l’aventure sitcom. C’est le cas aussi pour Alice Evans, qui a eu en outre l’avantage d’être étrangère et donc hors de portée de l’étiquette AB sévissant en France. On a même pu la revoir dans la série Lost !

Autre comédienne qui a plus ou moins réussi à s’en tirer, Sylvie Weber, (re)devenue Sévy Weber, aujourd’hui à l’affiche dans la série Plus Belle la Vie, véritable usine de recyclage d’anciens d’AB.

Comme dans la série, Morgane Le Tac semble avoir de son côté réussi ses études : elle a intégré France Inter, mais n’a malheureusement pas manifesté l’envie de revenir sur la série.

Enfin, la belle Delphine Malachard est devenue Delphine de Turckheim… elle est désormais riche et encore présente à la télévision. Elle est aujourd’hui connue pour son combat contre le gluten. Avant-gardiste sur le sujet, elle a même sorti un livre. [10]

Ce mec est devenu horloger. Horloger !
Ce mec est devenu horloger. Horloger !

Du côté des garçons, c’est la lose totale. Hervé Noël est, ironie du sort, devenu photographe professionnel. Jérôme Brunner est de son côté reconverti dans le secteur de l’horlogerie. [11]

Enfin, Benjamin Kaufols est porté disparu. Seul Anthony Debaeck a pu tirer son épingle du jeu et faire une honorable carrière, mais à l’étranger.

« Il faut savoir aussi que peu de personnes sortent du lot : beaucoup tentent de faire ce métier mais peu d’entre elles sont sélectionnées. La lutte est rude ! »

Laissons le dernier mot à Alexis Dupuy, qui répondait à ceux et celles qui seraient tentés par le mannequinat après visionnage d’Élisa : « Il faut savoir que c’est un métier difficile, il faut faire beaucoup de castings, ensuite attendre la réponse. C’est parfois angoissant. On peut travailler trois semaines de suite et ne rien faire pendant un mois. Parfois le mannequin n’est pas considéré comme un être humain mais comme un objet. Ce n’est pas toujours évident à digérer ! En contrepartie, c’est un métier agréable car on rencontre beaucoup de gens, on voyage et on est bien payé. On jouit d’une grande liberté, c’est le rêve. Mais il ne faut pas se laisser duper malgré tout et garder les pieds sur terre. Enfin il faut savoir aussi que peu de personnes sortent du lot : beaucoup tentent de faire ce métier mais peu d’entre elles sont sélectionnées. La lutte est rude ! »


1- Daniel Moyne et Alliage, voir ici.
2- Cecil Maury et sa biographie officielle.
3- Les articles de Télé Club Plus concernant Élisa un Roman Photo ont été trouvé sur ce « forum » : http://universab.tonempire.net/
4- Pour une analyse détaillée de la mythique cuite d’Aline, voir l’article Se Saouler chez AB.
5- Considéré comme un « animateur star » des 90’s, comme l’explique le site Purepeople.
6- Élisa était une série prévue dans un format d’une cinquantaine. Mais face aux difficultés d’audimat, la série a été redécoupée selon le format classique d’une sitcom, une vingtaine de minutes. Les épisodes sont de ce fait désarticulés, ajoutant de la confusion à la confusion.
7- Voir l’affaire Lemon.
8- Preuve que cette sitcom est différente, les insultes sont monnaie courante.
9- Le mariage d’Agatha : Même Patrick Bruel était là !
10- Delphine…devenue une Turckheim
11- Pour Hervé Noël et Jérôme Brunner, les informations sont visibles sur facebook.

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